4/5 ⭐️⭐️⭐️⭐️ – Le glam, c’est un peu au rock ce que le disco est à la pop : trop pailleté pour les puristes, trop jouissif pour mourir. Sous les confettis pourtant, Harsh ne raconte pas que des soirs qui ne finissent jamais. Sur Feels, leur deuxième album, les Franciliens posent les riffs sur ce qu’il y a dessous : les potes, les doutes, le cœur qui lâche. Le vernis n’a pas bougé. Ce qu’il y a dessous, si.

Ceux qui ne comptent plus les kilomètres
Harsh, c’est quatre mecs de la région parisienne réunis par une amitié avant d’être un plan de carrière : Albert Arnold au chant et à la guitare, Séverin Piozzoli à la guitare et aux chœurs, Julien Martin à la basse et Léo Löwenthal à la batterie. En 2022, le groupe sort Out Of Control, un premier disque bourré d’adrénaline qui leur ouvre les portes des scènes européennes. Depuis, plus de 300 concerts au compteur, en première partie de The New Roses, Anvil ou Chris Holmes, largement de quoi user un son qui n’attendait plus qu’une grande salle pour vraiment prendre feu. Cette fois, c’est le label allemand Fireflash Records (Wolf, Furies, Rock Justice) qui les accueille pour Feels.

Harsh – Feels
De la colère à l’aveu
Le titre du premier album annonçait la couleur : Out Of Control, l’énergie à l’état brut, la fougue qui ne réfléchit pas. Feels raconte l’étape suivante, celle où la même énergie apprend à dire ce qu’elle ressent plutôt que de simplement tout faire exploser. Douze titres, quarante-huit minutes et un fil rouge assumé par le groupe lui-même : l’amour, la rupture, la culpabilité, le deuil, la place qu’on cherche à trouver dans un groupe d’amis autant que dans une salle de concert. Le mixage et le mastering sont signés Hannes Braun, le chanteur de Kissin’ Dynamite, un choix qui muscle le son sans jamais le lisser à l’excès, mais qui reste un détail de fabrication, pas le sujet. Le vrai sujet, c’est que Harsh ne cache plus rien derrière ses riffs.
Une armure qui craque
« Break Your Way » ouvre le bal sans détour, refrain scandé, chœurs en renfort : la déclaration d’intention d’un groupe qui sait déjà où il va. « All I Ever Wanted » repart sur la même lancée avec un refrain pensé pour être hurlé depuis les derniers rangs, pendant que « Fuel To The Fire » fonce tout droit, plus sale, plus instinctif, comme une décharge qui ne réfléchit pas. Puis vient la bascule : sur « Offer You A Rose », le tempo redescend et laisse la voix d’Albert porter le morceau seule un instant, loin de toute posture. « Don’t Mess With Me » revient cogner dès l’intro sur un texte qui oscille entre mise en garde et supplique, avant que « Forever Yesterday » ne démarre au banjo pour mieux grossir en ballade, la partition vocale d’Albert n’a jamais semblé aussi large.
« Back To Life » est sans doute le titre où Harsh assume le plus la vulnérabilité annoncée en interview, sur un groove qui n’en oublie jamais d’être fédérateur. La reprise de « Maniac » s’amuse à muscler le classique sans jamais le dénaturer, en clin d’œil assumé plutôt qu’en private joke de festival. « Losing My Mind » tape dans le dur, « Dancing Dancing » ramène le côté fête du groupe sur une rythmique groovy faite pour être chantée à plusieurs voix, « Never Gonna See Me Fall » referme la parenthèse plus retenue en laissant la voix d’Arnold respirer, et « When We’re Together » clôt le disque comme une promesse, celle d’un groupe qui préfère l’amitié à la pose.

Harsh – Live
Le vernis tient, le fond aussi
Ce qu’on kiff sur Feels, c’est que Harsh n’a rien sacrifié de son ADN glam pour gagner en profondeur. Les guitares claquent toujours autant, la rythmique de Julien et Léo tient la baraque, et Albert Arnold n’a rien perdu de son aplomb vocal. Le groupe a juste appris à se servir de tout ça pour dire vrai plutôt que pour seulement faire du bruit. C’est là que se joue la vraie évolution entre les deux albums : pas un changement de costume, un changement de regard.
Harsh a fêté la sortie de Feels à La Maroquinerie le 3 juillet, avant d’enchaîner les dates en France, en Angleterre et en Allemagne, notamment en première partie de The New Roses en novembre. Sous les paillettes, Feels referme finalement sur ce qu’il y a de plus simple à dire : être potes sur scène, c’est un début. Le rester une fois les amplis éteints, c’est ce qui rend un groupe capable de durer.

Harsh – Feels – sortie le 3 juillet 2026 – Fireflash Records





