En 2009, Skip The Use surgissait comme une déflagration dans le paysage rock français avec un son qui bousculait et un frontman impossible à ignorer… et Mat Bastard s’est imposé comme une présence autant qu’une voix. Une énergie bouillonnante, un charisme qui met une salle en mouvement, capable de faire tournoyer une fosse d’un simple geste et de finir porté à bout de bras par ses fans. Dans cette interview, il revient sur ce moteur intérieur qui alimente tout : la scène, les choix, les cicatrices… et ces tatouages qui balisent son parcours comme autant de marqueurs de vie. Un échange vrai, direct et sans filtre, à l’image de Skip The Use.

Skip The Use – @Anatole Vialard
Caro (RockSound) : Je t’ai revu avec Skip The Use en première partie de Royal Republic et tu es toujours aussi déchaîné, toujours avec la même énergie. Tu as un secret de longévité ?
Mat Bastard : Je trouve qu’on a de la chance de pouvoir s’exprimer. On est un groupe de rock, on fait de l’art. Même si c’est parfois une prise de position, un débat, il faut aller chercher les gens et les bousculer un peu. On nous laisse quarante‑cinq minutes, une heure, une heure et demie pour nous exprimer artistiquement : ça me suffit pour me sentir chanceux et avoir l’énergie nécessaire pour faire ce que j’aime. C’est ça le secret. Avoir envie de dire quelque chose.
Caro (RockSound) : Et ton côté frontman, cette capacité à faire bouger les gens, c’est venu naturellement ?
Mat Bastard : Je ne sais pas trop. Moi, j’aime bien rigoler. Je ne fais pas ça pour qu’on m’aime bien ou qu’on me trouve beau ; j’en ai rien à foutre. Je fais ça pour qu’il se passe un truc. Parce que moi‑même, j’ai été touché par des groupes, des mecs, des meufs qui ont écrit des musiques, du hardcore, du punk, des disques qui changent ta vie. Je n’ai pas d’ego ; je m’en fous. Sur scène, je n’ai pas peur de me retrouver dans des situations où je ne suis pas à mon avantage. Au final, c’est devenu un avantage. On est des intercesseurs : on est là pour créer quelque chose, pas pour se mettre en avant.
Caro (RockSound) : Tu te souviens de la première chanson qui t’a marqué ?
Mat Bastard : Quand j’étais petit, j’aimais bien Pierre et le Loup. Toutes les ambiances harmoniques me plaisaient. C’est aussi le premier album que j’ai acheté avec mon argent de poche. Après, Iron Maiden, à l’adolescence, ça a été une grosse étape : beaucoup de mélodies. J’ai aussi écouté énormément de black et de death.
Caro (RockSound) : Quel le premier album que tu as vraiment usé à force de l’écouter ?
Mat Bastard : En Angleterre, j’ai découvert NoFX. Dans le bus, un mec m’a dit : “Moi, j’écoute une musique qui va encore plus vite que la tienne.” Il m’a fait écouter NoFX. On a échangé nos CD, et je suis devenu fan. En arrivant, j’ai acheté tous leurs albums. Punk in Drublic, c’est celui que j’ai le plus écouté.
Caro (RockSound) : Il faut que tu voies 40 Years of Fuckin’Up, le film sur les 40 ans de carrière de NoFX ! C’était l’avant-premère au Grand Rex à Paris il y a peu de temps de cela ! Ce film est un monument du punk, ça part totalement en vrille. Des images d’archives mélangées à des témoignages actuels, tu vas adorer forcément ! On a vu le film et on vous en parle ici !
Caro (RockSound) : À quel moment c’est devenu une réalité de dire “Je veux faire de la musique pour de vrai” ?
Mat Bastard : Je viens du punk hardcore. Pour moi, faire de la musique pour de vrai, ce n’est pas gagner de l’argent avec. Aujourd’hui, je suis animateur sur RTL2, j’ai une boîte de prod, je fais des films, j’ai mon groupe. Mais jamais je ne veux que la musique serve à payer mon loyer. J’étais infirmier pendant quinze ans ; le week‑end, je faisais du punk rock. La musique, c’est un moyen de mettre des sujets sur la table.
