Arrivé le 3 avril, Directions s’impose comme un tour de force screamo, un disque qui ranime le genre par la seule force de sa passion. Conjuguant férocité écrasante et vulnérabilité à nu, entre héritage scramz et éclats d’avenir, Directions plonge dans le passé tout en ouvrant une fenêtre sur ce que la scène peut encore devenir.
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S’est-on déjà demandé pourquoi, dans ces époques ravagées, nous cherchons instinctivement refuge dans les musiques qui frappent le plus fort ? Comme si le vacarme, loin de nous achever, avait le pouvoir étrange de nous remettre debout. Et pourquoi, dans un paradoxe presque insolent, ces déflagrations sonores n’ont jamais été aussi précises, aussi élégamment construites ? Avec Directions, Knumears ne répond pas à la question, ils la pulvérisent. Leur musique percute avec la lucidité rare de ceux qui savent exactement où porter le coup.
Knumears s’inscrit dans une lignée sans jamais s’y dissoudre. C’est-à-dire qu’on entend l’histoire derrière eux, le screamo des salles trop petites, le post-hardcore des marges, les cartographies émotionnelles photocopiées sur flyers et distribuées à la hâte. Mais le groupe refuse la nostalgie, Directions n’est pas un mausolée, c’est un organisme vivant. Un disque qui comprend que ce genre ne survit que par celles et ceux qui l’aiment assez pour le réinventer, quitte à en déplacer les frontières.
Il y a, dès les premières secondes, quelque chose d’incendiaire dans la manière dont Directions s’ouvre et se consume. Tout s’embrase en nous. Les Angelins ne prennent pas le temps de prévenir, ils allument la mèche et regardent tout brûler, avec cette élégance étrange des groupes qui savent que la combustion fait partie du langage.
Il y a chez Knumears une certaine manière de faire du chaos une langue maternelle. Les guitares tranchent à vif, sifflent entre les respirations comme des nerfs à découvert, tandis que la section rythmique avance en déséquilibre contrôlé. Comme une chute permanente qui n’arrive jamais tout à fait. Et puis il y a cette voix, écorchée, qui arrache des morceaux de nous. Des petits bouts de chair qui jaillissent, comme expulsés à bout portant, quand chaque cri trouve en nous une zone que l’on croyait imperméables.
Mais réduire Knumears à leur seule violence serait passer à côté de l’essentiel. Car sous l’impact, il y a la réparation. Sous la collision, une forme d’attention salvatrice. Directions agit comme ces tempêtes intérieures qui nettoient plus qu’elles ne détruisent. C’est une musique cathartique au sens le plus brut, elle ne console pas, elle traverse. Elle vous prend à la gorge pour mieux vous apprendre à respirer.
Ce qui affleure, derrière l’urgence, ce n’est pas une fureur aveugle mais une colère tenue, une colère digne. Une rage qui déborde parfois et se canalise dans chaque rupture, chaque accélération, comme si le groupe refusait la facilité de l’explosion gratuite. Ici, la violence pense, elle s’organise, elle cherche une sortie. Directions, c’est un panneau aperçu trop tard, c’est une route prise à contre-sens. C’est une voiture lancée dans la nuit, non pas hors de contrôle, mais tenue de justesse. On ne sait pas si l’on fuit quelque chose ou si l’on s’y précipite. Les mains restent fermes sur le volant, chaque virage est pris avec cette lucidité fragile qui empêche la chute. On tangue, mais jamais ne cède.
Les morceaux comme “One Light, Sunshine” ou “Breaking Ground” explorent ce territoire fragile où l’on quitte l’adolescence sans carte ni mode d’emploi. Il y est question de ce que l’on garde, de ce que l’on abandonne et surtout de celles et ceux qui nous façonnent. L’écriture, volontairement dépouillée, touche par ce qu’elle refuse d’expliquer. L’amour y apparaît dans ses formes les moins spectaculaires et les plus essentielles. Une grand-mère, un père, une présence qui tient lieu de boussole quand tout vacille. Il y a là quelque chose de profondément juste, presque désarmant.
Et puis il y a “Fade Away”, qui résume à lui seul l’esthétique du groupe. Des dynamiques imprévisibles, une férocité qui ne s’excuse jamais, et cette vulnérabilité à nu, offerte sans filtre. Un grand écart permanent entre l’écrasement et la grâce.
On ressort de Directions un peu différent. Pas indemne, surtout pas, mais réajusté. Comme après un grand concert, un pogo qui vous remet les idées en place. Comme si quelque chose en nous avait été déplacé, remis à sa juste place. C’est un disque qui nous aide à supporter la lumière crue des jours ordinaires. Mieux encore : à vivre avec.
Directions est sorti le 3 Avril 2026 sur Run For Cover Records
Style : Hardcore Skramz
Tracklist :
01- Introduction
02 – One Light, Sunshine
03 – My Name
04 – Breaking Ground
05 – Directions
06 – Untitled
07 – Bridged
08 – Fade Away
09 – Friendly Face
10 – The North
Bandcamp : knumears
Instagram : meandyouscreaming
Youtube : Knumears