Arrivés comme des boules de feu sous le ciel breton pour le festival God Save The Kouign, The Molotovs ont immédiatement imposé leur énergie débordante et leur spontanéité désarmante. Entre humour, intensité et lucidité, le duo déroule une trajectoire fulgurante, façonnée entre les rues de Londres et des scènes de plus en plus massives. Leur histoire avance à la vitesse de leurs concerts : sans pause, sans frein, mais toujours avec une sincérité brute. Une rencontre électrique, à l’image d’un groupe qui semble déjà jouer bien au-delà de son point de départ.

Rock Sound : Bienvenue, ravi de vous rencontrer sous le soleil de la Bretagne.
Mathew : Oh la Bretagne, on est en Bretagne là ?
Rock Sound : Tout à fait ! Alors, c’est certain aussi que vous êtes un groupe qui va sans doute marquer le festival par son énergie. Il y a beaucoup de gens qui vous attendent ce soir. C’est quelque chose qui est arrivé très vite pour nous, mais pour vous, c’est déjà une longue histoire avec la musique ?
Mathew : On est vraiment excités. On a un peu traîné partout aujourd’hui, mais on est restés assez reclus dans notre loge. Et quand on se baladait, des gens sont venus nous voir en disant : « On est trop contents de vous voir, on est venus au festival juste pour vous » — sans vouloir manquer de respect aux autres groupes, évidemment. Dis-leur Issey !
Issey : Ça fait déjà un bon moment pour nous. On tourne depuis environ six ans, et pendant un an et demi on faisait surtout du busking dans les rues de Londres. On a commencé à la toute fin du confinement, donc c’était le seul endroit où on pouvait jouer à l’époque : dans la rue, en reprenant des morceaux des Kinks, des Libertines, des Beatles, ce genre de choses. Depuis, on dit oui à toutes les opportunités. Et peut-être que depuis deux ans, on a commencé à jouer de plus en plus en France et en Europe, dans de plus en plus d’endroits.
Rock Sound : Pensez-vous que le confinement vous a donné l’énergie de monter un groupe ?
Mathew : Oui, on était assez en colère face à la manière dont le confinement se passait. Enfin, toute notre famille l’était aussi, mes parents également. Et on s’est dit : bon, on faisait déjà tous les deux de la musique avant ça, mais pas à un niveau très sérieux, et chacun de notre côté, avec d’autres personnes. Donc on a commencé à jouer ensemble, et à sortir. L’idée, c’était : “ok, on va jouer pour les gens”, parce qu’on aime ça, on aime jouer de la musique. Il n’y avait rien d’autre à faire de toute façon.
Issey : Et à ce moment-là, on avait un peu retiré ça à tout le monde pendant le confinement. Les gens ont besoin d’un peu de folie, ils ont besoin de normalité. Et le busking, c’est une manière de rendre la musique complètement accessible, de la démocratiser. C’est totalement gratuit. Si tu passes par là, tu as de la chance, ou pas, au début on était plutôt mauvais.
Mathew : J’ai un pote qui s’appelle Alfie, il joue dans un groupe qui s’appelle Art. Et récemment, il a commencé à faire un truc : il se balade en van, il ouvre les portes sur le côté, et les groupes jouent directement depuis le van pendant qu’il roule ou qu’il s’arrête, et ils jouent dans la rue, devant les pubs, ce genre de choses. Et ça montre bien que le busking est une super manière de démocratiser la musique, comme tu le disais. C’est juste l’exemple parfait d’ailleurs.
Rock Sound : Le premier single de cet album, c’est « More, More, More », qui est sorti en 45 tours avant la sortie de l’album. Je voulais savoir : dans ces compositions, est-ce qu’il y a des morceaux qui datent de longtemps ? Comme vous faites de la musique depuis assez longtemps, depuis 10–11 ans, est-ce qu’il y a des chansons ou des idées qui remontent à cette époque et qui se retrouvent sur cet album ?