Caro (RockSound) : Et la toute première fois que tu es monté sur scène ? C’est un bon souvenir ?
Mat Bastard : C’était nul aha ! J’avais dix ans, je jouais de la guitare et je n’étais pas très bon. Ma psy m’a demandé comment s’était passé le concert et je lui ai répondu que c’était horrible mais qu’à un moment j’avais dit une connerie qui avait fait rigoler tout le monde. Elle m’a dit : « Toi, tu feras marrer les gens plus tard. » J’ai arrêté la guitare et je me suis dit que c’était ça mon truc dorénavant. Depuis je fais juste en sorte qu’on passe un bon moment ensemble.
Caro (RockSound) : Et ton meilleur souvenir de live ?
Mat Bastard : Le dernier Bataclan du groupe, c’était intense. Il y avait beaucoup de survivants, on avait perdu des gens, notamment une personne de l’équipe. On appréhendait beaucoup. Mais l’équipe du Bataclan, des femmes géniales, a repris le lieu. Il y a eu des moments incroyables avec les survivants, les familles. Chaque concert a son moment fou ; si on fait bien notre boulot, ça arrive.
Caro (RockSound) : Une collaboration rêvée ?
Mat Bastard : J’aime beaucoup Turnstile. Ils apportent une fraîcheur. À toute proportion gardée, Turnstile est hardcore ; nous, on est plus rock, parfois pop. Leur producteur a mixé une grosse partie de notre dernier album. Il a aussi bossé avec Twenty One Pilots.

Skip The Use – @Anatole Vialard
Caro (RockSound) : Parlons tatouage… Tu avais fait la couverture de Tatouage Magazine en 2014 ! Le tatouage et toi c’est une grande Histoire ! À quel âge tu as fait ton premier tattoo ?
Mat Bastard : Oui, bientôt 13 ans, ça file ! Je devais avoir 17 ou 18 ans pour le premier tattoo. J’étais en vacances avec mon pote Mike. Je suis passé devant un tatoueur et je me suis dit : “Tiens, qu’est‑ce que ça fait ?” J’ai fait une étoile, juste pour savoir ce que ça faisait.
Caro (RockSound) : Et pourquoi as-tu continué ?
Mat Bastard : Parce qu’après, j’aime l’engagement. Comme en musique : j’aime la prise de position. J’aime le fait de devoir s’engager dans quelque chose et d’assumer. Tu marques le nom de certaines personnes : à ce moment‑là, elles sont ton socle. Si plus tard elles deviennent des connards, ça aura quand même été ton socle. Je ne renierai jamais le passé.
Caro (RockSound) : Qui sont tes tatoueurs ?
Mat Bastard : J’ai quelques pièces faites par des amis. Un pote voulait devenir tatoueur, mais ça ne s’est jamais fait ! J’ai servi de cobaye, c’est un bon souvenir surtout. Ensuite, c’est Briko Tattoo à Lille qui m’a fait les bras, et Bout de Charbon, à Lille aussi, m’a tatoué le torse et le dos.
Caro (RockSound) : Je la connais ! J’avais fait son interview en 2021 pour Tatouage Magazine. Elle était même en couverture. Elle est très talentueuse et avec un style reconnaissable !
Mat Bastard : Oui, elle est géniale. Et puis j’ai des pièces faites en voyage, à Los Angeles notamment. Là, je vais commencer les jambes.
Caro (RockSound) : Tu m’avais parlé d’envies de style japonais : c’est toujours le cas ?
Mat Bastard : Oui, c’est un rêve le jap, mais je n’ai pas encore avancé dans le projet. Je suis allé à Tokyo, mais pas pour ça : j’étais avec mes enfants. Je fonctionne à l’instinct. Je ne sais pas dessiner, donc le tatouage doit vraiment partir d’un échange et d’une relation de confiance avec la personne qui va le faire.
