Bodega – All Inside Aquarium

par | 16 Oct 2026 | Chroniques

Temps de lecture : 4 min

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Un coup de volant sec, à faire crisser les gommes en pleine trajectoire, qui laisse le peloton de la concurrence directe dans le décor à inhaler ses propres vapeurs d’essence. Du leur post-punk originel, les New-Yorkais ont heureusement gardé l’insolence crasse et l’énergie atomique. Sauf que pour ce quatrième tour de piste, le pilotage automatique des guitares dites « angulaires » ou « saccadées », cette étiquette encombrante qu’on leur colle depuis leur premier album Endless Scroll en 2018, est envoyé direct à la casse.

Au lieu de subir cette classification devenue redondante et futile, le duo Ben Hozie et Nikki Belfiglio s’émancipe des vieux clichés du milieu pour s’offrir une impériale sortie de piste. Et c’est précisément ce pas de côté qui rend les choses excitantes. On pense alors immédiatement aux Breeders, aux Pixies évidemment, mais aussi à Pavement ou Weezer. C’est indéniable, ça sonne résolument 90’s, ça fleure bon le grunge bigleux à lunettes, un peu comme si un vieux disque de Hole s’était dopé sur les bancs de la New York University. Face à cette débauche de textures, et puisque les préfixes sont de mise et de mode dans la critique rock, on pourrait presque parler d’« anti-grunge » au lieu de grunge intello. Mais fi de toutes les étiquettes ! Bodega préfère se revendiquer du Rock Conceptuel, ainsi soit-il. Que cela veuille dire quelque chose ou non, force est de constater que l’intention titille furieusement les oreilles et redonne de l’espace pour respirer.

Cette liberté se lit d’ailleurs à livre ouvert sur la pochette, véritable folie visuelle en forme de cabinet de curiosités miniature. On y croise en vrac une maquette de petit train mêlée à un grand huit, une galaxie suspendue, des planètes en plastique, une église victorienne austère et de grandes armoires pleines de reliques. Et au beau milieu de ce capharnaüm pop-culturel, un humble petit bureau sur lequel trônent un ordinateur vintage et un téléphone fixe. Le tout est plongé dans un aquarium géant, dont on devine les parois grâce aux reflets de la lumière.

Mais que vient faire ce bocal là-dedans, et comment diable se rapproche-t-il du son de l’album ? C’est en réalité une métaphore éclatante de nos vies modernes et connectées, encapsulées dans le dôme de nos nostalgies enfantines. Nous sommes tous ces créatures partageant le même réservoir, coincées dans notre train-train technologique sous le regard distant d’un soleil qui brille parfois trop fort sur les crânes des rock critics. Pour retranscrire cette sensation claustrophobe mais vibrante, le groupe a fait le choix radical d’enregistrer l’album en live. L’aquarium devient alors une caisse de résonance brute et le son des guitares y gagne une couleur organique, loin du vernis des studios traditionnels, capturant toute l’électricité et l’urgence de Bodega.

Cette fureur atteint son paroxysme sur « Literary World », qui s’impose sans trembler comme le titre le plus fort et le plus viscéral de l’album. Un uppercut textuel d’une efficacité redoutable, flanqué d’une tension permanente qui prouve que le groupe n’a rien perdu de sa morsure. Dans le même esprit de désobéissance, leur excellente reprise du « Slow Train » de Bob Dylan enfonce le clou. Là où d’autres auraient livré une copie polie et révérencieuse, Bodega la passe à la moulinette d’une relecture radicale et anticonformiste transpirant d’un esprit de contradiction salvateur.

Ce sens de l’observation caustique n’empêche pourtant pas le disque d’opérer une mutation plus intime. Si leurs trois premiers albums masquaient leurs messages derrière des scénarios satiriques et de l’ironie mordante, All Inside Aquarium choisit enfin de lever le rideau. En laissant de côté le cynisme, Hozie et Belfiglio se concentrent sur des textes beaucoup plus honnêtes et introspectifs, abordant de front les relations humaines, la perte ou la déception.

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Le drapeau à damier tombe, et le verdict est sans appel. Bodega passe la ligne d’arrivée en tête, le moteur hurlant et les réservoirs pleins d’une pop-grunge jubilatoire. Un grand prix magistral qui prouve qu’en refusant de lever le pied, le groupe vient tout simplement de signer son plus beau tour de piste. Rutilant !

All Inside Aquarium est sorti le 9 octobre chez Chrysalis Records

Style : Rock Alternatif (conceptuel)

Instagram : bodegabk
Tiktok : bodegabk
Youtube : BODEGA NYC

Tracklist :

1. All Inside Aquarium (04:14)
2. Weather Me (03:22)
3. Literary World (02:59)
4. Astro Night Ride (04:57)
5. Pick up the Check (04:38)
6. Oxygen (02:54)
7. Fear not the Fear (04:47)
8. Slow Train (03:51)
9. Combustible (03:11)
10. Pile Driver (02:50)
11. Backbeaten (04:14)