Il y a des chansons qu’on connaît par cœur, qu’on croit avoir épuisées, et puis arrivent leurs reprises qui nous les font entendre comme si c’était la première fois. Cette sélection regroupe ces moments où des artistes osent tout. Transformer le familier en fragile merveille, y déposer leur sensibilité, leur personnalité, leur urgence. Entre émotion brute, audace et humour subtil, ces dix reprises nous rappellent que la musique traverse les générations, frappe là où ça fait du bien, et ne se laisse jamais enfermer.
10. Biffy Clyro – Golden (KPop Demon Hunters)
À l’origine, “Golden” est le tube total de 2025 : celui que tous les enfants connaissent par cœur, que les parents ont appris malgré eux entre deux trajets en voiture et une crise existentielle à l’arrière, et que personne, absolument personne, n’a réussi à éviter. Un morceau devenu bruit de fond générationnel, entre chorégraphie virale et surexposition joyeuse.
Plutôt que de l’ignorer, Biffy Clyro choisit l’attaque frontale par le pastiche. Ils accélèrent le pouls, tordent la mélodie, injectent de la nervosité là où l’original visait la communion sucrée d’un cupcake trop chargé en glaçage. Le résultat est volontairement excessif, presque cartoon, mais jamais méprisant.
C’est une reprise qui fonctionne comme un clin d’œil aux parents épuisés, condamnés à entendre “Golden” en boucle sans jamais l’avoir demandé. Un hommage ironique à la saturation culturelle, et une manière très Biffy Clyresque de rappeler qu’on peut aimer, se moquer, et survivre à un tube et parfois tout en même temps.
9. Sombr – Fake Plastic Trees (Radiohead)
Reprendre Radiohead, c’est un peu comme tenter de grimper l’Everest en chaussettes. Chaque année, à la Fête de la Musique, des centaines de prétendants s’y essaient et se cassent les dents sous les yeux de spectateurs compatissants ou horrifiés. Les reprises finissent souvent en massacre, piégées entre fausses notes et excès de pathos.
Et puis arrive Sombr, révélation de 2025 : un artiste qui depuis ses débuts transforme chaque obstacle en occasion de briller. Sa reprise de “Fake Plastic Trees” est un bel effort, à la fois respectueuse et personnelle, où la tension et la fragilité originales sont préservées mais réinterprétées avec sa patte unique.
Sombr réussit, là où tant échouent, à capturer l’esprit de Radiohead sans tomber dans la copie ou le désastre. Un exploit qui mérite d’être salué, avec un sourire malicieux pour tous ceux qui ont cru pouvoir faire pareil et se sont lamentablement vautrés.
8. Maisie Peters – Christmas Lights (Coldplay)
Il y a quelque chose d’irrésistible à écouter cette reprise de Coldplay juste à la croisée de Noël et du Nouvel An, cette période douce où nos rues s’endorment sous les lumières et où l’on semble tous supendus entre la nostalgie de l’année écoulée et l’espoir du lendemain. C’est exactement le moment idéal pour que cette chanson nous atteigne dans une parenthèse fragile, lumineuse et intime.
“Christmas Lights” n’est pas un classique hivernal, mais c’est une chanson profondément humaine, mesurée dans sa mélancolie, capable de parler à chacun avec une simplicité bouleversante. Les notes de piano s’y glissent comme une respiration et les paroles de Chris Martin flottent entre douceur et regret.
Et puis arrive Maisie Peters, jeune artiste à la sensibilité rare, qui a déjà la maîtrise de la chanson pop la plus subtile. Sa voix claire épouse parfaitement l’âme de cette chanson. Fragile mais confiante, sincère sans être théâtrale. Trop souvent méconnue, elle mérite largement plus de visibilité, car son interprétation révèle l’âme de “Christmas Lights” avec une grâce naturelle que peu auraient osé insuffler. Une reprise qui, tout en restant fidèle à l’original, devient un petit bijou d’intimité partagée.
7. Thornhill – Paparazzi (Lady Gaga)
Il n’est plus nécessaire de présenter Lady Gaga, même entre ces pages où ses chansons ne sont pas toujours de mise.En revanche, Thornhill, jeune groupe australien encore méconnu mais salué pour sa maîtrise rare du post-hardcore et du néo-metal, transforme ce classique en quelque chose d’étrange et fascinant.
Leur reprise de “Paparazzi” n’est pas qu’une version retravaillée, c’est un néo-metal halluciné flirtant avec le post-hardcore où l’intensité et le chaos deviennent instruments de narration. Là où Gaga jouait du Drama Pop avec glamour et excès, Thornhill plonge le morceau dans une obscurité hypnotique, plus dense, plus crue où tout converge pour créer un espace tendu, presque viscéral, où l’original se trouve à la fois respecté et radicalement transformé.
Thornhill réussit à révéler le côté obsessionnel et malsain de Paparazzi, tout en montrant l’étendue de sa maîtrise technique et émotionnelle. Une reprise qui fait vaciller le familiarisme de la Pop pour le plonger dans une noirceur fascinante, à laquelle on ne résiste pas.
6. Holly Humberstone – Wild World (Cat Stevens)
Reprendre un chef-d’œuvre de la folk comme “Wild World” et s’en approprier chaque nuance relève presque du miracle. Holly Humberstone y parvient avec une maîtrise déconcertante, alliant dépouillement et sophistication, minimalisme folk et grandeur émotionnelle.
