Jusqu’au 20 septembre, la Galerie Shadows accueille MANIAC, première exposition solo d’Eric CANTO dans le Off des Rencontres d’Arles. Vingt-quatre tirages Fine Art, trois séries, et deux visuels que tous les fans de Mass Hysteria connaissent par cœur sans les avoir jamais vus autrement qu’en format CD.
Il y a des images qu’on croit connaître. La bouche cousue de MANIAC, la matière noire qui coule et recouvre tout sur Matière Noire : depuis dix ans, elles vivent dans les bacs, sur les écrans, sur les t-shirts, dans les mains du public de Mass Hysteria. À Arles, elles changent de statut. Elles sont accrochées. Signées, numérotées, tirées sur Hahnemühle 100 % coton. Ce ne sont plus des pochettes. Ce sont des œuvres.

Trois séries, une même tension
Les trois ensembles réunis à la Galerie Shadows répondent à une seule question, posée sans jamais être formulée : que fait un corps quand le dehors appuie trop fort ? Chacun y apporte sa réponse, et aucune ne passe par le cri.
La première, Virgin Suicide, travaille le voile. Des figures se tiennent debout dans la brume, au bord de l’eau, séparées du monde par une épaisseur assez fine pour laisser passer la lumière, assez opaque pour arrêter le regard. Elles n’ont pas quitté le cadre. Elles ont simplement décidé qu’on ne les atteindrait plus. Se soustraire sans fuir.
La deuxième, Maniac, ferme tout. Bouche cousue, yeux blancs, aucune ouverture. Quelqu’un est bien là, debout, entier, mais le lien est rompu. C’est probablement l’ensemble le plus difficile à soutenir du regard, parce qu’il refuse le contrat élémentaire du portrait : celui qui consiste à répondre à celui qui regarde. Une présence sans accès.
La troisième, Matière Noire, laisse monter la matière. Elle ne vient pas de l’extérieur, elle sourd du dedans, elle recouvre, elle protège. Et elle ne s’arrête pas. Le corps fabrique sa propre armure jusqu’à s’y enfermer. Tenir jusqu’à disparaître.
Le titre de l’exposition opère le même retournement. En grec, mania ne désigne pas la folie mais l’état de celui qui est traversé, habité par une force qui le dépasse. « Maniac » reste un mot que les autres prononcent, un verdict posé sur ce qui déborde. Le reprendre à son compte, c’est refuser de le laisser à ceux qui le prononcent.
Mass Hysteria : seize ans de collaboration, deux pochettes au mur
C’est là que l’exposition devient particulièrement intéressante pour qui suit la scène metal française. Eric CANTO travaille avec Mass Hysteria depuis 2009. Neuf albums signés. Une collaboration longue, rare dans un milieu où les identités visuelles changent au rythme des labels. Deux de ces pochettes sont présentées pour la première fois sous forme de tirages d’art dans MANIAC.
Matière Noire (2015)
La matière qui monte, qui coule, qui avale le corps. À l’échelle d’un livret d’album, le visuel fonctionne comme un logo, une signature immédiate. En grand format, sur papier coton, il fait autre chose : on voit le grain, la coulure, la façon dont la surface se referme sur ce qu’elle protège. L’image cesse d’illustrer un disque. Elle devient le sujet.

MANIAC (2018)
La bouche cousue, le regard blanc. Le visuel le plus frontal de la discographie du groupe, et sans doute le plus commenté. Accroché, isolé de son contexte musical, il perd son rôle de packaging et gagne une charge nouvelle : celle d’un portrait qui refuse le contrat de base du portrait, à savoir répondre au regard de celui qui le regarde.
Ce déplacement est tout le propos de l’exposition. Le travail plasticien d’Eric CANTO a longtemps circulé sous couvert de musique, encarté dans des objets qui servaient d’abord un album. MANIAC le présente pour la première fois comme un ensemble autonome, indépendant de la bande-son qui l’a fait connaître.

De la fosse au mur
Rappel utile pour situer : on parle d’un photographe qui a vingt ans de pratique, une couverture des grandes salles et des festivals européens (Hellfest, Sonisphère, Eurockéennes, Festival de Nîmes où il est photographe officiel), et une liste d’artistes photographiés qui va de Metallica à Björk en passant par U2, Rammstein, Ghost, Iggy Pop ou Paul McCartney. Ses images accompagnent régulièrement les pages de Rock Sound.
Il est l’auteur de quatre livres : MASS HYSTERIA LIVE (2011), A MOMENT SUSPENDED IN TIME (2018), 10 ANS DE FURIA (Livre de l’Année aux Victoires Rock & Metal en 2021) et ROADBOOK (2023).
MANIAC est une autre proposition. Pas de scène, pas de backstage, pas de document. Des images construites, tenues, qui posent une question intime plutôt qu’elles ne racontent un concert.
Vingt-quatre tirages, une seule fois
L’exposition présente vingt-quatre tirages Fine Art sur Hahnemühle 100 % coton, signés et numérotés. Une exposition événement, unique et éphémère.
Un finissage est prévu le samedi 19 septembre, la veille de la fermeture.

Infos pratiques
- Exposition : MANIAC, Eric CANTO
- Lieu : Galerie Shadows, 16 bis rue du Grand Prieuré, 13200 Arles
- Dates : du 4 août au 20 septembre 2026
- Horaires : 10h30 à 12h30 et 15h30 à 19h30, tous les jours
- Entrée : libre
- Cadre : Off des Rencontres d’Arles 2026
- Format : solo, trois séries
- Contact presse : contact@ericcanto.com
- Site : ericcanto.com/maniac
Rock Sound est partenaire de l’exposition MANIAC.





