HOMEGROUND – SPLENDID

par | 21 Août 2026 | À la Une, Chronique

Temps de lecture : 6 min

Il y a des voix qui racontent une histoire avant même que les mots n’arrivent. Celle de Mathieu, chanteur d’Homeground, en fait partie : poignante, fatiguée par endroits, terriblement vraie. Riffs post-punk et accents mélodiques, le groupe a sorti son premier album au printemps, Splendid, un disque qui porte bien son nom.

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C’est le genre de trouvaille qu’on adore faire à la rédaction : un groupe planqué au fin fond d’Instagram, qui ne joue pas la carte de la com à outrance et préfère composer et tourner plutôt que courir après un algorithme. Homeground coche toutes les cases des groupes qu’on aime défendre : sincères, discrets, passionnés, increvables malgré une industrie qui ne fait de cadeau à personne. On écoute Splendid en boucle depuis des semaines, et on avait hâte de vous raconter pourquoi.

 

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Homeground

 

Le microcosme d’une ville

Homeground, c’est d’abord une bande de potes sur Nevers qui n’a jamais vraiment cessé de se croiser. Mathieu (chanteur et guitariste) lance le projet en 2016 et autour de lui, les visages changent au fil des dix années qui suivent : guitariste, bassiste, batteur, remplacés au gré des familles qui se construisent et des vies qui bifurquent, mais jamais au gré d’une rupture. « On a toujours eu la même passion dans tous les cas, on s’est toujours croisés sur des dates et on continue de se cotoyer », nous raconte Mathieu. Homeground finit par sortir deux EP, Mad Habits en 2019 puis Believe in Forgets en 2021, et un line-up désormais stabilisé qui compte Samuel à la guitare, Alexis à la basse, et il y a huit mois à peine Sébastien à la batterie, arrivé après l’enregistrement de l’album. Une histoire de fidélité à l’image d’une scène où, à Nevers, on ne se perd jamais vraiment de vue.

 

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Homeground

 

De l’urgence à la maturation

Ce qui change fondamentalement avec Splendid, c’est le temps qu’on lui a laissé. Les précédents EP ? Bouclés en trois jours, à l’instinct pur. Cette fois, Homeground a pris quatre ans pour le composer, dont une année entière épaulée par Alban Morin et Franck Beucher, qui ont poussé le groupe à se poser les bonnes questions avant d’enregistrer à Bourges. Le résultat s’entend : un son plus posé, plus réfléchi, sans perdre une once d’énergie. « On s’assagit, par la force des choses je suppose », résume Mathieu dans un sourire, avant de préciser que les idées elles, n’ont jamais changé de direction, juste gagné en clarté.

L’ADN reste intact : Satanic Surfers, Millencolin, Rancid, NOFX en toile de fond, l’énergie du hardcore et du skate-punk qui grave encore chaque riff. Mais Homeground a pris le temps de digérer tout ça, et Splendid  louche davantage vers Violent Soho et les Pixies, avec une pointe sixties qui traîne en filigrane. Et cette voix qu’on évoquait plus haut trouve ici tout son sens : posée sur des riffs qui se sont approfondis, elle porte une douce désinvolture qui masque à peine une mélancolie de fond, le genre de timbre qui donne raison à tout ce que raconte l’album.

 

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Homeground live

 

Dix ans de vie en neuf morceaux

Splendid nous emporte dans une décennie entière, les hauts, les deuils, les ruptures, sans jamais tomber dans l’étalage. « Ça raconte quand même pas mal ma vie et mon cheminement de ces dix dernières années » confie Mathieu, pudique, nous expliquant qu’il a perdu son père au tout début de l’aventure. Le morceau That Track lui rend hommage à sa façon : une mémoire sonore que le corps choisit de garder, comme un mécanisme de survie. Le morceau ne pleure pas il célèbre, et c’est bien plus fort ainsi. À côté, 1000 détaille une trahison amicale à travers le prisme d’un masque qu’on porte trop longtemps pour tenir bon : à un moment le masque craque, l’histoire se referme et  il n’y a plus rien à sauver. Everyone Knows referme la parenthèse en revenant à Nevers, cette ville où tout le monde connaît la vie de tout le monde, racontée avec tendresse et portée par un rythme qui tape cash.

 

 

La dérive et le port d’attache

Le disque bascule aussi dans une zone plus trouble où Vices et Plagiarism Love se répondent presque comme un seul et même morceau : la dépendance affective racontée avec les mots de l’addiction, une routine amoureuse qu’on rejoue en boucle sans jamais vraiment gagner la partie, et cette question qui revient sans cesse :  tient-on encore les rênes, ou est-ce que ce sont les habitudes qui décident à notre place ? Proxies répond en douceur : les enfants et la famille comme reflet le plus honnête de ce qui mérite d’être protégé, envers et contre tout. Frozen Mind rouvre les plaies du confinement, quand Changes, premier single de l’album, retourne le miroir avec des refrains qui reviennent comme une obsession : croire au contrôle de soi, briser des chaînes qu’on pensait déjà brisées, et admettre que la surprise n’en était pas vraiment une bonne. The Raft, plus feutré, mais sous des dehors tranquilles dérive doucement autour d’une histoire d’amour minée par la jalousie, en quête d’un port d’attache, jusqu’à un refrain qui gonfle sans prévenir et devient presque choral. Untitled referme le disque sur un règlement de comptes sans filtre : un dernier morceau qui balance à l’industrie musicale son mépris pour l’artiste réduit à des chiffres, avec une pointe d’auto-dérision aussi noire que salutaire.

 

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Homeground live

 

Le coup de cœur confirmé

S’il fallait une preuve que cet album ne ment pas, elle viendrait de l’intérieur du groupe lui-même. Sébastien, le batteur qui a rejoint l’aventure après l’enregistrement, se souvient très précisément de sa découverte des morceaux : « Parmi les propositions qu’on m’a faites, Homeground c’était le truc où il y avait une sorte d’authenticité, c’est ce qui m’a touché direct à l’écoute » confie-t-il, heureux de partager le même déclic que le nôtre il y a peu en écoutant ce disque pour la première fois. C’est peut-être ça, finalement, la vraie signature de Splendid : un album qui prouve qu’une voix sincère finit toujours par se faire entendre. Homeground, sous le label Krod Records, a démarré sa tournée en France avec les Allemands de Liotta Seoul, et une nouvelle série de dates est prévue outre-Rhin en automne. Un groupe qui a mis dix ans à poser son premier album n’est clairement pas du genre à s’arrêter en si bon chemin.

Instagram @homeground_rock

Krod Records