BJ Barham est celui qui reste. Celui qui reste quand tout le monde est déjà parti. Celui qui regarde les néons vaciller tandis que les derniers verres se vident lentement. Celui qui est encore là quand les conversations cessent d’être les paravent de nos âmes tortueuses, quand elles deviennent des aveux. Quand la nuit a suffisamment avancé pour que les masques tombent enfin. Quand il ne reste plus que les regrets, les souvenirs, les promesses qu’on n’a pas toujours réussi à tenir et cette volonté obstinée de continuer malgré tout.

Depuis près de vingt ans, American Aquarium raconte cette Amérique-là. Pas celle des vainqueurs. Pas celle des gratte-ciels, des success stories ou des slogans publicitaires. Celle des motels fatigués, des bars ouverts trop tard et des routes qui semblent ne jamais finir. Une Amérique qui sent autant le pur malt que la pluie sur l’asphalte. Et si American Aquarium est devenu l’un des groupes les plus respectés de la scène americana contemporaine sans jamais réellement conquérir le grand public, c’est peut-être parce que BJ Barham a toujours préféré raconter ceux qui vivent dans l’ombre des projecteurs. Ceux qui avancent avec leurs cicatrices plutôt qu’avec leurs trophées.
Le titre de ce nouvel album, New Ways to Lose, pourrait sembler bien fataliste. Il raconte au contraire une étrange forme de résistance. Comme si, après avoir épuisé toutes les anciennes façons de se planter, il fallait encore trouver l’énergie d’en inventer de nouvelles. Comme si l’échec n’était finalement que la preuve que l’on continue d’essayer. 8 fois a terre, 9 fois debout. C’est précisément de cela dont il est question ici, de persistance, de survie. Les chansons d’American Aquarium ont toujours été trempées dans le whisky, mais aussi et surtout dans une forme de persévérance mélancolique. Leurs personnages savent qu’ils ont déjà perdu quelque chose, pourtant ils continuent d’avancer. Et c’est peut-être cela qui les rend si profondément attachants. Dans les chansons de BJ Barham, les héros ne sauvent jamais le monde. Ils essaient simplement de rentrer chez eux. De payer leurs dettes. De tenir une promesse. De survivre à une rupture ou à leurs propres démons “Out There In The Dark”. Des objectifs modestes en apparence, mais souvent plus difficiles à atteindre que toutes les grandes épopées de western.
Pendant des décennies, les États-Unis ont vendu au monde le récit de la réussite. Celui de l’ascension, de la conquête et de la victoire. Il est peut-être temps de s’intéresser davantage à ceux qui vivent dans l’ombre de ces promesses. American Aquarium chante les magnifiques perdants de l’Amérique contemporaine. Ces femmes et ces hommes qui n’ont pas gagné mais dont la dignité réside précisément dans le fait qu’ils continuent à essayer. Derrière ses guitares country et ses grands paysages américains, le groupe partage finalement beaucoup avec les meilleures formations punk, hardcore ou métal que nous défendons régulièrement dans ces pages. La même honnêteté désarmante, le même refus de masquer les failles.
Musicalement, le groupe atteint un équilibre remarquable. On pense parfois à Cherry Ghost, à Mumford & Sons dans ses moments les plus retenus, à Bryan Adams lorsque les grands espaces prennent le dessus, ou encore à la finesse mélodique de Mark Knopfler après Dire Straits. Mais American Aquarium ne ressemble finalement qu’à lui-même. À l’écoute de ce nouvel album, on a parfois l’impression de partager un dernier verre avec un inconnu devenu soudain trop familier. Une conversation qui s’étire jusqu’au petit matin et au cours de laquelle chacun finit par raconter ce qu’il essayait de cacher depuis le début. « Favorite Hello » qui rappelle que nos plus belles rencontres se conjuguent souvent avec nos adieux les plus douloureux.
Le son des guitares est tout simplement magnifique. Suffisamment rugueux lorsque la route se cabosse, suffisamment doux lorsque la lumière commence à revenir. À l’image de la voix de BJ Barham, capable de passer de la confession murmurée à l’élan fédérateur sans jamais perdre sa sincérité. Et puis il y a ces instants de grâce. Les notes du solo de « Whatever Helps You Sleep at Night » qui s’éparpillent dans le ciel comme la cartographie des villes oubliées de l’Amérique profonde. Partout, des histoires d’amour cabossées, de dépendances, de regrets et de rédemption racontées avec la précision de celui qui les a vécues.
New Ways to Lose est un disque profondément humain. Un disque qui comprend que l’existence ne se mesure pas seulement à nos victoires mais aussi à la façon dont nous portons nos défaites. Un disque pour ceux qui ont déjà raté quelque chose, perdu quelqu’un ou simplement vu leurs rêves prendre une direction différente de celle qu’ils avaient imaginée. En d’autres termes : un disque pour à peu près tout le monde

New Ways to Lose sort le 26 juin 2026 sur Losing Side Records
Style : Americana contemporaine
Site officiel : americanaquarium.com
Instagram : americanaquarium
Facebook : americanaquarium
Tracklist :
1 – Dollar General
2 – Can’t Into Could
3 – 4×60 Lyrics
4 – Twin Flames
5 – Out There in the Dark
6 – History Repeats Itself
7 – Favorite Hello
8 – Whatever Helps You Sleep at Night
9 – Just Like You
10 – Bad Habits





