No Vale Nada – Quidam

par | 5 Juin 2026 | Chronique

Temps de lecture : 4 min

Après sept années de silence, No Vale Nada revient avec Quidam, un troisième album enregistré de main de maître par Amaury Sauvé, et transforme d’emblée l’écoute en véritable décharge nerveuse. Entre post-hardcore chaotique, mathcore dissonant et poussées noise suffocantes, le groupe ne cherche jamais la démonstration technique pure, il fait du vacillement, de la fracture et de la confusion mentale une matière sonore à part entière. Un disque abrasif et fiévreux où chaque cassure rythmique ressemble moins à une prouesse qu’à l’écho physique d’un monde intérieur en train de se fissurer.

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Tout cela avait pourtant commencé dans la presque douceur et déjà, on sentait poindre un dérangement, une aliénation. Comme lorsqu’on regarde une ampoule grésiller avant qu’elle ne lâche définitivement. Derrière cette ‘’Intro’’, quelque chose penche et se dérègle, comme se dérègle le cours de nos vies. Un mécanisme qui se décale, on croit avancer mais on finit par vaciller. Découvrir Quidam, le nouvel album de No Vale Nada, c’est avancer dans les méandres de la complexité humaine. Le post-hardcore mathématique et chaotique du groupe devient alors moins un style qu’un état physique. Quelque chose de presque convulsif. Une manière de retranscrire ce vacarme intérieur qu’on passe notre vie à masquer sous des conversations normales et des gestes ordinaires.

Sur “Sans Contact”, on sent littéralement le corps devenir inhabitable. Pas par la métaphore du mal-être mais par quelque chose de plus organique. « pas de palabre concevable, dans la tourmente je ressens l’imprudence ». Le langage devient insuffisant. Comme lorsqu’on traverse une période trop trouble pour réussir à l’expliquer correctement à quelqu’un sans avoir l’impression de mentir un peu. Ici, No Vale Nada ne raconte pas la détresse, ils la reproduisent physiquement.

Alors oui, forcément, on pense à The Dillinger Escape Plan, à Converge aussi. Mais là où beaucoup de groupes utilisent le chaos comme une démonstration de force, No Vale Nada semble plutôt l’utiliser comme une conséquence émotionnelle. Chez eux, les cassures rythmiques ressemblent autant à des prouesses qu’à des pertes d’équilibre, des pensées qui trébuchent.

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Torturé, le disque l’est à pleines dents. Ça fourmille sur “Un Culte”, pourtant rien n’est jamais trop brouillé. Les textures sont nerveuses, ouvertes comme des plaies béantes, hachurées, presque morcelées en milliers d’éclats. Comme un miroir explosé dont chaque morceau continuerait malgré tout de refléter quelque chose de reconnaissable. On a l’impression que les morceaux sont arrachés à quelque chose, à quelqu’un. Serait-ce à nous ?

La dualité sur “Les Deux Tiers” voit nos hémisphères se faire la guerre, comme s’ils cessaient soudain de coopérer. On découvre la sensation terrible de voir un esprit se diviser contre lui-même. D’un côté, la volonté de rester lucide. De l’autre, cette attirance étrange pour le vide. Le morceau avance ainsi dans une logique presque clinique, comme une dérive mentale observée sous des néons blafards. Les idées s’affrontent, se confrontent, reviennent sous d’autres formes. L’antinomie devient un langage et la lumière fatigue. L’obscurité nous rassurerait presque.

Parfois, les titres se font moins complexes “Sortie D’affaire” et “Sombre Héros”, mais ce n’est pas réellement un apaisement. C’est plutôt ce moment après une crise où le corps tremble encore. Ces titres semblent avoir une ossature moins brisée, des structures moins fracturées, mais les textes touchent encore plus fort. On retrouve cette écriture à vif chère au screamo, propre aux grandes heures de Gameness ou Daïtro. Une plume qui semble toujours sur le point de s’effondrer mais qui tient debout par miracle. Une écriture qui ne cherche pas la poésie mais une forme de survie. Les mots se posent comme ils peuvent, presque par magie, dans ce dédale de chaos.

“Quidam” et ses 47 secondes éblouissantes surgissent comme un brûlot. Le morceau apparaît, se calcine et disparaît. À peine le temps d’en saisir les contours qu’il s’effondre déjà sur lui-même, laissant derrière lui une chaleur nerveuse qui continue de vibrer sous la peau. Comme certaines pensées noires, impossibles à contenir, mais suffisamment violentes pour laisser une trace durable une fois dissipées.

On ressort de l’écoute déroutés, conscients d’avoir pris dans la tronche un sacré disque où circonvoluent nos plus folles passions, nos plus sombres obsessions, nos plus lumineuses fulgurances. Nos zones de honte aussi, nos éclairs de beauté, de génie. Tout ce qui fait de nous des êtres bancals qui essaient tant bien que mal de tenir ensemble. Des quidams en somme.

Quidam est sorti le 5 Juin via Itawak Records, Vox Project, Araki Records et Ace Of Wands

Style : Post Hardcore Mathématique et Chaotique

Tracklist :

1. Intro
2. Sans Contact
3. Quidam
4. Les Deux-Tiers
5. Sortie d’Affaire
6. 03
7. Sombre Héros
8. Un Culte
9. Imaginaire Trouble
10. Consommer les rituels

Bandcamp : novalenada
Facebook : NVNMusic
Instagram : novalenada.music

 

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