Dynamite Shakers : « On veut que les gens repartent avec une bonne claque »

par | 22 Mai 2026 | Interview

Temps de lecture : 11 min

Ils n’ont pas encore 25 ans et viennent de Vendée, mais leur rock, lui, déborde comme s’il avait été forgé dans un club moite de Detroit ou une cave de Camden. Portés par des concerts sauvages, des étés entiers à avaler des kilomètres et une cohésion née sur scène, Dynamite Shakers s’impose comme l’un des groupes les plus vibrants de la nouvelle vague française. Leur son garage nerveux, leur énergie survoltée et leur présence scénique qui laisse KO debout racontent la même chose : une envie farouche de faire trembler les salles — de l’Alhambra aux festivals qui les attendent déjà. Dynamite Shakers, c’est la nouvelle génération qui joue vite, fort, ensemble — et qui rappelle que le rock peut encore brûler, surprendre et tout emporter sur son passage.

 

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« On a grandi loin du rock, mais on y est tombés comme des dingues »

Caro : Vous venez de Vendée, un coin qu’on n’associe pas forcément au rock’n’roll. Vous avez été biberonnés au rock à la maison ou c’est venu plus tard ?

Elouan : Ça dépend de chacun. Moi, c’est mon père qui écoutait beaucoup de rock. J’en entendais partout, en voiture, à la maison. Mais paradoxalement, j’ai eu le déclic assez tard, vers 15–16 ans. Je jouais déjà de la guitare, mais je n’écoutais pas spécialement de rock. Et puis je suis tombé sur des lives de Nirvana sur YouTube… et là, révélation. Après ça, j’ai plongé dans les années 50, puis dans le punk 70. Ça a été l’ouverture totale.

François : Moi j’ai toujours écouté un peu de tout, mais le rock et le funk ont été mes deux gros piliers. Mon père me faisait écouter James Brown, plein de trucs funk. Et côté rock, il m’a mis les Beatles très tôt, ça m’a marqué. Quand j’ai rencontré Elouan, il m’a fait découvrir le rockabilly : Gene Vincent, Eddie Cochran, les Stray Cats… Et puis le garage : les Sonics, les Kinks, les Seeds. Ça m’a retourné.

Caro : Le funk, pour un batteur, ça fait sens. Et vous deux ?

Calvin : Chez moi, il y avait toujours de la musique, mais c’est surtout mon grand‑père qui m’a mis dans le rock. Il grattait un peu, mais surtout il écoutait énormément. Il a grandi dans les années 60, donc il a tout vu arriver. Quand j’avais 6–7 ans, il me montrait déjà des lives des Rolling Stones. C’est là que tout a commencé. Je me suis mis à la guitare vers 14 ans, en piquant celle de mon père en cachette.

Lila‑Rose : Mes parents n’écoutaient pas du tout de rock. Moi, j’ai découvert les Beatles toute seule sur YouTube. Je suis tombée sur le live chez Ed Sullivan, et j’ai été fanatique pendant tout le lycée. Après, j’ai bifurqué vers le rock des années 2000 : Libertines, Arctic Monkeys… Et j’adore les groupes avec des filles : Kim Gordon, Kim Deal, The Breeders, Hole… J’aime les voix féminines dans le rock.

Caro : Garbage aussi ?

Lila‑Rose : Oui, quelques morceaux que j’adore.

 

« Le moment où tu te dis : OK, c’est ça que je veux faire »

Caro : Vous avez eu une “claque rock”, un moment où vous vous êtes dit : c’est ça que je veux faire ?

Lila‑Rose : Moi, c’était les Beatles. Direct.

François : Pour la batterie, c’était The Hives. L’énergie, la folie scénique… Je suis tombé sur un live sur YouTube, je me suis dit : “Ils sont tarés, c’est génial.” Et depuis quatre ans, je suis ultra fan. Je les ai vus deux fois, et à chaque fois je prends une claque qui me rappelle pourquoi je veux faire ça de ma vie.

Elouan : Oui, c’était un rêve de gosse. On voulait tous faire de la musique, clairement.

 

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Dynamite Shakers – Photo by Caro

« On s’est trouvés parce qu’on était les seuls rockeurs de Vendée »

Caro : Comment vous vous êtes rencontrés ?

Elouan : François et moi, on s’est croisés au conservatoire en 2018. À l’époque, je cherchais désespérément des gens pour monter un groupe — en Vendée, c’était rare de trouver des rockeurs. François connaissait les Stray Cats, j’ai halluciné. On a fait une première répète, puis un premier EP en 2018. En 2019, on s’est retrouvés avec… 40 dates en camping sur l’été. On n’en revenait pas.

