Paris, fin de printemps. Le Trianon s’embrase, le Bataclan tremble, et dans la pénombre rouge des salles pleines à craquer, une clameur monte avant même que les amplis ne s’allument. Quand Three Days Grace apparaît, c’est comme si le temps se repliait sur lui‑même : des milliers de voix jaillissent d’un seul coup, hurlant I Hate Everything About You comme un rite initiatique, un cri d’adolescence qui refuse de rentrer dans le rang. Ce soir‑là, la capitale n’assiste pas à un simple concert : elle vit un retour, une réunion, une renaissance. Adam Gontier retrouve ses frères de toujours, et la scène devient un champ magnétique où les corps s’entrechoquent, où les circle pits s’ouvrent comme des vortex, où les refrains se soulèvent en vagues successives. Paris est secouée, retournée, conquise.
Ce que personne ne sait encore, c’est que ces deux soirées parisiennes ne sont qu’un avant‑goût, une montée en tension avant la déflagration. Quelques semaines plus tard, Clisson verra déferler la tempête : Three Days Grace sur la Mainstage 2 du Hellfest, transformant le champ de poussière en océan vivant, faisant rugir des dizaines de milliers de fans, déclenchant des mosh pits qui s’étendent comme des fractures dans la foule, et soulevant un public entier dans une communion brute et émotionnelle.

Three Days Grace
Entre souvenirs grunge, bagarres de premiers concerts, renaissance artistique et cette énergie unique qui traverse une foule quand elle chante à l’unisson, Adam Gontier s’est confié à Rock Sound lors de son passage à Paris. Une conversation comme un travelling : intime, électrique, et chargée de cette intensité rock qui, quelques semaines plus tard, allait déferler sur Clisson.
Caro (Rock Sound) : Salut Adam, comment vas‑tu aujourd’hui ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Plutôt bien, merci.
Caro (Rock Sound) : Est‑ce que tu es arrivé à Paris aujourd’hui ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Non, on est arrivés hier. On a marché un peu, on a exploré Paris.
Caro (Rock Sound) : Est‑ce que tu étais déjà venu jouer à Paris auparavant ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Non. Juste une visite quand j’étais gamin. Donc oui, c’est ma première fois en mode rock.
Caro (Rock Sound) : Est‑ce que ça te va si on remonte un peu dans le passé pour comprendre comment tu es devenu l’artiste que tu es aujourd’hui ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Bien sûr. Ma mère jouait du piano et écrivait des chansons, donc j’ai grandi dans la musique. À 14 ans, première année de lycée, on a monté le groupe. Et on ne s’est jamais arrêtés. On est ensemble depuis nos 13–14 ans.
Caro (Rock Sound) : Quand tu étais enfant, y a‑t‑il une chanson qui t’a fait aimer la musique pour la première fois ? Peut‑être un morceau que tu ne pouvais pas t’empêcher de fredonner ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : J’ai grandi avec les Beatles, Joni Mitchell, Neil Young… un mélange énorme. Mais quand j’ai commencé à écrire, c’est Pearl Jam, Soundgarden, toute la scène de Seattle qui m’a attrapé.
Caro (Rock Sound) : Quels artistes t’ont marqué quand tu étais adolescent ? Quels étaient tes héros rock, ceux que tu affichais en posters dans ta chambre ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : The Tragically Hip, Our Lady Peace — des groupes canadiens. Et puis Pearl Jam, Alice in Chains, Nirvana. Les années 90 ont tout façonné.
Caro (Rock Sound) : Oui, le grunge a vraiment changé le paysage musical des années 90 ! À cette époque, est‑ce que tu te projetais déjà comme musicien ou chanteur ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Oui. Je savais que je jouerais de la musique quoi qu’il arrive. Groupe ou pas, succès ou pas.
Caro (Rock Sound) : Quand tu as commencé à chanter, est‑ce que tu avais déjà une idée de la voix que tu voulais avoir ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Ma mère m’enregistrait en train de chanter des reprises de Pearl Jam, d’Elton John… Donc oui, je savais que je voulais chanter.
Caro (Rock Sound) : Est‑ce que ton premier concert en tant que fan a été un déclic pour toi ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Le premier, c’était The Guess Who. American Woman. Mais le vrai choc, c’était Pearl Jam, Soundgarden, Neil Young, Blues Traveller, sur une tournée nord‑américaine. Un moment fondateur.
