À peine débarqué dans l’arène, le quintet parisien Chest s’est déjà taillé une place au premier rang à coups de machines et de mandales. Après un premier EP époustouflant paru l’an dernier, Happy Broken arrive le 16 octobre avec une sacrée pression sur les épaules. Autant dire que, malgré son arrivée récente dans l’arène, Chest est désormais l’un des groupes les plus attendus de la rentrée.

Qui l’eût cru ? Alors que le revival post-punk commence doucement à sentir le réchauffé et la bière tiède, voilà que déboule en cette rentrée l’un des meilleurs disques du genre. Disons-le franchement, Chest nous envoie ruer dans les brancards avec une giga baffe monumentale. Une déflagration sonique de celle dont on ressort un peu hagard, les cheveux ébouriffés, en se demandant quel camion vient de nous passer sur le corps. Et vous savez quoi, M’sieur-Dames ? C’est français. Cocorico, sortez les bérets et le pinard, on tient notre chef-d’œuvre.
Il faut dire que pour Chest, tout est allé à une vitesse proprement indécente. Des tournées en ouverture de DITZ et Jehnny Beth, une sélection dans les « NME 100 » l’an dernier, des passages remarqués à Rock en Seine, Eurosonic ou à La Route du Rock… À ce niveau-là, ce n’est plus une ascension, c’est un speedrun. On était donc en droit de se poser les questions existentielles qui fâchent : quand est-ce que tout ça va retomber ? Où s’arrête l’incendie ? Qui de l’œuf ou de la poule ? Mais où est donc Ornicar ? Eh bien, la réponse est simple : Happy Broken vient claquer nos jabots de rock critics prétentieux et balayer nos doutes d’un revers de manche magistral.
La production de cet album est tout simplement énormissime. Les riffs possèdent la puissance de frappe de bulldozers lancés à pleine vitesse sur une autoroute allemande, portés par un chant viscéral, immédiatement inoubliable. C’est à la fois dansant, profond, un peu sale sur les bords mais terriblement classe. C’est punk, c’est club, d’aucuns diraient «Crank Wave» pour faire briller leur lexique en société. Ça pue l’Angleterre des pubs poisseux, ça sent bon les gros tubes américains taillés pour les stades, et les mélodies de guitare ultra-typées 80’s fusent de partout. Tout ce joli maelström de tout ce qu’on aime amoureusement entre ces pages fusionne pour donner naissance au disque français de l’année. N’ayons pas peur des mots. Si ce disque se plante, on veut bien s’engager à faire la couverture avec Lorie ou Vianney, et sans sourciller.
Dès les premières pistes, le refrain de « Everyone learns to leave quietly » nous submerge instantanément. C’en est presque indécent. Est-il seulement permis par la Convention de Genève d’écrire des choses aussi fortes et aussi belles ? Dans le doute, on était à deux doigts de déposer une main courante pour excès de talent manifeste.
La suite de l’album se charge de nous ensevelir proprement sous les gravats de nos propres attentes. Et Dieu sait qu’elles étaient hautes, tant la hype grandit autour du combo parisien. « Lotus Eater » s’impose comme un tube techno (post) punk implacable, tandis que « cor » démarre toutes bielles hurlantes. Le morceau balance des gros kicks de gabber qu’on n’avait pas entendus depuis 1996 au moins. Autant vous dire que ça nous dépoussière les myosotis avec une efficacité redoutable.
Tout ce tumulte ne s’arrête jamais vraiment. On s’accorde tout juste quelques respirations salvatrices au milieu de ce qui est devenu un véritable chant de guerre, où le club et le pit fusionnent selon le côté par lequel on prend la pièce. « Half Step // Full Step » apporte une touche plus cinématographique, presque suspendue. Sur « Raincheck », on pense inévitablement aux Irlandais de Chalk, sauf que cette fois, c’est nettement plus réussi. L’ombre de Nine Inch Nails n’est d’ailleurs jamais très loin, tapie dans les recoins sombres des machines.
Happy Broken, c’est la bande-son d’un fantasme absolu : High Vis qui rencontre The Prodigy, Depeche Mode qui flirtent langoureusement avec Idles, ou encore Bauhaus qui s’acoquine joyeusement avec les Viagra Boys dans une ruelle de St-Germain-des-Prés. Dans le genre hautement mémorable, le refrain d’« Entertainment » se pose là, évident, comme le nez au milieu de la figure.
« I’m Proud » vient clore ce disque magistral comme il avait commencé : en tutoyant les anges. Sur une production à la fois lourde et étonnamment gracile, on s’envole l’esprit serein. Chest vient de nous délivrer de toute emprise, nettoyant nos petites âmes saturées de décibels. Seul problème, et il est de taille : on en redemande encore. On brûle alors avec eux, on voudrait que la platine tourne en boucle, que ça ne s’arrête jamais. Le disque est à peine fini qu’il nous manque déjà. Une œuvre totale, viscérale, indispensable.
Happy, Broken sort le 16 octobre 2026 chez Howlin’ Banana Records.
Style : Post-punk gastronomique (servi brûlant)
Bandcamp : chest.
Instagram : chest.band
Facebook : chest.music
Tracklist :
- Everyone Learns To Leave Quietly
- Lotus Eater
- Cor
- Otto
- Half Step // Full Step
- Raincheck
- Roger Roger
- Entertainment
- Again
- I’m Proud