Sa voix fragile mais assurée se déploie sur le morceau, conservant cette simplicité qui fait la force de Cat Stevens tout en y ajoutant sa propre profondeur. Holly Humberstone respecte l’âme du titre, mais la grandiose de son interprétation, les montées subtiles et les respirations calculées transforment chaque note en émotion palpable.
C’est une reprise qui traverse les générations, les fans de Cat Stevens retrouveront la nostalgie et la délicatesse de l’original, tandis que la sensibilité contemporaine d’Holly Humberstone touchera une nouvelle audience. Minimaliste et majestueuse à la fois, elle montre que le talent peut franchir le temps et les différences, et que certains morceaux, lorsqu’ils rencontrent le bon interprète, deviennent intemporels une seconde fois.
5. Damiano David – Nothing Breaks Like A Heart (Miley Cyrus)
Damiano David surprend encore en s’attaquant à “Nothing Breaks Like a Heart” de Miley Cyrus. Sa reprise, tout en tension, douceur et mélancolie, transforme le hit pop en un morceau intime et nuancé, où chaque mot résonne avec une fragilité maîtrisée.
On aurait pu également choisir sa reprise de “Pink Pony Club” de Chappel Roan, enregistrée lors d’un live à Varsovie en Pologne, fameuse pour son énergie et sa flamboyance. Mais celle-ci, plus contenue, plus introspective, a ce on-ne-sait-quoi de poignant qui la rend irrésistible pour ce top. Une interprétation qui révèle le côté humain et vulnérable de l’artiste, loin de l’exubérance de scène.
Damiano réussit à rendre un tube contemporain presque intemporel, et à montrer qu’il est capable de naviguer entre puissance et subtilité avec une élégance rare.
4. Tom Odell – Undressed (Sombr)
La version de Tom Odell de “Undressed” est à fleur de peau, tellement triste qu’on croirait entendre la chanson à tranchant de couteau, à fleur de lame de rasoir, à corde de cou.
Odell réussit brillamment à transposer ce morceau avec la force d’interprétation d’un artiste qui sait manier l’émotion depuis longtemps, depuis Another Love son tube merveilleux. Chaque note, chaque silence, semble respirer et faire cohabiter la douleur avec l’élégance.
Et en même temps, cette reprise rend hommage à la force de jouvence de Sombr, la version’originael, créé par un artiste plus jeune et moins expérimenté, conserve une beauté et une intensité qui n’ont rien à envier à cette version.Tom Odell, en la reprenant, montre que la maîtrise de l’émotion peut traverser les générations, et que parfois, l’expérience et la fraîcheur se rencontrent pour créer quelque chose de parfait.
3. Yungblud – “Bitter Sweet Symphony” (The Verve)
Yungblud montre avec cette reprise qu’il est autant à l’aise dans la composition originale que dans l’exercice délicat de la reprise. On connaît tous ce morceau, il résonne déjà partout, parfois trop, saturant l’air de ses accords iconiques. Mais l’entendre par Yungblud, c’est différent et ça ne sera jamais trop.
Il rend l’habituel en quelque chose de vivant, intense et furieusement personnel. La mélodie classique se teinte de nervosité, de passion et d’urgence contemporaine, transformant le morceau en un cri générationnel à la fois respectueux et radical. Là où tant d’autres auraient simplement reproduit le connu, Yungblud insuffle une nouvelle énergie, un souffle de jeunesse, qui rend cette “Bitter Sweet Symphony” absolument irrésistible.
2. Lola Young – “Close to Me” (The Cure)
Lola Young prend “Close to Me” et le propulse à des années-lumière de la version de Robert Smith, pour le ramener en Angleterre et l’embrasser avec son rock triste subtilement saupoudré de soul très personnelle. Les arrangements sont impeccables, intelligents, et chaque note semble calculée pour nous faire sourire, frissonner et hocher la tête (tout ça à la fois).
S’il faut aussi rappeler les récents déboires de Lola Young, épuisée par un emploi du temps acharné, entre sessions, concerts et enregistrements, on sent dans cette reprise la fragilité d’une artiste qui se dépasse malgré tout. Elle y met tout, chaque respiration, chaque inflexion de voix rend cette reprise incroyable. Une véritable réussite, audacieuse et délicate, qui impose Lola Young comme une voix à suivre absolument, mais dès qu’elle ira mieux.
1. Fontaines D.C. – “Can You Feel My Heart” (Bring Me The Horizon)
Fontaines D.C. clôt ce top avec une reprise hallucinée et profondément habitée de “Can You Feel My Heart”. Dès les premières mesures, on est happé par l’urgence et l’intensité, mais c’est le twist final qui marque les esprits : le morceau bascule, presque imperceptiblement, vers « Heart-Shaped Box » de Nirvana, joué à la manière d’un Depeche Mode au sommet de sa grandeur.
On ne savait pas que Bring Me The Horizon et Nirvana pouvaient se marier avec autant d’évidence, et pourtant, Fontaines D.C. en devient le pasteur le plus convaincant pour célébrer cette union improbable. Chaque accord, chaque tension, chaque respiration semble orchestré pour faire surgir l’étrange beauté de cette hybridation : un mélange de rage, de mélancolie et de perfection Post-pop-punk.
Cette reprise n’est pas qu’un hommage, c’est un miracle d’audace et de maîtrise, un moment où le contemporain et le classique dialoguent avec une évidence qui laisse bouche bée. Fontaines D.C. nous rappelle que, parfois, les mariages les plus inattendus sont les plus éclatants, et qu’un morceau peut se réinventer de façon sublime.
Fontaines D.C. : fontainesdc.com
Lola Young : lola-young.com
Yungblud : yungbludofficial.com

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