5/5 ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️ – Début 2024, Horskh nous montrait un corps en chantier. Avec MTNT, les travaux sont finis, et ce qui en sort nous fixe sans qu’on sache s’il s’agit d’un homme, d’une femme ou d’une machine. Vingt-sept minutes de neo-indus pour changer de peau : on a suivi la mue de ce nouvel album de près.

Au premier regard, on a vu une femme sur la cover. Piège parfaitement tendu : Johanna Jaskowska, l’artiste numérique derrière le filtre Beauty3000, y façonne un personnage « ni trop féminin, ni trop masculin », comme nous l’a confié Bastien Hennaut. Pas une goutte de sang, juste un malaise satiné qui colle à la rétine. Ce visage boucle une histoire entamée sur BODY, où les Bisontins sculptaient un corps encore liquide, en cours d’assemblage. MTNT, « Mutant » privé de ses voyelles, en livre le second volet. Le corps a fini de se recomposer. Reste à découvrir ce qu’il est devenu.

HORSKH – MTNT
Le virus dans la machine
« Bad Glitch » enfonce la porte d’un coup d’épaule. Les beats cavalent, Bastien hurle par-dessus, et l’infection se répand. Horskh y parle de culpabilité : celle de tout ce qu’on refile aux autres sans le savoir, du patrimoine qu’on porte dans le sang aux rumeurs qui s’emballent en ligne. « Glow » garde la fièvre mais s’amuse avec nos nerfs : il freine sec, coupe le courant, puis relance la machine encore plus fort. Thibault Chaumont, déjà aux manettes de BODY, rend chaque cassure aussi nette qu’un coup de scalpel. Avec « Hyperhuman », l’organisme file au club. L’électro prend les commandes et le bassin suit avant que la tête ait donné son accord. L’infection a atteint la piste, et on n’a aucune envie d’en guérir.
« Twisted Flesh » ramène la brutalité au premier plan. Pour la première fois, le grunge que Bastien cite depuis toujours ne se devine plus : il s’entend, poisseux, mélodique, puis essoré par les machines. Le morceau parle de ces corps qui ne se reconnaissent plus et décident de changer de forme. C’est le pouls du disque. « Target Fades » choisit une autre méthode : l’asphyxie lente. La tension grimpe palier après palier, l’électro se resserre comme un étau, puis tout lâche dans une rafale finale qui crible les enceintes. Pour qui découvre Horskh, ce titre résume toute leur grammaire.
Dès le quatrième track pourtant, « Strange Game » avait semé le trouble. La voix chante au lieu de cracher, les arrangements s’allègent, et Horskh lorgne vers un rock indé presque sage. Chez ces habitués de la saturation, ce dépouillement a l’effet d’une fenêtre ouverte en pleine canicule. « Quicksand » prolonge le vertige. Une guitare plus chantante, presque caressante, avec une voix venue d’ailleurs : un scientifique qui alerte sur ce que l’intelligence artificielle pourrait faire de nous. Aucun sermon : le groupe laisse la phrase flotter, et c’est précisément ce calme qui donne froid dans le dos.
Puis le moteur se tait. « The Party Is Over » avance au ralenti sur une rythmique trap, et la voix enrobée d’autotune glisse au lieu de frapper. Avec « Strange Game », c’est l’un des deux premiers vrais titres calmes de toute leur discographie, et peut-être le pari le plus gonflé de l’album. Ici, l’autotune ne maquille rien : il fabrique une voix à la fois vulnérable et synthétique, ce que Bastien résume en un « truc humain mais en même temps hypercalibré ». Un être qui pleure avec des circuits. Huitième morceau sur dix, le titre fait office d’œil du cyclone, avant le dernier coup de vent.
Ce coup de vent s’appelle « Dream ». Démarrage en sourdine, comme un réveil pâteux, puis le tempo s’emballe jusqu’à un hurlement final : Horskh sait toujours tout dynamiter au moment choisi. Reste « Connected », cosigné avec Carpenter Brut. Couplets rock, refrain de boîte de nuit, voix futuriste presque espiègle : la fin a des airs de fête. Mais le groupe y guette le moment où le lien devient laisse, qu’il passe par un écran ou par une fiole. Le mutant n’a pas combattu la machine. Il s’y est branché, et il danse.

HORSKH – MTNT
Branché jusqu’au bout
Face à BODY, déjà très ciselé, MTNT cogne plus dur, chante davantage et soigne chaque détail encore plus loin. L’ADN, lui, ne bouge pas : machines tranchantes, rythmiques sans répit, et ce grand écart entre la piste de danse et le pogo qui colle au trio depuis ses débuts EBM. Le grunge et le metal de la jeunesse de Bastien ne remplacent rien, ils se greffent. Dix titres, zéro remplissage, et une demi-heure qui file comme une seule apnée. Ce mutant-là réclame la scène et ça tombe bien, Horskh est en ce moment-même en tournée avant un final à La Maroquinerie le 21 novembre. D’ici là, Bastien nous raconte les coulisses de cette métamorphose dans une interview à paraître très bientôt sur Rock Sound. Le mutant a encore beaucoup à dire.

HORSKH – Tour
HORSKH – MTNT – sortie le 25 septembre 2026
TRACKLIST :
01. Bad Glitch
02. Glow
03. Hyperhuman
04. Strange Game
05. Twisted Flesh
06. Target Fades
07. Quicksand
08. The Party Is Over
09. Dream
10. Connected (ft. Carpenter Brut)





