Live report – L’hiver bouillonnant de la scène émergente

par | 2 Avr 2026 | Live Report

Temps de lecture : 8 min

Pendant que les grosses affiches remplissent les arenas, la relève, elle, s’écrit dans les bas-fonds des petites salles, entre amplis qui bombent, public au plus près des artistes et découvertes qui vous prennent par surprise. Cet hiver, trois soirées nous ont rappelé pourquoi on adore aller traîner nos oreilles autour de la scène émergente.

 

Koÿag à La Bassecour – 14 novembre 2025

La Bassecour porte bien son nom. Nichée en plein cœur de Nanterre Université, cette petite salle associative a des airs de refuge pour passionnés. On y croise autant de t-shirts de groupes que de verres qui s’entrechoquent au bar, certains jouent au scrabble sur les banquettes en dégustant les burgers fait maison, et l’ambiance oscille entre camaraderie et décibels. Ce soir-là, l’affiche penche franchement du côté du metal. La soirée démarre avec Mechanical Skin, qui n’a visiblement pas l’intention de chauffer la salle timidement. Le groupe envoie un metal énergique et bien en place, avec un son déjà solide pour une ouverture entre puissance et mélodie. Le chanteur Pit a le bras en écharpe, mais ça ne l’empêche pas d’envoyer du lourd pendant tout le set : ça cogne, ça groove, et le public répond immédiatement. La proximité de la salle joue à plein : ici, pas de distance entre la scène et le public, tout se vit dans un rayon de quelques mètres.

 

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Koÿag live – Photo by Luna Lemarchand

 

Arrivent ensuite les très attendus Koÿag, un de nos coups de cœur découverte de l’année dernière avec leur excellent EP Misconnected. Dès les premières notes, le ton est donné et les poils se dressent. Les riffs claquent, la section rythmique pousse fort et la voix de Nephty Sia vient poser cette charge émotionnelle qui fait toute la différence. Ça bouge et ça headbang dans la salle, toujours dans cette ambiance bienveillante où tout le monde se connaît plus ou moins. Koÿag nous livre un set habité avec des morceaux inédits qu’on prend plaisir à découvrir en exclu, porté par une énergie sincère et une vraie présence scénique. On sent un groupe qui vit chaque morceau comme s’il devait marquer les esprits. Pari réussi, on en a pris plein la tête. La soirée se termine avec Contrastes, formation qui porte bien son nom. Leur metal joue sur les tensions et les ambiances, alternant passages lourds hardcore et ralentissements plus aérées. Le set est convaincant et accroche la salle, offrant une montée en puissance idéale pour clôturer la soirée. À La Bassecour ce soir-là, le metal ne tapait pas seulement fort : il était vivant et porté par des artistes aussi talentueux que passionnés, de nouveaux projets plein les poches. Et on vous invite clairement à les suivre en 2026.

 

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Contrastes live – Photo by Luna Lemarchand

 

Avalon Bloom au Point Éphémère – 4 décembre 2025

Changement total de décor le mois suivant au Point Éphémère, sur les bords du canal Saint-Martin. Ici, la salle est plus grande, les lumières plus travaillées, et l’ambiance bascule vers un univers plus indie et atmosphérique. La soirée s’ouvre avec The Orange Rave, qui ne met pas longtemps à nous défroisser. Le trio balance un alt-rock nerveux, traversé de secousses post-punk, entre tension électrique et dérives plus vaporeuses. Ça oscille sans prévenir entre riffs qui glissent et guitares qui planent au-dessus du tumulte, nourrie d’une nostalgie des années 2000 qui transpire dans chaque montée. Résultat : un set qui capte l’attention et pose les bases d’une soirée qui s’annonce déjà réussie. Le public arrive par vagues, les conversations se mêlent aux notes qui résonnent dans la salle, l’atmosphère monte doucement en pression.

 

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Avalon Bloom live – Photo by Arthur Loiseau

 

Quand Avalon Bloom entre en scène, la dynamique change tout de suite. Le set est plus frontal et nerveux. Les guitares attaquent fort, les basses prennent de la place et la batterie pousse le tout vers quelque chose de beaucoup plus physique. Dans la fosse, ça réagit vite : ça bouge, ça se rapproche, l’énergie monte d’un cran. Le groupe navigue entre indie rock et élans emo, avec des morceaux qui alternent passages plus mélancoliques et explosions beaucoup plus directes. Les refrains nous prennent, les montées font leur effet, et l’ensemble tient merveilleusement bien en live. La scénographie appuie le tout sans en faire trop et le public suit du début à la fin, entre moments plus calmes et relâchements collectifs. Un set solide, efficace, qui confirme qu’Avalon Bloom sait tenir une salle et embarquer son monde.