Caro (Rock Sound) : Si tu devais revivre ton adolescence à travers une seule chanson, laquelle choisirais‑tu ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Jeremy de Pearl Jam. Elle m’a marqué à vie !
Les débuts du groupe : chaos, riffs et bagarres
Caro (Rock Sound) : Est‑ce que tu te souviens de votre toute première répétition en tant que groupe ? Est‑ce que c’était… approximatif ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Oui. Et ce n’était pas bon. Je jouais de la batterie et je chantais. On faisait des trucs étranges. On répétait chez Neil. Les trois premiers morceaux : Alive, Enter Sandman, Crazy Train. En boucle. On n’était pas bons, mais on s’est améliorés.
Caro (Rock Sound) : À quel moment avez‑vous commencé à écrire vos propres chansons ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Vers 16–17 ans. On s’appelait Groundswell. On a enregistré un album, vendu à nos amis. Il existe encore quelque part.
Caro (Rock Sound) : Est‑ce que tu te souviens de votre tout premier concert en tant que Three Days Grace ? Y a‑t‑il eu un moment mémorable… ou un fail épique ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Oui je me souviens… À Peterborough, Ontario, avec Ramshackle. Une énorme bagarre a éclaté. C’était pas idéal, mais mémorable.
Caro (Rock Sound) : Quand I Hate Everything About You est devenu un hit, comment as‑tu vécu cette mise en lumière soudaine ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : C’était dingue. Première tournée US, petites salles. Au milieu de la tournée, les salles grossissent, et on s’aperçoit que les gens connaissent la chanson. On était jeunes, c’était un tourbillon.
Caro (Rock Sound) : Y a‑t‑il un concert qui reste pour toi comme l’un des plus intenses de ta carrière ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Un festival au Brésil, 30 000 personnes. C’était un choc. Un bon choc, évidemment !
Caro (Rock Sound) : Quelle est la rencontre avec un fan qui t’a le plus touché ou marqué ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Il y en a tous les jours de belles rencontres, vraiment. Beaucoup de fans nous disent que notre musique les a aidés dans des moments très sombres. On entend ça constamment. C’est incroyable. C’est une vraie reconnaissance pour nous.
Caro (Rock Sound) : Est‑ce que ça t’arrive que des fans interprètent une chanson d’une manière que tu n’avais pas imaginée en l’écrivant ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Oui. Les chansons changent de sens avec le temps. Une chanson de One‑X signifiait quelque chose à l’époque, autre chose aujourd’hui. Les gens se l’approprient.
Beaucoup de fans nous disent que notre musique les a aidés dans des moments très sombres.
La parenthèse, le retour, la nouvelle ère
Caro (Rock Sound) : Quand tu t’es éloigné du groupe il y a dix ans, qu’est‑ce que cette période t’a appris ? Avais‑tu besoin d’explorer autre chose ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : J’avais besoin d’une pause. C’était un tourbillon sans fin. Et dans ma vie personnelle, beaucoup de choses à régler. J’avais besoin de respirer.
Caro (Rock Sound) : Quand tu es revenu, est‑ce que tu as eu l’impression de rentrer à la maison ou de recommencer quelque chose de neuf ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : C’était comme rentrer à la maison. On était amis avant d’être un groupe. C’était naturel.
Caro (Rock Sound) : Si tu devais résumer ton retour dans le groupe en un mot, lequel choisirais‑tu ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Fluide. Naturel. Épique. Ça fait trois mots mais c’est venu comme ça !
Caro (Rock Sound) : Comment tes thèmes d’écriture — douleur, résilience, espoir — ont‑ils évolué au fil des années ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : On écrit toujours du même endroit. La vie change, mais les luttes restent. On a tous traversé des choses difficiles : décès, maladies… Le sens évolue, mais la source est la même.
Caro (Rock Sound) : Qu’est‑ce qui déclenche généralement une nouvelle chanson chez toi ? Une émotion, une phrase, une mélodie, un riff ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Ça dépend. Parfois un riff. Parfois une mélodie enregistrée dans mon téléphone. J’ai des milliers de notes vocales.
Caro (Rock Sound) : Est‑ce que ça t’arrive de te réveiller la nuit avec une idée de chanson en tête ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Souvent. Je chante dans mon téléphone. Je ne réécoute presque jamais, sauf quand on commence un album.
Caro (Rock Sound) : Est‑ce que tu tombes parfois sur une note vocale et tu te demandes ce que tu avais bien voulu enregistrer ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Hahaha ! Tout le temps.
