Foo Fighters à Paris : trois heures pour prouver que rien ne s’éteint

par | 5 Août 2026 | À la Une, Live Report

Temps de lecture : 4 min

Il y a des soirs où la chaleur ne vient pas seulement du ciel. Ce vendredi 19 juin, 40 000 corps collés dans une Arena en pleine canicule ont attendu, transpiré, trinqué dans la fournaise, et n’ont jamais imaginé à quel point cette chaleur allait finir par se fondre d’une âme à une autre jusqu’à la toute dernière note, et bien après.

 

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Une machine de guerre

Dehors, Paris cuit. Dedans, la clim tient à peu près le choc, mais 40 000 respirations dans un même volume, ça se sent avant même que les lumières ne baissent. Le genre de chaleur qui s’installe dans les vertèbres et qui annonce, sans le dire, qu’on ne va pas juste regarder un concert : on va le vivre au corps. Puis Grohl surgit, et tout bascule.

Pas besoin de mise en jambes. Les premiers coups de gratte claquent, la fosse explose d’un bloc et on réalise vite que cette soirée va raconter comment un groupe continue d’exister malgré tout ce qu’il a perdu. Chaque morceau transperce, chaque refrain fédère, et déjà une évidence s’impose : ici l’énergie ne s’épuise pas, elle se repasse de palpitant en palpitant. Le vrai premier jalon arrive avec l’hommage à Lemmy : un riff de Motörhead qui s’invite dans un morceau des Foo, et ces 40 000 voix qui reprennent en chœur un refrain qui n’appartient même pas au groupe sur scène. C’est ça la transmission : un son qui traverse les générations, une salle devenant chœur pour un homme qui laisse un vide depuis déjà 10 putains d’années.

 

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Le souffle se fait fragile

Changement de décor, changement de sensation. Sur la scène B, la fosse compacte laisse place à quelque chose de plus intime, un morceau composé à l’époque de Nirvana, Marigold, ressorti comme une relique tendre plutôt qu’un tube. Puis Grohl, seul à la guitare, livre un instant suspendu où l’immensité de l’Arena se rétrécit soudain à la taille d’un salon. Le corps collectif reprend son souffle ; notre homme, lui, redevient simplement un gars avec une guitare.

 

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Quand Grohl redevient batteur

Puis vient le moment que personne ne devrait résumer en une ligne, tant il condense tout ce que cette soirée raconte. La présentation des musiciens ne se fait pas par de simples noms lâchés au micro : chaque membre rejoue un fragment de son ancien groupe, une vie d’avant les Foo Fighters remise en lumière le temps d’un refrain. Et puis soudain, l’image qui frappe : Grohl quitte le micro pour s’asseoir derrière les fûts, pendant que son batteur prend sa place devant. L’instrument qui a fait de lui une légende retrouve ses mains l’espace d’un morceau et de l’autre côté, un type venu de Nine Inch Nails se révèle chanteur, guitariste, homme-orchestre. Ce n’est pas un gadget de mise en scène. C’est la preuve jouée en direct, qu’un rôle peut changer de mains sans que rien ne se brise. Parce qu’il faut le rappeler : ce batteur-là n’est pas arrivé par hasard. Il occupe une place qui, il y a quatre ans encore, appartenait à un ami que le groupe honorera toujours.

Aurora, ou la boucle qui se referme

Et c’est là qu’Aurora prend tout son sens. Pas comme un hommage isolé, pas comme une parenthèse triste posée entre deux tubes, mais comme la suite logique de ce qu’on vient de voir. Sous une lumière bleue qui semble ralentir le temps, le manque devient musique plutôt que silence. On ne pleure pas Taylor Hawkins ce soir-là : on continue de le faire vivre, dans les mains d’un autre.

 

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Ce qui reste, dans le corps

Everlong referme la boucle comme il se doit avec des milliers de voix à l’unisson et presque trois heures de show qui se termine, sauf que rien n’est fini. On ressort de là lessivés et en même temps rechargés, la chaleur toujours accrochée à la peau, mais avec cette certitude simple : un groupe qui a traversé la perte, le deuil, le remplacement raté d’un batteur puis l’arrivée d’un autre, ne meurt jamais vraiment. Il transmet. Le riff de Lemmy, la place de Grohl derrière les fûts, la lumière bleue d’Aurora… tout ce soir-là disait la même chose : ce qui compte ne s’éteint pas, ça change juste de mains, et la musique continue de vibrer à travers les décennies.

 

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Crédit photo Apolline Cornuet

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