Dans la chaleur du VandB Fest, Slomosa a fait trembler le sol. Leur tundra rock massif et ample, a enveloppé le public comme une vague sonore venue du Nord. Au centre du set, Marie, bassiste solaire et magnétique, pulse le groupe comme une force primitive. Entre confidences, souvenirs fondateurs et premières fois, cette conversation raconte la naissance d’une vocation, l’histoire d’un groupe qui a trouvé son identité sur la route, et la puissance d’un son qui ne cesse de grandir.

Slomosa by @Sarah Cross

Slomosa live au VandB Fest – Photo by @Sarah Cross
Découverts en 2023 en première partie de Kadavar à l’Élysée Montmartre, Slomosa m’avaient immédiatement frappée par leur puissance et l’intensité de leur set. Sur scène, le quatuor norvégien déploie une énergie tellurique, un mélange de lourdeur hypnotique et de groove incandescent qui transforme chaque concert en déferlante. Les revoir au VandB Fest était l’occasion rêvée de creuser cette intensité, et surtout de rencontrer Marie, bassiste ultra-charismatique du groupe. Une musicienne dont la présence scénique dépasse le simple rôle d’instrumentiste : elle incarne la pulsation du groupe, une force qui traverse le corps entier, un engagement physique rare, presque animal.
Caro (RockSound) Tu te souviens de la première fois où tu as entendu de la musique ?
Marie (Slomosa) Oui, et je me souviens aussi de la première fois où j’ai vraiment ressenti ce truc rock. C’était mon père, qui aimait aussi le rock. Il a mis In Rock de Deep Purple, tu sais, le premier morceau, Speed King. Il y a cette longue intro où les instruments partent dans tous les sens, puis un long solo d’orgue, et ensuite tout le groupe arrive avec ce riff joué ensemble. Je me souviens avoir été complètement choquée.
Et je me suis dit : “Ok, c’est ça.” Donc oui, c’est un moment dont je me souviens très bien.
Caro (RockSound) Tu avais quel âge ?
Marie (Slomosa) Je crois que j’avais 11 ou 12 ans. J’ai grandi avec un père musicien, donc il y avait beaucoup de musique à la maison. Bien sûr, j’avais déjà entendu de la musique avant, mais c’est la première fois où moi, j’ai ressenti quelque chose de particulier.
Caro (RockSound) Et tu te souviens de la première fois où tu as voulu faire de la musique, prendre un instrument ? C’était la guitare au début ?
Marie (Slomosa) En fait, je voulais jouer de la batterie.
Caro (RockSound) Ah !
Marie (Slomosa) Juste parce que j’aimais la batterie. Mais je crois que c’est plus par nécessité que j’ai fini à la basse. On était un groupe d’amis, on voulait monter un groupe parce qu’on adorait la musique, les groupes, tout ça.À l’école, quand t’es pas vraiment dans les “cool kids”, tu veux être un peu différent. Donc on a décidé de monter groupe, et j’ai appris à jouer après qu’on ait décidé de le faire.
C’était : “Toi tu joues ça, toi tu joues ça, toi tu joues ça.” Et je me suis retrouvée à la basse. Et finalement, ça collait vraiment à ma personnalité, à mon énergie. Donc j’ai eu de la chance.
Caro (RockSound) Et quand tu étais petite, c’était quoi ton premier morceau rock ou ton premier album rock que tu mettais en boucle ?
Marie (Slomosa) Je crois que c’était In Rock de Deep Purple. J’allais dire Led Zeppelin, mais non, Deep Purple. Après, je suis aussi devenue très fan de Led Zeppelin, Black Sabbath, AC/DC… les groupes “classiques”. Et puis j’ai eu une longue période où j’ai écouté d’autres styles. Je n’ai pas toujours été 100 % rock. Mais In Rock de Deep Purple, c’est vraiment le premier album que je connaissais par cœur et que je voulais mettre tout le temps.
Caro (RockSound) Et tes premières icônes rock ? Les posters dans ta chambre ?
Marie (Slomosa) Nirvana était énorme quand j’ai commencé à accrocher des posters. Et School of Rock, le film, ça a compté aussi. Mais je n’ai jamais eu une seule personne que j’admirais vraiment. J’étais plus fan des groupes dans leur ensemble. Je trouvais juste que c’était tellement cool d’être dans un groupe.
Caro (RockSound) Et tu avais des icônes rock que tu imitais devant le miroir ?
Marie (Slomosa) Je ne sais pas… Je ne me souviens pas avoir fait ça. Quand j’ai rejoint Slomosa en 2019, avant ça j’étais longtemps dans un autre groupe plus pop. Mais Slomosa, c’est la première fois où j’ai senti que tout en moi résonnait. Je me suis dit : “Ok, c’est ça que je veux faire.” Donc oui, je l’ai peut‑être découvert un peu plus tard, mais je suis vraiment heureuse de l’avoir trouvé.

