À force de courir après le cool, le rock avait fini par l’oublier. Heureusement, les Parisiens de GURL débarquent en cette rentrée de septembre sur le très cool label Howlin’ Banana avec un premier album qui fait souffler un vent sacrément frais sur le rock français.

cool adjectif invariable.
- Se dit d’une personne, d’un groupe ou d’une chanson qui ne cherche jamais à l’être.
- Attitude consistant à faire paraître les choses simples alors qu’elles ne le sont pas du tout.
- Voir aussi : les Strokes.
Ça fait combien de temps qu’on n’avait pas eu un groupe vraiment cool en France ?
Attention, pas genre : « Ouais sa veste est trop cool. » On parle ici d’une veste. Ou encore : « Ouah ce groove basse-batterie est vraiment cool ! » On parle ici d’un groove. « Attends, t’as vu les bottines du chanteur ? Elles sont trop cool ! » Ça, ce sont des bottines monsieur. Peut-être très belles certes, mais chez Rock Sound on n’écrit pas pour des bottines.
Non, ie parle d’un groupe qui transpire le cool. Parce que le cool transpire, contrairement aux idées reçues. Mais le cool ne pue pas quand il transpire. Il sent, certes, mais il sent le cool et le cool, ça sent bon, ça sent frais. Ça sent les chambres où l’on écrit des chansons plutôt que des plans marketing. Ça sent les amplis à lampes qui chauffent, les soirs d’été quand ils sont doux. Les copains qui passent boire une bière et qui repartent en fredonnant. Ça sent surtout le vrai et ça faisait franchement longtemps qu’on n’avait pas senti ça.
Les Parisiens revendiquent Hockey Dad, Dinosaur Jr. ou Skegss. Comment les contredire ? On pense aussi au kings of cool que sont les Strokes. Et sur ‘’City Call’’ ou ‘’Treasure’’, difficile de ne pas entendre un petit quelque chose de Deportivo. Attends, mais je crois que c’est depuis Deportivo qu’on n’avait pas entendu des gens aussi cools, non ?
Ah vous voulez des preuves ? Ces chansons ont été composées dans une chambre par leur chanteur-guitariste. Qu’y a-t-il de plus cool que ça ?
Quoi ? J’entends déjà quelqu’un au fond dire que le groupe aurait pu les enregistrer lui-même dans une chambre. Que là, oui, ça aurait été encore plus cool. Eh bien c’est exactement ce qu’il s’est passé, c’est dans la chambre du batteur que tout a été enregistré.
Comment ? J’entends encore une voix. Le sommet du cool aurait donc été qu’ils mixent tout eux-mêmes, sans aucune intervention extérieure ? C’est précisément ce qu’ils ont fait. Et laissez-moi vous dire que ça sonne excellemment bien. Pas « excellemment bien pour un disque enregistré dans une chambre ». Excellemment bien, point. Comme si Rick Rubin s’en était occupé. Quoique non, en plus cool encore. Impossible n’est pas parisien. Il suffit de regarder la Ligue des champions pour s’en convaincre.

Écoutez les guitares et les magnifiques nappes de voix de ‘’195’’. La ballade folk-pop psychédélique ‘’If I Had To Write You A Song’’. Les arrangements de cordes, subtils et d’un goût impeccable, de ‘’Tomorrow I Will’’. Tout sonne juste, tout sonne simple, tout sonne beau. Et tout ça sans jamais relever de la performance.
Serions-nous alors devant une version 2026 de la lo-fi des nineties ? Pitié, oui. On ne pouvait plus supporter ces groupes qui enregistraient volontairement cradingue juste pour les caméras. Comme si salir une chanson suffisait à la rendre sincère. Comme si cacher une mélodie sous trois couches de dégueulasserie bon marché était devenu une preuve d’authenticité. Ici, personne ne s’excuse d’avoir écrit de belles chansons. Elles respirent, elles existent telles qu’elles sont. Plus simples et moins calculées. Et c’est exactement tout ce qu’on demande au rock, un peu de sincérité.

Les chansons de Gurl sont malines et leurs mélodies sont imparables. Elles surprennent juste ce qu’il faut avant de devenir étrangement familières. Il y a le tube évident ‘’Winter’’ et la petite balle en pleine tronche qu’est ‘’Forecast’’, qui nous emmène du côté de Sheffield en passant par le garage rock australien. Le tout, from Paris-sur-Seine messieurs mesdames. Et comment ne pas se prendre ‘’Liar’’ en pleine poire ? Faudrait vraiment ne pas avoir de cœur. Même les gros durs du fond de la classe finissent par dodeliner de la tête et fondre sur le refrain. Comment résister tout simplement ? Pour ça, il faudrait vraiment ne pas être cool. Mais si tu lis Rock Sound, je pars du principe que ça va. Tu as officiellement beaucoup plus de chances de l’adopter que de t’y refuser. C’est scientifique.
Tout a l’air si simple qu’au final tout sonne pop. Pop dans le sens le plus glorieux du terme, pop comme populaire. Le pop des mélodies qu’on reprend tous ensemble, celui des concerts où l’on finit trempé de sueur avec ses copains. Celui des disques qui nous accrochent et refusent de nous lâcher. Des chansons qui s’invitent chez nous, trouvent nos salons et nos chambres suffisamment accueillants pour venir y vivre quelque temps. Elles finissent par faire partie des meubles, des trajets en voiture, des retours de soirées et des dimanches matin. Pop comme vrai, vrai comme cool et cool comme GURL, car GURL est de ces groupes-là. Ceux qui rendent cette terre plus cool qu’avant leur arrivée.
Gurl sort le 25 septembre chez Howlin’ Banana
Style : Garage pop de chambre
Instagram : rocknguurl
Bandcamp : rocknguurl
Youtube : rocknguurl
Tracklist :
01 INTRO
02 CITY CALL
03 WINTER
04 WRONG PLACE
05 195
06 GLOWING ROCKS
07 IF I HAD TO WRITE YOU A SONG
08 FORECAST
09 TREASURE
10 STREET’S DREAMER
11 TOMORROW I WILL
12 LIAR
13 CASTLE