Mathew : Non, aucune. J’écrivais déjà des morceaux à l’époque, mais rien que j’aurais eu assez de courage pour jouer en live. Je savais que ce n’était pas terrible, enfin, je le savais en le pratiquant. Je pense que j’ai toujours voulu écrire des chansons, mais ce n’était pas forcément l’objectif du groupe au début. On n’avait pas vraiment d’idée précise de ce qu’on faisait. Puis l’écriture est venue petit à petit. Et au fur et à mesure que les concerts devenaient plus gros et que le groupe commençait à avoir un public — même en jouant des reprises, parce qu’on avait ce public qui nous suivait de pub en pub, d’événements en événements — on a commencé à intégrer nos propres morceaux. « More, More, More » a été le premier morceau. C’est pour ça aussi que c’est le premier single. À l’époque, on le jouait trois fois dans le set : on commençait avec, on le rejouait au milieu, puis on le rejouait en rappel, parce qu’on n’avait pas encore d’autres chansons. Mais les gens chantaient toujours avec nous. Et parfois ils disaient : « rejouez-le ! rejouez-le ! » Et en fait, quand tu joues dans la rue les gens passent, donc tu peux très bien avoir joué un morceau au début mais personne ne l’a vraiment entendu. Donc tu continues à le rejouer, tu vois.
Rock Sound : À quel moment as-tu eu ce feeling où tu t’es dit que tu savais écrire des chansons ?
Mathew : Je pense que ça a probablement commencé quand on a fait des concerts où on jouait majoritairement nos propres morceaux, et où les gens achetaient des tickets pour venir nous voir. Et puis, quand on a fait nos soirées — Issey organisait des nuits à Soho qui s’appelaient Incendiary. Tu veux expliquer ?
Issey : Oui, j’organisais ces soirées à Soho. Après le confinement, il y avait plein de groupes comme nous qui avaient affûté leur pratique dans leurs chambres, et toute une vague, une sorte de “troisième vague” de groupes de guitare qui arrivait. Donc on était tête d’affiche chaque semaine, le jeudi. On a fait ça pendant environ six mois, tous les jeudis, et c’était complet à chaque fois. On jouait uniquement nos propres morceaux. Et je pense que c’est là qu’on a réalisé qu’il se passait quelque chose, que les gens venaient pour nous, pas juste pour les reprises qu’on jouait avant. On avait vraiment fait nos armes sur la scène live, et ça se ressentait dans les performances. La qualité de l’écriture avait aussi progressé, et je pense qu’on a touché quelque chose auquel les gens peuvent s’identifier et se connecter avec cet album.
Rock Sound : Vous avez tous les deux commencé la musique très jeunes, avec cette envie assez claire de faire de ça votre vie. Aujourd’hui, ce rêve est en train de se réaliser à grande vitesse. Dans ce contexte, comment faites-vous pour garder les pieds sur terre, et rester connectés à votre entourage, vos amis, notamment ceux d’enfance ?
Mathew : Oui, je pense qu’on s’est rendu compte qu’on devenait plus gros. On s’en est surtout rendu compte quand on a été signés, évidemment, mais même avant ça, quand on faisait ces soirées et que chacune affichait complet, semaine après semaine. Même si c’était seulement 120 places ou un truc comme ça, le fait de pouvoir remplir une salle à Londres de manière aussi régulière, avec parfois un nouveau public chaque semaine, c’était vraiment très inspirant pour nous. Il y avait un vrai buzz autour de ces soirées, pas seulement pour nous, mais aussi pour les groupes qui assuraient les premières parties.
Issey : C’est devenu une vraie petite communauté à Londres, et beaucoup de fans venaient de tout le pays pour jouer et nous soutenir.
Mathew : Sur la question de garder les pieds sur terre, ce n’est pas comme si on avait déjà perdu le contact avec la réalité. Et depuis, on essaie toujours de se “recadrer” entre nous, si on sent que l’un de nous part un peu dans un excès d’euphorie — même si, honnêtement, ce n’est pas vraiment le cas.
Issey : Et c’est là que c’est intéressant aussi : tout est très contrasté. On monte et on descend sans arrêt. Quand on a fait la première partie des Libertines au Camden Town Forum, le lendemain on retournait jouer dans un pub de 50 personnes. Puis on a joué avec Blondie au Cardiff Castle devant 10 000 personnes — notre plus gros concert à l’époque. Et le concert suivant, on jouait devant trois personnes et un chien. Ce que je veux dire, c’est que même après ce genre de concert énorme, tu peux te retrouver avec très peu de monde juste après.