Caro (Rock Sound) : As‑tu déjà écrit des paroles sur une serviette dans un restaurant ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Oui, avant. Carnets pleins de brouillons. On en a encore, rangés quelque part.
On écrit toujours du même endroit. La vie change, mais les luttes restent.
La scène : énergie, vagues et fails épiques
Caro (Rock Sound) : Qu’est‑ce que tu ressens quand des milliers de personnes chantent tes chansons avec toi ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : C’est surréaliste. Incroyable. Quand je tends le micro et que tout le monde chante, c’est fou.
Caro (Rock Sound) : Est‑ce que tu ressens cette énergie comme une vague qui part de la scène et revient vers toi ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Exactement. L’énergie du public, c’est ce qui rend le live unique.
Caro (Rock Sound) : Et quand tu sors de scène, est‑ce que tu te sens encore chargé d’énergie ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Oui. Il faut du temps pour redescendre.
Caro (Rock Sound) : Y a‑t‑il une chanson que tu aimes particulièrement jouer en live parce qu’elle crée quelque chose de très fort dans le public ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Never Too Late. C’est beaucoup d’émotion. Il y a des larmes, des sourires, une vraie connexion.
Caro (Rock Sound) : Est‑ce que certaines chansons provoquent des réactions différentes selon les pays où vous jouez ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : C’est assez similaire. Animal I’ve Become, Riot, Never Too Late créent toujours une connexion. Les réactions varient un peu selon les pays, mais sur scène, tu donnes tout.
Caro (Rock Sound) : Y a‑t‑il un fail, un gros loupé sur scène qui est devenu un bon souvenir avec le temps ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : À New York, un concert important. Je suis rentré dans Brad, j’ai trébuché, je suis tombé face contre terre. Je me suis relevé vite, mais ce n’était pas cool. Très embarrassant.

Adam Gontier – Three Days Grace
L’héritage, les chansons, les années à venir
Caro (Rock Sound) : Qu’aimerais‑tu que les fans retiennent de Three Days Grace dans vingt ans ? Une chanson, un sentiment, un message ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Que la musique continue à travers les générations. On voit des enfants venir aux concerts. J’espère que ça durera.
Caro (Rock Sound) : Y a‑t‑il une chanson qui représente le mieux Pretty Regrets pour toi ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : En ce moment, Mayday. Elle représente bien Matt, moi, et la direction du groupe.
Caro (Rock Sound) : Quelle est ta chanson préférée sur Alienation ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : Difficile de choisir. Don’t Wanna Go Home Tonight est géniale à jouer. Elle nous rappelle notre enfance dans une petite ville.
Caro (Rock Sound) : En France, on a “le mot de la fin”. Qu’aimerais‑tu dire aux lecteurs qui vont découvrir cette interview ?
Adam Gontier (Three Days Grace) : C’est un moment important pour nous. Dix ans avec moi, dix ans avec Matt, et maintenant ensemble. C’est une nouvelle ère. On est concentrés, excités. Un nouvel album arrive. Beaucoup de choses à venir. J’espère que les fans seront aussi excités que nous.
Caro (Rock Sound) : Ce soir c’est complet au Trianon, et il y a un autre concert dans quelques jours au Bataclan. Complet aussi. Vous êtes très attendus !
Adam Gontier (Three Days Grace) : Oui, on est super heureux d’être là en France. On se verra sûrement ce soir. C’est une petite salle, comparé à ce qu’on joue d’habitude.
Caro (Rock Sound) : Le Trianon est superbe. Un théâtre, des peintures baroques, une acoustique incroyable. Et Pigalle, c’est le quartier rock : salles, magasins de guitares… C’est l’endroit parfait. Si tu aimes les festivals, vous serez servis au Hellfest ça va être énorme. Du monde à perte de vue !
Adam Gontier (Three Days Grace) : Oui, après Paris, on a hâte de faire bouger le public du Hellfest, j’espère qu’il y aura foule et de beaux circle pit !
Caro (Rock Sound) : Ça ne fait aucun doute ! Je te remercie pour cette discussion c’était un plaisir de te rencontrer !
Adam Gontier (Three Days Grace) : Pareil, c’était un plaisir ! Merci à toi et à Rock Sound de nous donner la parole !
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Une interview de Caro @Zi.only.Caro en infiltration backstage !
Three Days Grace au Hellfest à voir via Arte concert !
@threedaysgraceofficial sur Instagram