Lila‑Rose : De notre côté, Calvin et moi, on se connaît depuis la primaire, mais on est devenus proches au lycée. Je suis amie avec son cousin, et un jour il a vu mon fond d’écran Rolling Stones. On a commencé à parler musique, et on a monté un groupe ensemble. Puis Calvin a rencontré Elouan et François, et il les a rejoints.

Calvin : Oui, Elouan m’a proposé d’essayer. Une répète, ça a matché direct. J’ai bossé 40 morceaux en un mois pour pouvoir assurer les sets de 2h en camping. Et j’ai fait toute la tournée d’août avec eux.

Lila‑Rose : Et comme Calvin avait rejoint Dynamite Shakers… j’étais orpheline de groupe ! Puis leur bassiste est parti, et je l’ai remplacé. C’était évident.

Caro : Vous aviez déjà envie de composer avant l’arrivée de Calvin et Lila ?

Elouan : Oui, un peu. Mais c’est vraiment quand on s’est retrouvés tous les quatre qu’on a mis le pied dedans. On stagnait avec les reprises. On voulait faire du garage, du speed, ce qu’on écoutait : les Kinks, les Standells, les Sonics…

François : On ne voulait pas être un groupe de covers. On voulait créer.

 

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Dynamite Shakers by Arthur Loiseau

« En studio, on joue comme en live… tous ensemble »

Caro : Vous avez acquis une réputation de groupe de scène, avec une énergie hyper brute. Comment vous faites pour ne pas perdre ça en studio ?

Elouan : C’est dur, parce que ça dépend aussi du mixeur et de la personne qui fait les prises. Mais nous, on impose un truc : on joue tous ensemble. Pas de prises séparées. On enregistre en live, tous les quatre dans la même pièce. Le chant vient après, mais l’essentiel est là : l’énergie collective.

François : C’est plus naturel pour nous. En studio, t’as pas le public, mais t’as la musique dans le casque, hyper précise, et ça te galvanise. On joue comme si on était sur scène.

Caro : Et ça reste fluide ? Pas trop stressant ?

Elouan : Non, c’est même plus naturel que d’enregistrer chacun son tour. En live, tu bouges parce qu’il y a du monde. En studio, tu bouges parce que la musique t’embarque. On veut que ça sonne vivant, pas chirurgical.

 

« On est pointilleux… mais pas au point de tuer l’énergie »

Caro : Parmi vous, il y en a un qui est hyper maniaque en studio ? Du genre “on refait, on refait, on refait” ?

Elouan : Au début, oui. Pour le premier album, j’étais ultra pointilleux sur mes solos, mes mélodies. Je voulais que rien ne dépasse. Mais avec le temps, j’ai compris que la perfection tue l’intention. En live, tu ne joues jamais “parfaitement”. Tu joues avec l’énergie. En studio, il faut que ce soit propre, mais pas aseptisé. Les petits défauts, parfois, ça devient des forces.

François : Notre musique est déjà très tight. Si on commence à traquer chaque micro‑défaut, ça devient de la musique d’ordinateur. C’est pas nous.

Elouan : On est pointilleux avant le studio : on bosse, on arrange, on teste. Mais une fois qu’on enregistre, il faut lâcher prise.

 

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Dynamite Shakers sur la scène de l’Alhambra

 

« Composer, c’est soit un riff, soit une phrase qui débloque tout »

Caro : Comment vous composez ? Ça part d’un riff ? D’un texte ?

Elouan : Ça dépend. C’est surtout Lila et moi qui écrivons. Parfois on écrit ensemble, parfois chacun de notre côté. Ça peut partir d’un riff que t’as dans la tête, ou juste d’une envie de jouer. Parfois t’as les paroles, parfois pas.

Lila‑Rose : Quand t’as déjà les paroles, ça aide. Composer l’instru d’abord et écrire après, c’est dur : il faut trouver les bonnes syllabes, la bonne mélodie… C’est plus naturel quand les mots viennent en premier.

Caro : Et sur scène, votre cohésion est impressionnante. C’est du travail ou de l’instinct ?

Elouan : Les deux. C’est instinctif, mais ça se travaille. On n’a pas la même cohésion qu’il y a deux ans. Les sets de 2h en camping, ça forge. Aujourd’hui, on bouge beaucoup plus, on est plus libres.

 

« Le truc le plus rock ? Un Breton bourré qui m’a fait tomber de scène »

Caro : C’est quoi le truc le plus rock qui vous soit arrivé récemment ?

Elouan : Franchement… rien de fou ces derniers temps. Pas de guitare cassée, pas de chute spectaculaire.