Mathew : À Cardiff, par exemple, on a fait ce show devant 10 000 personnes… et la fois suivante, il y avait peut-être 40 personnes. Ça montre bien à quel point le live et la musique, c’est extrêmement instable. Juste parce que tu fais un gros concert, ça ne veut pas dire que tu es “dû” à un public pour le suivant.

Rock Sound : On sent aussi beaucoup d’urgence dans vos titres, ça fait partie de votre mode de composition ?
Mathew : Oui, clairement, oui. Parce que je pense que tout est tellement instantané… comparé à beaucoup de gens — enfin, je ne veux pas paraître prétentieux ou quoi que ce soit — mais on mène des vies assez folles. Beaucoup de nos amis ne vivent pas du tout les mêmes choses que nous : voyager, partir dans différents pays quasiment tous les jours, jouer devant des publics très différents… Tout va très vite. Et je pense que ce rythme-là se retrouve forcément dans notre musique, d’une manière ou d’une autre. Mais c’est aussi lié à la manière dont le monde fonctionne aujourd’hui : les infos, les réseaux sociaux, la façon dont tu es bombardé en permanence par des problèmes différents… et tout ça reste dans ta tête. Je ne peux qu’avoir envie d’écrire là-dessus, parce que c’est constamment présent. Je ne dirais pas que l’écriture m’en débarrasse complètement, mais je pense que c’est cathartique.
Rock sound : C’est vrai que tout va très vite pour vous, vous pensez déjà à un nouvel album ?
Issey : En ce moment, oui, tout va très vite. On prend à peine des pauses, on est toujours en tournée. Quand on rentre à la maison, ce qui est seulement pour deux ou trois jours à la fois, on est en studio. On a écrit le deuxième album, et maintenant on entre dans la phase d’enregistrement, on voit à quoi ça va ressembler. Donc oui, ça avance rapidement de ce côté-là, mais on ne laisse pas le rythme ni la quantité de choses qu’on fait impacter la qualité. Cet album ne sera pas bâclé à cause d’une deadline. On veut vraiment, avec celui-ci, être plus intentionnels : mettre la qualité en premier, l’album en premier, les chansons en premier. Et ensuite, peu importe la deadline qui convient, que sera sera.
Rock Sound : vous êtes aussi très exigeants, il n’y a pas un jour où vous ne jouez pas de votre instrument, un peu comme des jazzmen.
Mathew : Au final, tu sais, on adore ça. Ce n’est pas seulement un boulot, c’est aussi un hobby — mais c’est quand même un travail, dans le sens où c’est ce qu’on fait pour vivre, c’est notre vie. Et comme c’est notre vie, on ne peut pas vraiment prendre de jour off dans la vie, tu vois. De temps en temps, tu te dis : “Putain…” quand tu enchaînes les vols avec correspondances, que tu prends des avions en permanence, que tu es crevé, que tu te réveilles à 3h du matin et que le lendemain tu joues à 2h du matin… tu te poses et tu te dis : “Putain, c’est épuisant.” Mais quand tu montes sur scène et que tu joues, tu réalises que tout ce côté un peu galère, c’est justement ce qui rend le truc génial. Et au final, ça en vaut totalement la peine.
Issey : c’est comme respirer : si je ne le fais pas, je ne vis pas. Et nous, c’est exactement la même chose. Toute notre vie est intégrée à ce groupe. Toutes nos expériences nourrissent la musique et notre façon de jouer en live. Tu ne peux pas séparer les deux. Ce n’est pas deux choses distinctes, elles sont complètement liées.
Rock Sound : il y a une tournée d’ailleurs qui s’annonce en France…
Issey : En octobre, fin septembre, on fait une tournée complète au Royaume-Uni, puis on enchaîne directement avec la France. On joue à Paris, Lyon, Marseille, Nantes, Bordeaux.
Mathew : Je n’ai plus les dates exactes en tête. Elle est plus forte que moi pour ça, mais elles sont sur notre Instagram, Facebook, partout où vous trouvez vos réseaux sociaux, ou alors sur notre site web.
Issey : Donc si vous avez envie de venir nous voir, vous pouvez nous retrouver pas loin de chez vous.
Mathew : Over and out !
Propos recueillis par Cédric “Gomina” Fautrel, Aurélie Déniel et Julien Maurey dans le cadre du festival God Save The Kouign. En partenariat avec Fréquence Mutine.
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