Caro (RockSound) : Tu racontes ton projet, tes idées et l’artiste interprète ?
Mat Bastard : Oui, exactement. Avec Bout de Charbon, on a beaucoup discuté, ensuite elle dessine ce que la discussion lui évoque, et c’est comme ça qu’on a fini le tatouage. J’aime qu’un artiste garde sa patte, tout en faisant le truc que je veux.
Caro (RockSound) : Tu as déjà voyagé pour voir des tatoueurs ?
Mat Bastard : Oui, mais pas spécifiquement pour ça. Disons plutôt que le voyage était le point de départ et que le tatouage était une opportunité. Une fois, j’ai fait un tatouage juste avant un concert : j’ai fini de me faire piquer, on m’a mis le cellophane, et je suis allé chanter. J’ai bougé comme d’habitude, je me suis donné à fond. Mauvaise idée, le tatouage juste avant ! Mon bras était super gonflé à la fin. Depuis, je ne fais plus ça.
Caro (RockSound) : Il y a des choses que tu as mises sur ta peau et pas en chanson ?
Mat Bastard : Je pense que j’ai la même honnêteté sur ma peau que dans mes chansons. Pour savoir ce que ça veut dire, il faut me connaître. C’est une question d’intimité. Donner son intimité à quelqu’un, c’est un cadeau. Aujourd’hui, tout le monde expose tout. Moi, je trouve ça précieux de garder une part de mystère. Mes tatouages, c’est pareil : certains ont une signification, mais si tu n’as pas les codes, tu ne comprends pas. Et c’est très bien comme ça.
Caro (RockSound) : Et le punk, pour toi, c’est quoi aujourd’hui ?
Mat Bastard : Le punk, ce n’est ni une musique ni un tatouage. C’est une philosophie. C’est accepter la différence, en faire une force, apprendre sur soi, ne pas croire qu’on détient la vérité, et donner leur chance à tous. C’est du vivre ensemble. Et assumer ce choix‑là, coûte que coûte. Du coup, il y a des punks qui n’ont pas un seul tatouage, mais qui sont des punks de ouf. Il y en a qui sont blindés d’encre partout. Tu vois, je pense qu’après, il y a la forme et le fond. Le fond est bien plus grand. C’est Gojira qui disait tout le temps ça : ils n’ont aucun tatouage. Ce n’est pas pour autant que ce n’est pas le plus grand groupe de death metal français, qui met des branlées à la terre entière. C’est juste aussi… une esthétique, et une forme d’expression.
Caro (RockSound) : Je pense qu’il y a un vrai lien entre la musique et les tatouages : ce sont des histoires que tu racontes. Le tatouage, c’est sur ta peau ; les chansons, c’est des histoires que tu racontes en musique.
Mat Bastard : Oui, c’est de l’art dans les deux cas, je suis complètement d’accord. Dans la musique, on fait de l’art. Et dans le metal, dans le rock, il y a beaucoup de gens tatoués. Je pense que c’est parce que la figuration et la représentation ont une part importante dans la communauté alternative. Du coup, ces gens‑là ont plus d’affinités avec l’art du tatouage. Mais ce n’est pas obligatoire. Certains tatoueurs sont des artistes, d’autres se considèrent plus comme des artisans.
Caro (RockSound) : Quel sera ton mot de la fin ? Une carte blanche pour les lecteurs.
Mat Bastard : Merci de lire des magazines, de soutenir les gens qui s’investissent pour faire connaître les artistes. C’est important. Moi, je viens des fanzines, ma culture musicale je l’ai aussi construite en lisant des magazines. Et j’ai la chance de te voir, toi, te rencontrer, voir la passion qui t’anime. Les gens passionnés sont souvent mis en avant par des gens qui le sont autant qu’eux. Donc, mon mot de la fin, ce sera : merci. Merci à vous d’avoir pris le temps de lire cet article.
Retrouvez Skip The Use a Zénith de Paris le 6 décembre prochain et en tournée en France dès janvier 2027.

@skiptheuse sur Instagram.





