Edgär – Behind The Wall

par | 26 Mar 2026 | Chroniques

Temps de lecture : 4 min

Après les confidences de Secret puis la renaissance plus frontale d’Edgär Is Dead, le duo signe avec Behind The Wall son disque le plus tendu. Un album dense, nerveux, pensé pour la scène autant que pour les insomnies modernes. La mue est actée : un indie rock racé, mélodique et dangereusement efficace.

BTW Artwork 3000 1

 

On imagine souvent que les tubes naissent dans un éclair de génie. Un ampli réglé trop bizarrement, un matin pâle café-clope, une nuit blanche whisky-coca, une phrase griffonnée sur un ticket de caisse.

La réalité est sans doute un peu moins romantique. Sur Behind The Wall, Edgär donne plutôt l’impression de travailler dans un atelier clandestin de refrains. Une pièce sans fenêtre, saturée de néons blafards et d’idées fixes. On entend les machines tourner comme des cerveaux sous pression. Les synthés s’alignent, la basse dessine ses plans d’architecte. Puis la guitare entre en scène, non pas pour briller, mais pour valider l’existence même de l’édifice. Comme une signature au bas d’un contrat. Et quand tout est en place, ça décolle immédiatement et plus personne ne viendra nous faire descendre.

 

Ce troisième album démarre comme un manifeste. Groove synthétique, batterie quasi eighties, pulsation nocturne digne d’un dernier métro. Une entrée en matière presque suspecte pour un groupe rock. On se dit : ça y est, ils ont remisé les amplis, vendu les pédales sur Vinted et bien heureusement, on se plante. La guitare surgit au moment exact où l’on commence à douter. Jamais démonstrative. Toujours souveraine. Sur “Mister G”, elle flotte au-dessus du morceau avec une présence massive et une élégance froide. The elephant in the room, version fuzz.

Parce que oui, fabriquer des tubes reste un métier dangereux. Il faut viser juste sans avoir l’air d’y penser. “Enemy” transforme un monde en bordel en slogan tendu, prêt à être scandé contre un retour de larsen. “Outside” déroule ses mélodies limpides avec un culot presque indécent. On croirait ces groupes anglais, à la The Bravery, qui font semblant de s’ennuyer tout en écrivant des refrains que tu garderas dix ans dans la tête. Le genre de chanson qui te retrouve même quand tu changes de vie, que tu n’as plus la même adresse.

Et puis il y a cette basse qui parcourt tout Behind The Wall. Quatre cordes qui avancent comme un chat noir dans un couloir de loges, indifférentes au chaos ambiant. Alors, une magie discrète opère, un phrasé, une rondeur, une manière de suspendre le temps qui évoque l’ombre élégante de Simon Gallup. Rien d’ostentatoire, juste une filiation fantôme qui dit beaucoup du talent du duo. Couleurs indie rock, reflets new wave, nostalgie recyclée en carburant premium. Edgär ne cite pas, il réactive.

Si “Inside” aligne des refrains entêtants avec une efficacité effarante, “Human Jungle” préfère jouer avec la tension, la tenir entre deux doigts comme un fil électrique qu’on n’ose plus lâcher après s’être pris une châtaigne en 220. Le duo semble avoir compris que la rage moderne ne passe plus forcément par le vacarme. Elle peut être contenue, stylisée, presque dansante. Une colère qui sait choisir ses chaussures en somme, et modestement en plus de cela, sans se planter de pointure.

EDGAR enemy2 ©JeremieDouchy scaled

Jérémie Douchy

Et puis l’album ralentit, comme si quelqu’un avait légèrement baissé la lumière dans la pièce. À mesure que l’on approche du terminus, les contours deviennent plus flous, les certitudes plus fragiles. “Porcelain Doll” s’élève dans un air éthéré, comme suspendu. Après avoir passé dix titres à construire une mécanique pop redoutable, Edgär accepte enfin de montrer les fissures. Celles qui laissent passer l’émotion. Celles qui font qu’une chanson reste avec nous pendant plus longtemps qu’une autre.

Troisième album pour le duo amiénois, donc troisième mue. Derrière l’énergie frontale et les ambitions radio pleinement assumées, Behind The Wall révèle surtout un groupe qui a appris l’art le plus difficile du rock contemporain, transformer l’urgence en précision. Ici, la puissance ne se mesure plus au volume des amplis mais à la netteté du geste. À cette capacité rare de toucher juste, encore et encore, comme un artisan obsessionnel qui refuserait de quitter son établi tant que le refrain n’est pas parfaitement ajusté, la mélodie parfaitement aiguisée. Car si le rock a souvent appartenu à ceux qui savaient frapper fort. Edgär appartient désormais à ceux qui savent viser juste

Behind The Wall sort le 20 mars 2026 via Riptide

Style : Indie rock / New Wave racé

Tracklist :
1 – Enemy

2 –  Outside

3 –  Inside

4 – Big Mouth

5 – Cracks

6 – Human Jungle

7 – Dragon

8 – Mister G

9 – Distraction

10 – Porcelain Doll

Instagram : edgarofficiel
Bandcamp : edgarofficiel
Facebook : Edgarofficiel