Paris retenait son souffle. Trois premières parties avaient fait monter la fièvre, mais rien n’apaisait cette impatience sourde : Nothing More était attendu comme une déflagration. Et lorsque Johnny Hawkins a surgi, pieds nus, torse peint, la nuit s’est ouverte d’un coup, comme si la scène elle-même respirait enfin. Une vague d’énergie brute, de fraternité et de lumière a traversé l’Élysée Montmartre, emportant tout sur son passage. Rien n’existait plus que ce moment, ce choc, cette intensité partagée.

Il y a des soirées où l’Élysée Montmartre semble vibrer avant même que les amplis ne s’allument. Ce 26 novembre, la salle parisienne s’est transformée en cocon incandescent, chauffé à blanc par une succession de premières parties qui ont chacune ajouté une strate d’intensité.
Ankor ouvre la soirée dès 18h avec une énergie frontale, riffs acérés et présence scénique affûtée. Leur set, court mais dense, installe immédiatement une tension électrique. Et ce n’est pas si facile de passer si tôt devant une salle qui n’est pas encore remplie… Solence prend le relais avec un mélange explosif d’électronique, de pop et de metal, porté par un chanteur charismatique dont la voix navigue entre douceur et rugosité. On sent déjà que l’interview à venir sur Rock Sound révélera un artiste aussi solaire que puissant. Puis Catch Your Breath parachève cette montée en pression : un set nerveux, moderne, taillé pour la scène, qui fait vibrer la fosse et prépare les corps à ce qui va suivre. Trois ambiances, trois couleurs, mais une même direction : l’intensité.

Ankor

Solence

Catch Your Breath
Quand les lumières s’éteignent pour Nothing More, la salle est déjà un organisme vivant, compact, prêt à exploser. Pour qui ne le saurait pas, le groupe existe depuis le début des années 2000, mais c’est au fil d’une longue métamorphose qu’il a trouvé sa forme actuelle : Johnny Hawkins, Mark Vollelunga, Daniel Oliver et Ben Anderson. Une fraternité soudée, forgée par les années, les tournées, les doutes et les renaissances. Et surtout, une singularité rare : Johnny Hawkins n’était pas le chanteur. Il était le batteur. Pendant des années, il frappait derrière les fûts, dans l’ombre. Puis il a pris le micro, porté par une urgence intérieure impossible à contenir. Cette transition — un batteur devenu frontman — aurait pu briser un groupe. Elle l’a transcendé. Johnny est devenu un performeur total : un corps taillé pour la scène, avec une musculature aussi entretenue que ses cordes vocales et une voix qui oscille entre puissance brute et fragilité déchirante… une présence magnétique.
Le public parisien le sait. Rock Sound les avait déjà vus au Heavy Weekend de Nancy en 2025, où leur set avait marqué les esprits. Depuis, l’attente n’a fait que grandir. Cette date à l’Élysée Montmartre est unique en France. Une seule chance. Un seul soir.
Johnny Hawkins apparaît pieds nus, torse couvert de peinture, silhouette sculptée par les projecteurs. Il ne marche pas : il avance comme une onde de choc. Le groupe ouvre avec House on Sand, impeccable, massif, parfaitement équilibré. La salle encaisse le choc, Hawkins prend ses marques, et déjà l’énergie circule comme un courant électrique. Angel Song apporte une première respiration, plus mélodique, avant que Let ’Em Burn ne rallume l’incendie. Puis vient If It Doesn’t Hurt, tiré de Carnal, qui déclenche une vague de mouvements dans la fosse.
Mais Nothing More, c’est surtout une fraternité scénique. Le bassiste Daniel Oliver n’est jamais en retrait : il vit chaque note, rejoint Mark Vollelunga pour des duos de guitare improvisés, grimpe sur son socle pour faire hurler sa basse. Par moments, les trois se retrouvent autour du manche démesuré de la basse, jouant ensemble : Johnny aux baguettes, Daniel et Mark aux doigts, comme un seul instrument, un seul geste, un seul souffle. Ce n’est pas Johnny et ses musiciens. C’est un groupe qui vit son meilleur moment de live ensemble.
Sur Go to War, les voix se superposent, se répondent, se renforcent. Sur FREEFALL, les lumières deviennent douces, enveloppantes, presque oniriques, et le morceau se termine en chœur, suspendu dans un silence vibrant. Puis vient le segment instrumental, véritable signature du groupe : duel batterie/percussions, solo de guitare inspiré, basse grondante. Johnny rejoint le batteur pour une bataille de batterie qui tient autant du rituel tribal que de la performance rock. Les deux frappent comme s’ils voulaient fissurer le sol, et la salle répond par un rugissement.
L’émotion remonte d’un cran avec Jenny, interprétée avec une intensité presque douloureuse. La salle chante comme pour soutenir Hawkins, et le morceau devient un moment de communion totale. Vient ensuite un choix laissé au public : Spirits ou Mr. MTV. L’Élysée Montmartre tranche sans hésiter, et Spirits explose dans une énergie collective qui ne faiblira plus.
La dernière partie du set est un crescendo : Stuck, nerveux et cathartique, Fade In / Fade Out, immense, porté par un public qui chante chaque mot, Ocean Floor, atmosphérique, presque cinématographique et enfin This Is the Time (Ballast), qui transforme la salle en un seul corps vibrant.
Le final est un sommet absolu. Johnny se laisse porter par le public, littéralement soulevé par des dizaines de mains. Il frappe sur des fûts eux-mêmes portés par la foule, créant une pulsation collective, un battement partagé. La frontière entre scène et fosse disparaît. Il n’y a plus de groupe, plus de public : seulement une masse vivante, unie, traversée par la même énergie.
Ce soir-là, Nothing More n’a pas seulement donné un concert. Ils ont offert une expérience totale, un uppercut émotionnel, une démonstration de ce que peut être un live quand il dépasse la musique pour devenir un acte de présence, de rage, de beauté brute. Johnny Hawkins, incandescent, a mené la charge avec une intensité rare, mais jamais seul : c’est la fraternité du groupe tout entier qui a soulevé l’Élysée Montmartre.
La salle a tremblé. Et personne n’a touché terre avant longtemps.


Nothing More à l’Elysée Montmartre : l’embrasement !

Nothing More dans le public pour la fin du set
Un live report de Caro avec les photos de Luna Lemarchand.
Nothing More est sur Instagram : @nothingmoremusic