 

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Avalon Bloom live – Photo by Arthur Loiseau

 

Lying Dawn aux Disquaires – 21 janvier 2026

On passe une nouvelle année, et on enchaîne direction Les Disquaires, un de ces lieux comme Paris sait encore en cacher. Devant, ça trinque et ça discute au bar, et puis en avançant la salle se dévoile, avec la scène en contrebas. Quelques marches à descendre, avec ce petit effet de balcon qui donne deux espaces et une vraie proximité avec la scène. Cozy, chaleureux et intime : le genre d’endroit parfait pour se laisser surprendre. Et justement la surprise, elle vient de Bluemaria. Dès les premiers morceaux, on est aspirés. Le groupe déploie un rock indie/alternatif vibrant, avec des nappes épaisses, presque étouffantes par moments, puis des passages plus aérés qui viennent tout relâcher. Ça rappelle parfois Radiohead ou Alt-J dans cette façon de construire des morceaux qui évoluent et prennent leur temps. Mais surtout, il y a cette intensité : maîtrisée, pas forcée, et franchement prenante en live. Le genre de set où tu ne regardes plus trop autour, où tu te laisses complètement embarquer sans t’en rendre compte. Une première partie comme on les aime : celle qui donne envie de les réécouter dès le lendemain.

 

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BlueMaria live – Photo by Arthur Loiseau

 

La salle est chauffée à bloc et on trépigne d’impatience pour l’arrivée de Lying Dawn, après la claque de leur premier album Nothing Remains The Same dont on ne s’est toujours pas vraiment remis. Le live ouvre sur l’intro de l’album, et leur heavy/grunge sombre et dense prend un level supérieur sur scène. La guitare de Will s’écrase de tout son poids, le rythme ancre tout ça solidement, et la voix massive de Pilou vient porter l’ensemble avec cette intensité à vif qui fait toute la différence. Les morceaux gagnent en ampleur, en impact. Les passages lourds deviennent plus écrasants, les montées plus tendues, et chaque rupture est parfaitement amenée. On sent un groupe sûr de sa direction, mais qui garde cette envie de pousser encore plus loin. La proximité avec le public fait le reste. Ça réagit fort, ça s’accroche, ça vit chaque moment avec eux. La salle est pleine à craquer et le mercure explose. Quelques inédits se glissent dans le set sans casser la dynamique, au contraire : ils s’inscrivent déjà dans la continuité, laissant entrevoir la suite avec pas mal d’assurance. Une soirée qu’on n’a pas vu passer tellement on a été transportés, heureux d’être témoins de l’éclosion de deux groupes très prommetteurs.

 

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Lying Dawn live – Photo by Arthur Loiseau

 

Trois soirées, une même effervescence

Metal incandescent à Nanterre, indie atmosphérique au bord du canal, rock alternatif et heavy brûlant à Bastille, trois lieux qui racontent tous la même chose : la scène émergente ne dort jamais. Elle vit dans ces salles où l’on peut encore discuter avec les groupes après le concert et boire des coups avec eux jusqu’au bout de la nuit, où les premières parties deviennent parfois les découvertes les plus marquantes de l’année, et où l’on assiste souvent aux premiers chapitres d’histoires qui iront peut-être beaucoup plus loin. Soutenir cette scène, c’est aussi accepter de ne pas toujours savoir ce qu’on va découvrir en entrant dans la salle, mais c’est précisément là que la magie opère. Parce qu’avant de fouler les grandes scènes, tous les groupes ont commencés ici.

 

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Mechanical Skin live – Photo By Luna Lemarchand

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Koÿag live – Photo by Luna Lemarchand

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Koÿag live – Photo by Luna Lemarchand

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Contrastes live – Photo by Luna Lemarchand

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Avalon Bloom live – Photo by Arthur Loiseau

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Avalon Bloom live – Photo by Arthur Loiseau

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Avalon Bloom live – Photo by Arthur Loiseau

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Avalon Bloom live – Photo by Arthur Loiseau

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Avalon Bloom live – Photo by Arthur Loiseau

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BlueMaria live – Photo by Arthur Loiseau

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BlueMaria live – Photo by Arthur Loiseau

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Lying Dawn live – Photo by Arthur Loiseau

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Lying Dawn live – Photo by Arthur Loiseau

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Lying Dawn live – Photo by Arthur Loiseau

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Lying Dawn live – Photo by Arthur Loiseau

 

La Bassecour Nanterre

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