DAMON ALBARN – De Blur à Gorillaz

par | 27 Juil 2026 | Livres

Temps de lecture : 4 min

« Blur, c’est fini. » Damon Albarn l’a dit à peu près à chaque interview depuis 1997. Et pourtant le voilà, trente ans plus tard, toujours dans les bacs, toujours ailleurs, toujours en train de fuir quelque chose qu’on n’a jamais vraiment identifié. Damon Albarn : De Blur à Gorillaz, le nouvel ouvrage de Paul Gachet, raconte deux carrières. Nous, on y a surtout lu une seule histoire, celle d’un mec qui n’a jamais supporté de rester nulle part.

 

DAMON ALBARN – De Blur à Gorillaz

DAMON ALBARN – De Blur à Gorillaz

 

Un livre en deux blocs, un artiste qui n’en a jamais fait qu’un

Le plan du bouquin est limpide : Blur d’abord, chapitre par chapitre, disque après disque, jusqu’à The Magic Whip et The Ballad of Darren. Puis Gorillaz, avec la même méthode méticuleuse, de l’album de 2001 jusqu’à l’annonce de The Mountain. Chronologique, documenté, sérieux, Paul Gachet a tout étudié et ça se sent : les témoignages de Graham Coxon, de Stephen Street, d’Alex James donnent de la chair à chaque période, chapitre après chapitre. Et c’est justement cette rigueur qui, mise bout à bout, finit par raconter autre chose que ce qu’elle annonce. Parce que la vraie histoire d’Albarn n’est pas linéaire, elle est fuyante. Dès Modern Life Is Rubbish, il tourne le dos à l’Amérique du grunge pour aller chercher une identité anglaise dans les Kinks et la vie de quartier. Quelques années plus tard, sur Blur (1997), il tourne encore le dos, à la Britpop cette fois, à ce qu’il vient lui-même d’inventer. Le livre documente une évolution groupe par groupe. Lu d’une traite, il documente surtout un réflexe : dès qu’un langage devient une case, Albarn s’en va voir ailleurs.

 

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Gorillaz n’est pas un deuxième groupe, c’est une porte de sortie

C’est là que le livre dit quelque chose d’essentiel, page après page : Gorillaz n’a jamais été un simple « après Blur ». C’est un groupe virtuel imaginé avec Jamie Hewlett précisément parce qu’Albarn ne voulait plus être un visage, un genre, une case Britpop dans un magazine. Se cacher derrière des personnages animés, ce n’est pas une pirouette marketing, c’est la solution la plus radicale qu’il ait trouvée à un problème qui le suit depuis Leisure : comment continuer à faire de la musique sans devenir prisonnier de ce qu’on vient de faire. Et le reste de sa discographie confirme l’instinct plus qu’il ne le contredit : The Good, The Bad & The Queen, Rocket Juice & The Moon, Mali Music, des opéras, des musiques de film. Autant de portes de sortie qu’Albarn s’est ouvertes lui-même, et que le livre prend soin de documenter jusque dans le détail. Un artiste qui collectionne à ce point les échappatoires n’a pas de genre de prédilection : il a un besoin viscéral de grand air.

 

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Ce que le livre réussit

La partie sur 13 et son climat de fêtes chez Albarn-Hewlett, celle sur Think Tank et la traversée compliquée qu’a vécue Coxon pendant l’enregistrement au Maroc, ou encore l’iconographie du livre, les pochettes qui racontent, en parallèle du texte, les métamorphoses successives du bonhomme, des lévriers de Parklife aux univers de Jamie Hewlett, tout ça donne du relief à un artiste qu’on croit souvent connaître par cœur. Et la méthode chronologique, loin d’enfermer le sujet, offre au lecteur tout ce qu’il faut pour reconstituer lui-même le fil que l’on vient de tirer : une fuite en avant de trente-cinq ans, jamais un simple aller-retour entre deux groupes.

 

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Pourquoi le lire maintenant

The Mountain sort cette année, et Blur pourrait très bien revenir demain, Albarn ne clôture jamais rien, il empile. C’est peut-être la meilleure raison de plonger dans ce livre maintenant : non pas pour situer où s’arrête Blur et où commence Gorillaz, mais pour suivre, disque après disque, un homme qui n’a jamais cessé de démentir sa propre biographie.

 

Damon Albarn photographie Paris 28 septembre 2020 Mathieu Zazzo 2

 

Damon Albarn : De Blur à Gorillaz – Paul Gachet – Éditions du Layeur – collection Music Book – 272 pages – sortie le 22 mai 2026.