IT IT ANITA – Hi Hi Ha Ha

par | 19 Fév 2026 | Chroniques

Temps de lecture : 5 min

5/5  ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️  – Hi Hi Ha Ha, c’est ce rire que tu lâches quand tout part en vrille mais que t’as décidé de l’ouvrir en grand. Le genre de rire nerveux qui serre les dents, qui grince un peu, et qui finit par balancer un coup de latte bien acide dans la porte. Exactement ce que nous livre It It Anita sur ce cinquième album : un trio qui n’a clairement plus rien à prouver et encore moins envie de se taire.

 

Pochette It It Anita HI HI HA HA 300DPI

 

Quinze ans de liberté

Ce qu’on adore chez Michaël Goffard, Elliot Stassen et Bryan Hayart, c’est ce mélange presque improbable : sur scène c’est bourré de talent, ça hurle, ça sue et ça explose ; en dehors, ce sont des mecs simples, sûrement pas là pour jouer aux rockstars. Pas de storytelling fabriqué, pas de posture arty. « On est un groupe de musique basique, on fait de la musique sans artifice particulier. On crie peut-être plus qu’on ne chante, c’est assez énergique et mélodieux. Une envie de faire autre chose que du bruit. Un groupe de rock noise mélodieux on va dire », présente Mike. Si ça dérape, ça s’entend, et c’est justement ça qui fait tout. Passés de quatre à trois, ils auraient pu se fragiliser. Ça les a soudé, ça a épuré leur son et resserré l’impact. Quinze ans qu’ils avancent sans calcul, sans chercher à « sonner comme ». Quand on leur parle d’influences, ils haussent les épaules. Comparaisons flatteuses ? Tant mieux. Pas justes ? Tant pis. « Ben non, c’est juste nous, It It Anita. »

Cette liberté-là, elle transpire à souhait dans ce nouvel opus. Avec Hi Hi Ha Ha, le groupe prend un virage plus sombre et plus tendu que le délicieux Mouche (sorti fin 2023), sans jamais perdre ce goût du décalage qui les rend si authentiques. Le ton se fait plus acerbe, les guitares explorent des zones plus lourdes et les textes tapent là où ça brûle : dérives virilistes, fric roi et vieux discours rances, comme pour rappeler qu’on peut frapper fort sans jamais perdre l’humour ni la conscience.

 

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It It Anita – Photo by Titouan Masse

 

Huit coups bien placés

Dès l’entrée avec « Beef Up », It It Anita attaque de front. Riff sec, basse massive, batterie qui tape comme si elle avait une dette à régler. Le morceau démonte le culte du corps, la virilité gonflée aux stéroïdes, les influenceurs qui vendent du muscle vide. C’est sarcastique, rageur, presque drôle… jusqu’à ce que tu réalises que le miroir n’est pas si loin. « Modern Architecture » enfonce le clou. Plus lourd, presque métallique par moments, le titre peint un monde bétonné, artificiel, cramé d’avance. Le refrain sonne comme un slogan publicitaire pour un futur pas si improbable. La section rythmique avance compacte, étouffante, et la voix de Mike tranche dans le vif. Puis « Lion Tamer » ralentit le tempo. Guitares plus aérées, tension rampante, avant une déflagration noise finale qui arrache tout. Ce contraste-là, It It Anita le maîtrise comme personne : douceur trompeuse et explosion. C’est beau et brutal en même temps. Avec « Social Dodger », retour à la pression pure. Post-punk tendu, paroles acides sur la conformité, l’aliénation, la ville qui brûle pendant qu’on fait semblant que tout va bien. Le morceau file droit et finit en chaos organisé. Sur scène, on sent déjà que ça va retourner des fosses.

 

 

Les balls dans le sac

Arrive « BIMB » qui casse les codes. Flow presque hip-hop et groove décalé, avec toujours cet humour qui nous délecte. Ça pourrait sonner gadget chez d’autres, ici ça sonne libre, aucune barrière ils l’ont toujours dit : un morceau peut partir d’une blague et finir en coup de poing pleine face, un vrai régal pour les oreilles. « Cassowary » lui, ne plaisante plus. Riff accrocheur, batterie martiale, texte corrosif sur les élites, la thune et l’hypocrisie. Ça gronde, ça ricane et vise encore une fois très juste. Un single qui te colle au cerveau comme une tache d’encre sur un t-shirt blanc. « Trevor » pousse encore plus loin la tension. Plus nerveux, presque hardcore par instants, le morceau joue avec la perte de contrôle, la frontière floue entre santé mentale et chaos. On accélère, on casse et ça repart. Un shoot d’adrénaline sans filtre. Et puis « Over / Under » clôt le disque en mode grand écart. Trompette incongrue, spoken word, refrain répété jusqu’à l’obsession. Presque bancal, volontairement instable. Une fin qui refuse la conformité et laisse définitivement sa marque.

 

It It Anita tour dates 1

 

Ça va se vivre

Enregistré une nouvelle fois à The Apiary avec Amaury Sauvé et sorti chez Vicious Circle Records, Hi Hi Ha Ha n’essaie pas de sauver l’époque. Il la regarde droit dans les yeux, lui rit au nez, et lui fait recracher ses glaires collantes. C’est un disque qui va s’user et se salir à force d’être vécu, retourné, chanté et hurlé — pari largement remporté pour nos trois Liégeois, qui prouvent qu’on peut évoluer, durcir le ton et élargir le propos sans perdre une miette de sincérité ni de fougue. On a déjà hâte de reprendre tout ça en pleine figure sur scène et ça tombe bien : le trio est actuellement en tournée en France et en Europe, avec un passage à Brest le 9 mai puis à La Maroquinerie le 24 mai 2026. Quelque chose nous dit qu’on risque bien de se croiser serrés dans le pit, là où les sourires se mélangent aux décibels.

It It Anita – Hi Hi Ha Ha – sorti le 30 janvier 2026 chez Vicious Circles Records

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