Calvin : Si, moi ! L’été dernier. Je m’avance pour un solo, je monte sur un sub, un pied sur la barrière… et là, un Breton complètement bourré me chope la jambe. Je lui dis “lâche‑moi”, il secoue encore plus… et je me casse la gueule. Je me relève, je rejoue, mais j’étais sonné. Le mec est venu s’excuser au merch après. Il était juste… très, très bourré.

Caro : Tu t’es fait mal ?

Calvin : Ouais, un peu. Mais bon, rock’n’roll.

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Photo Arthur Loiseau

 

« On veut que les gens repartent avec une claque »

Caro : Qu’est‑ce que vous voulez transmettre au public ? Dans quel état vous voulez qu’ils repartent ?

Elouan : Qu’ils aient pris une claque. Qu’ils aient oublié leurs problèmes pendant une heure. Qu’ils repartent rincés mais heureux. Et si en plus ils se disent “wow”, c’est gagné.

Caro : Votre salle rêvée ?

François : L’Olympia. Les lettres lumineuses en rouge sur la façades, c’est mythique ! On y a joué une fois, et les loges ont une aura incroyable. Les tableaux, le bar… j’ai adoré cet endroit plein d’histoires !

Elouan : Et quand tu joues, le public est proche… c’est bien !

Caro : C’est comme la Cigale ou le Trianon : tu sens l’énergie rebondir. Et dans votre concert rêvé, qui ferait votre première partie ?

Lila‑Rose : En vrai, mon rêve se réalise déjà : jouer à l’Alhambra avec mon frère en première partie. C’est trop beau que nos parents soient là, que ce soit en famille.

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Dynamite Shakers, l’énergie du live !

 

« Nos clips, c’est nous. On veut que ça respire le live »

Caro : Dans vos clips, il y a toujours une énergie très live. Vous avez votre mot à dire sur l’identité visuelle ?

Elouan : Totalement. On a le dernier mot. Sur la dernière live session, c’est vraiment nous qui jouons, pas du playback. On voulait des plans fixes, pas de mouvements de caméra : c’était à nous de bouger. C’est notre projet, notre identité. Ça doit partir de nous.

Caro : Vous aimez le studio ou c’est un passage obligé ?

Lila‑Rose : On adore le studio.

Elouan : C’est chanmé. Les compos sont là, mais tout ce qui est textures, arrangements, sons… c’est passionnant. Tu testes des pédales, des claviers, des guitares, des moods. Ton cerveau bouillonne toute la journée.

Calvin : C’est de la création constante.

François : Et le soir, t’es rincé, mais heureux.

Elouan : Pour le dernier album, on a bossé avec Lionel Liminiana. Ça a matché direct. On avait les mêmes rêves, les mêmes références. Après les sessions, on bouffait ensemble, on parlait pendant des heures. Et le studio était immense, avec du matos de dingue. On n’avait jamais eu accès à ça.

 

« On a franchi un cap »

Caro : Vous pensez que cet enregistrement vous a fait franchir un cap ?

François : Carrément. On a appris plein de trucs grâce à Lionel. Il nous a débloqués sur les claviers, par exemple. On voulait en mettre, mais on ne savait pas comment sans tomber dans la caricature. Lui, il est passionné, il connaît tout. On lui a fait confiance, et ça nous a ouvert plein de portes. On est beaucoup plus ouverts aujourd’hui. 

Caro : Vous vous voyez tourner à l’étranger ? États‑Unis, Angleterre ?

Elouan : Oui, mais il y a des pays encore plus rock : l’Espagne, l’Italie, la Belgique. On a joué en Espagne, c’était fou. Hyper convivial, hyper chaleureux.

Lila‑Rose : On est jeunes, c’est trop cool, tout est possible. Mais c’est aussi angoissant : t’as peur que ce soit éphémère. Aujourd’hui tout va bien, mais si demain on perd des auditeurs ? On dépend du public.

Caro : Même les grands se posent la question. Miles Kennedy me disait qu’il ne se sent jamais en sécurité, même après 20 ans de carrière. C’est ce qui le pousse à avancer. Il faut trouver la bonne dose de stress. Et vous faire confiance. L’avenir vous appartient !

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Dynamite Shakers

« Venez nous voir à l’Alhambra ! »

Caro : On arrive à la fin. Quel serait votre mot de la fin pour nos lecteurs ?

Elouan : Venez nous voir à l’Alhambra ! On y sera. Et à Rock en Seine aussi !

François : Et écoutez ce qui arrive : il y a plein de nouveautés.

Caro : On y sera aussi. Merci beaucoup !

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L’album Cinéma des Dynamite Shakers est déjà disponible !

Ne les loupez pas sur scène cet été dans les festivals d’ici et d’ailleurs !

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