Angine de Poitrine, groupe de math rock instrumental sorti de nulle part mais déjà entouré d’un culte grandissant, revient avec Vol. II, deux ans après un premier album désormais épuisé, boosté par un passage remarqué sur KEXP. Entre dissonances microtonales, accents folkloriques, dérives techno et éclats de jazz funk, le duo développe une forme de “mantra rock” aussi déroutante qu’hypnotique, quelque part entre Primus, King Gizzard & the Lizard Wizard et Frank Zappa.
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Encore un papier sur Angine de Poitrine. Oui, je sais, toi aussi t’en peux plus, moi non plus. Il y a quelques jours, j’ai commencé à me demander si ce n’était pas un complot. Angine de Poitrine partout, tout le temps. Comme si l’algorithme avait décidé que ma vie devait tourner autour de ça. Et le pire ? Il avait peut-être raison.
Je n’avais pas prévu d’écrire sur Angine de Poitrine, vraiment. C’était même devenu un principe, une forme de résistance personnelle. Laisser passer la vague, respirer, parler d’autre chose. Et pourtant, il faut qu’on en parle mais pas pour ajouter du bruit au bruit. Parce que quand un album te rattrape comme ça, malgré toi, il n’y a plus vraiment d’excuse valable.
Au début, comme beaucoup, je me suis mis en position défensive. J’ai enfilé mon plus beau snobisme trois-pièces, ajusté la cravate, et lâché d’un air un peu hautain. “Mouais…C’est pas comme si c’était nouveau, le microtonal”. Une manière élégante, ou lâche, au choix, de ne surtout pas écouter ce qui se passait vraiment. Parce qu’à force de voir le nom d’Angine de Poitrine sur tous les écrans possibles, j’avais déjà décidé que je savais, que j’avais compris, que je pouvais passer à autre chose. Grave erreur, quel blaireau j’ai été. Moi qui parle de “nouveau”… on y reviendra.
C’est un peu comme une glace à la fraise, Angine de Poitrine. Au début, t’es méfiant. Trop sucré, trop artificiel, pas assez sérieux pour toi. Tu fais la moue, tu juges vite. Et puis, au deuxième lick, ça te chope, vraiment. Ils ont ce groove impardonnable. Celui qui ne demande pas la permission. Tu plonges un doigt de pied, juste pour voir, puis la jambe, puis le bassin, le buste. Et avant même de comprendre ce qui t’arrive, t’as déjà la tête sous l’eau. Noyé comme Robert Smith à la fin de Close To Me.
Est-ce que tout ça justifie les concerts sold-out en quelques secondes, même dans les coins les plus paumés de France (coucou Rostiviec) ? Est-ce que tout ça justifie les vinyles qui flirtent déjà avec les 1500 balles sur le marché de la revente alors qu’ils sont encore tièdes ? Qui sommes-nous pour en juger ? Alors on va faire ce qu’on peut, humblement, à notre petit niveau : redescendre d’un étage et parler de musique.
Mais par où commencer ? C’est vrai ça. Par quel bout tirer la couette de ce lit dans lequel on ne cesse de tourner comme Robert Smith dans Lullaby. Ici, l’araignée, c’est le groove, et elle ne te tue pas, elle te garde éveillé toute la nuit, mouvant. Ici, même quand tu cherches tes repères, il n’y en a pas. Les intervalles microtonaux te glissent entre les doigts, les signatures rythmiques s’empilent comme des équations que personne n’as jamais su résoudre et ton cerveau, bien malgré toi formaté à la pop bien droite, commence doucement à buguer.
Alors le glitch apparaît et tu plonge dans ce monde alternatif. Pas celui qu’on simule pour faire joli, celui où tu comprends que rien ne colle dans le monde qui t’entoure et que la vérité sort de tes enceintes, à cet instant pile-poil. Il y a quelque chose de presque pervers dans leur manière de faire. Par moments, tout semble s’aligner. Tu crois tenir un motif, une mélodie, un truc presque dansant. Et puis ça déraille, ça bifurque, ça te retire le sol de sous les pieds au moment où tu pensais avoir compris.
Angine de Poitrine ne contourne pas la pop mais ils la frôlent constamment, juste assez pour te donner l’illusion, avant de disparaître ailleurs, que tout ceci n’est qu’un immense jeu, une blague extrêmement sérieuse. Alors oui, ça ne va pas te serrer le cœur, ce disque n’est pas fait pour ça. Mais dans un monde où tout est censé être immédiat et optimisé pour capter ton attention en trois secondes, il y a quelque chose de presque salutaire à se faire un peu malmener. Et si au fond c’était ça la nouveauté ?
Vol. II est sorti le 3 Avril 2026 en indépendant.
Style : Mantra rock microtonal
Tracklist :
01 – Fabienk
02 – Mata Zyklek
03 – Sarniezz
04 – Utzp
05 – Yor Zarad
06 – Angor
Site officiel : anginedepoitrine.com
Instagram : anginedepoitrine
Bandcamp : anginedepoitrine