Entre Toulouse, Avignon et Strasbourg, les trajectoires de DISCOZERO s’agrègent pour donner naissance à un rock à la fois dansant et sombre, fait de grooves tenaces, de mélodies persistantes et de riffs poisseux. Entre grunge 90’s et tension post-punk, le groupe avance avec une idée simple : faire bouger les corps sans jamais éteindre ce qui les traverse.
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On avait laissé Matthieu Miègeville dans la tension à vif de My Own Private Alaska, là où chaque note semblait lutter contre sa propre disparition. On le retrouve aujourd’hui ailleurs, presque retourné, comme accordé autrement. Pas apaisé, non, mais habité différemment. Comme si l’énergie qu’il projetait autrefois vers l’extérieur s’était mise à circuler autrement, en circuit fermé, plus dense, plus sourde. Une inversion de polarité en somme, mais surtout une conversion. Lla rage ne disparaît pas, elle devient motrice. et force et de constater que ça groove fort.
Avec It Was Capitalism All Along, DISCOZERO ne cherche pas à résoudre la contradiction, il danse dedans. Le disque sonne gras. Il sonne fort. Il sonne brut. Un bloc presque organique, poisseux, qui avance à coups de riffs stoner et de basses épaisses, mais sans jamais s’enfermer dans la lourdeur.
Il y a quelque chose de fondamentalement mobile ici, une pulsation qui refuse l’inertie. Comme si le poids même du son devenait une invitation au mouvement. On pense à une collision lente mais inévitable entre la rugosité du désert et les lumières fatiguées d’un dancefloor, sans jamais que l’un ne prenne totalement le dessus sur l’autre.
“All Along” installe ce terrain-là : une tension qui ne lâche pas, une mécanique presque hypnotique. Et puis vient “Forgive Forward”. Et là, quelque chose cède, pas dans la puissance, mais dans la facade. Parce que sous la crasse, sous le groove, il y a une mélancolie qui affleure. Pas une nostalgie facile, mais une forme de lucidité douce-amère. Une conscience que tout ça, le bruit, la danse, les corps en mouvement, tient aussi de la fuite. Et que cette fuite est peut-être nécessaire.
Il y a chez DISCOZERO une manière très juste de faire coexister ces états contraires. La frontalité héritée de IDLES ou Turnstile n’est jamais gratuite. Elle sert de point d’impact à quelque chose de plus fragile. Et c’est aussi en cela que le disque devient intéressant, quand il accepte de ne pas choisir entre la catharsis collective et l’introspection.
Si nous sommes condamnés à être libres, ici cette liberté ressemble à une piste de danse cabossée. On y vient avec ce qu’on a, nos contradictions, notre fatigue de la semaine et du week-end qui ne nous ranime jamais vraiment, notre besoin de sens, et on bouge quand même. Pas pour oublier, mais pour tenir.
Ce qui frappe aussi, c’est la manière dont l’album s’est construit : à distance, fragmenté, presque désincarné dans son processus et pourtant profondément humain dans son résultat. Comme si cette dispersion initiale avait obligé le groupe à chercher une forme de cohésion plus instinctive, moins académique. Le mix, brut et imparfait, devient alors un geste esthétique autant qu’un aveu : celui de ne pas lisser, de ne pas corriger ce qui fait vérité.
CreditPhoto © BenjaminHincker
It Was Capitalism All Along n’est pas un manifeste. Ou alors un manifeste en mouvement, instable, traversé de doutes. Un disque qui préfère le frottement à la résolution, le corps au concept. Et dans ce déséquilibre, il y a quelque chose de profondément vivant “Oh My God (It’s Still Alive)”. Ce n’est peut-être qu’un début, mais tout est déjà là. Il y a ici quelque chose d’assez vivant pour ne pas s’arrêter en si bon chemin. Pour le reste, le temps fera son travail et pour Discozero il devrait être du bon côté.
It Was Capitalism All Along est sorti le 10 avril 2026 en auto-prod.
Style : Disco Grunge / Stoner Dancefloor
Tracklist :
1. Joy & Fire
2. And Again
3. Get It! Get it! Get It!
4. Forgive Forward
5. Mary & Jesse &
6. Oh My God (It’s Still Alive)
7. Coffee. Drive.
8. Do You Dance?
Bandcamp : discozero.bandcamp.com
Facebook : Discozero
Instagram : discozeromusic