Slomosa au VandB Fest @Sarah Cross

Slomosa Photo by Sarah Cross
Caro (RockSound) Et en tant que bassiste, qui a été ton premier modèle ?
Marie (Slomosa) Mon père était bassiste, donc forcément lui. Mais aussi John Paul Jones de Led Zeppelin. J’adorais la manière dont lui et John Bonham jouaient ensemble. Quand tu écoutes, tu ne remarques pas tout de suite ce qu’ils font, mais quand tu creuses, c’est tellement puissant. La batterie et la basse ensemble, c’est d’une force incroyable. C’est quelque chose que j’ai vraiment voulu reproduire.
Caro (RockSound) Tu te souviens de ton premier concert en tant que spectatrice ?
Marie (Slomosa) Oui. Je me souviens être allée à Idol, tu sais, l’émission télé. Vous avez ça aussi ?
Caro (RockSound) Oui, on avait La Nouvelle Star il y a quelques années. C’était similaire.
Marie (Slomosa) J’y suis allée quand j’avais dix ans. C’était un des premiers concerts où j’allais toute seule. Avant ça, j’en avais vu plein avec ma famille. Et j’étais très fan d’Idol à l’époque.
Caro (RockSound) Et tu te souviens de la première fois où tu t’es dit : “Ok, je veux faire de la musique, pas juste en écouter” ?
Marie (Slomosa) Je crois que c’était au moment où on a décidé de monter le groupe. C’était juste un désir très fort d’être dans un groupe, parce que c’était la chose la plus cool qu’on pouvait imaginer. Donc oui, pas un moment précis, juste… évidemment.
Caro (RockSound) Et la première fois que vous avez pensé à devenir Slomosa, à devenir un vrai groupe ? Comment vous vous êtes rencontrés ?
Marie (Slomosa) Benjamin est le seul membre fondateur. Il a créé Slomosa en 2016 ou 2017. Puis les autres membres ont quitté le groupe un par un. Le line‑up actuel s’est formé petit à petit, juste parce qu’on vient tous de Bergen, une petite ville. On se connaissait vaguement via la scène locale. Je ne connaissais pas vraiment les autres, eux non plus, mais on a appris à se connaître en jouant ensemble, parce que Benjamin voulait faire avancer le groupe.
Caro (RockSound) Et la première répétition avec le line‑up actuel ? C’était le chaos ou quelque chose de cool ?
Marie (Slomosa) Je suis arrivée après Benjamin et Toto, et il y avait un autre batteur. J’étais un peu nerveuse, forcément, parce que je ne connaissais pas les gars. Mais j’avais bossé les morceaux, j’étais ouverte à essayer des trucs. Et c’était super chill, très agréable. On s’amusait, on mangeait des bonbons, on traînait. Ce n’était pas une répétition très sérieuse. C’était un bon moment.
Caro (RockSound) Et le premier concert, la première fois sur scène ?
Marie (Slomosa) C’était le week‑end juste avant que le COVID arrive. On a joué deux concerts, puis une pause d’un an et demi. C’était une expérience incroyable, mais je ne savais pas encore headbanger, j’étais un peu nerveuse. Mais ça s’est très bien passé, j’avais un super feeling après ça. Puis le COVID… un an et demi. Et ensuite on a commencé à tourner, et ce feeling s’est confirmé : c’était un bon groupe, de bonnes personnes.
Caro (RockSound) Et la première fois où vous vous êtes dit : “Ok, on a notre son, notre personnalité” ?
Marie (Slomosa) Je crois que c’est venu naturellement. Notre première tournée durait six semaines, on a joué presque 30 concerts d’affilée. Et ça s’est fait tout seul. À la fin de la tournée, on avait tous grandi. Jouer autant sur scène, apprendre à jouer ensemble en live plutôt qu’en répète… Donc oui, je crois que c’est ça.

Slomosa live au VandB Fest. @Sarah Cross
Caro (RockSound) Et la première fois qu’un public vous a vraiment surpris ?
Marie (Slomosa) La première fois qu’on a joué à l’étranger. On avait un créneau très tôt, un dimanche, le dernier jour du Desertfest Belgique. Il n’y avait personne avant qu’on monte sur scène. Et d’un coup, quand on a commencé à jouer, les gens sont devenus complètement fous. On était là : “Mais qu’est‑ce qui se passe ?!” C’était très étrange… Vraiment absurde.
Caro (RockSound) Et la première tournée loin de chez toi ? C’était surprenant ou tu t’y attendais ?
Marie (Slomosa) J’étais nerveuse avant de partir, pour tout : les concerts, mais aussi l’idée d’être en tournée avec trois gars que je ne connaissais pas vraiment. Mais comme je l’ai dit, on a énormément grandi pendant cette tournée. Peut‑être plus que beaucoup de groupes en plusieurs années, parce qu’on jouait tous les jours. On a découvert qu’on avait le même rêve, qu’on voulait vraiment faire ça. Personne ne se plaignait, même quand on dormait dans des endroits un peu douteux ou quand il manquait un lit… Bref, cette tournée nous a soudés.
Caro (RockSound) Et ton premier gros fail technique sur scène ?
Marie (Slomosa) Il y en a eu beaucoup. Je me souviens d’une fois où ma basse a cassé en plein milieu d’un morceau, à Desertfest Londres, un gros concert. J’étais hyper stressée, je transpirais tellement que j’ai littéralement laissé une flaque par terre. Mais les gens ont aidé, on s’en est sortis. Maintenant je me sens en sécurité : tout peut arriver, on fait tous des erreurs, mais quand tu sens que tout le monde te soutient — les gars, les techniciens — tu te sens protégée, même si ce n’est pas vraiment “safe”.

Marie à la basse avec Slomosa. Une énergie immense. @Sarah Cross
Caro (RockSound) Tu as une énergie très forte sur scène, très naturelle. Tu te souviens de la première fois où tu t’es dit que tu étais née pour ça ?
Marie (Slomosa) Je crois que ça s’est développé en jouant énormément de concerts. Aujourd’hui, je peux tout lâcher, utiliser tout mon corps. La musique, pour moi, c’est des émotions, une expression de choses qu’on ne peut pas toujours dire avec des mots. Je ne sais pas pourquoi, mais ça me vient naturellement. Je n’ai jamais répété ça autrement qu’en jouant. Et bien sûr, ça ne ressemble plus du tout à ce que je faisais il y a quatre ans, et ça changera encore. J’essaie de vivre chaque concert dans l’instant, sans me dire “je devrais faire ça maintenant”.
Caro (RockSound) Sinon ce ne serait pas naturel si tu devais y penser.
Marie (Slomosa) Oui exactement. Je joue, j’écoute la musique, même pendant que je joue. Je suis dans un autre monde, c’est tellement énergisant. Je crois que c’est très sain pour moi. Et puis les gens… quand tu vois qu’ils réagissent, qu’ils sont avec toi, ça donne une énergie folle.
Caro (RockSound) Ça te porte.
Marie (Slomosa) Oui. Ça me porte pendant tout le concert. Parfois je ne sais même pas d’où vient cette énergie. Je crois que c’est aussi parce qu’on a un public vraiment génial. Je sens qu’ils sont avec nous, qu’il n’y a pas de mur entre nous.
Caro (RockSound) On arrive à la fin. Pour les gens qui vous verraient pour la première fois, qui ne connaissent pas Slomosa, qu’est‑ce qu’ils doivent attendre de vous ?
Marie (Slomosa Qu’ils passent un super moment. Qu’ils oublient tout le reste et qu’ils profitent de la musique, des amis, des riffs lourds. Juste un bon moment.
Caro (Rock Sound) Et pour finir, qu’aimerais‑tu dire aux lecteurs de RockSound ?
Marie (Slomosa) Continuez à venir aux concerts, à écouter du rock. Ça fait du bien. Et on a besoin de vous : les gens doivent venir aux concerts pour que tout ça continue. Donc voilà : continuez à venir, et soutenez les groupes que vous aimez.

Quand on papote premières fois Rock avec Marie de Slomosa et ce beau t-shirt Rock Sound (sur la boutique)
Une interview de Caro @Zi.only.Caro au stylo et au micro, en immersion au VandB Fest avec Sarah Cross @sarahcrossphotography à la photo.
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