On nous avait vendu une machine à remonter le temps. Deux groupes des années 90, un Zénith, des souvenirs plein les poches… Sauf que ce lundi 25 mai, personne n’a voyagé dans le passé. C’est le présent qui a rattrapé les chansons, et il s’est pris deux tornades.

Skin, le tourbillon qui n’a jamais ralenti
Dehors, Paris cuit sous une canicule qui ne dit pas encore son nom. Dedans, le Zénith de La Villette sue déjà avant la première note, fosse compacte, l’air qui colle à la peau, plusieurs générations serrées les unes contre les autres : les ados de 1996 devenus parents, et leurs gosses venus vérifier si la légende tient toujours debout. Réponse en deux sets : elle ne tient pas debout, elle saute à pieds joints sur nos certitudes.
Les lumières s’effondrent, « Charlie Big Potato » fend l’obscurité et Skin jaillit vêtue de cuir noir et d’un regard de prédatrice, suivie d’Ace, Cass et Mark Richardson. En moins de trois minutes ça mord et ça soulève la salle d’un bloc. La fosse rugit, les gradins basculent et le doute qu’on avait peut-être en poche (est-ce qu’à trente ans de carrière la bête a encore des crocs ?) s’évapore avant même le deuxième refrain.

Skunk Anansie – Zenith de Paris-Photo by David Poulain
Les lumières s’effondrent, « Charlie Big Potato » fend l’obscurité et Skin jaillit vêtue de cuir noir et d’un regard de prédatrice, suivie d’Ace, Cass et Mark Richardson.
Le set traverse trois décennies sans jamais sentir la poussière. « Hedonism » souffle ses trente bougies et claque comme au premier jour, « Weak » liquéfie le Zénith, et les titres du dernier album The Painful Truth se glissent dans la setlist sans qu’on voie la couture. Mais le vrai frisson est ailleurs. Quand Skin balance « Yes It’s Fucking Political » puis ferme le ban sur « Little Baby Swastikkka » écrit en 1995, le morceau ne raconte pas un vieux combat rangé au placard : il hurle les unes glaçantes de ce matin même. Trente ans plus tard et toujours pas une ride. Ça fait froid dans le dos autant que ça met le feu aux poings.

Skunk Anansie – Zenith de Paris-Photo by David Poulain
Quand Skin balance « Yes It’s Fucking Political » puis ferme le ban sur « Little Baby Swastikkka » écrit en 1995, le morceau ne raconte pas un vieux combat rangé au placard : il hurle les unes glaçantes de ce matin même.
Frah dans la fosse
Et puis il y a eu LE moment. Sur « I Can Dream », une silhouette connue fend la foule : Frah de Shaka Ponk, slam au beau milieu du public comme un gamin lâché dans une cour de récré un soir de fête. Soulevé, porté, transporté jusqu’aux planches, il tombe dans les bras de Skin pendant que le Zénith part en vrille. Deux fauves de scène, une étreinte, des milliers de voix en feu : voilà la séquence qui dynamite toute idée de tournée-souvenir. Ce n’est pas un enterrement de luxe, c’est une fête entre vivants, et on en redemande.

Skunk Anansie – Zenith de Paris-Photo by David Poulain
Garbage, ou l’art de transformer la pression en carburant
Shirley Manson le racontera elle-même sans filtre : avant de monter, elle a poussé la porte de la loge de Skunk Anansie pour leur lâcher qu’elle flippait de passer derrière eux. Il faut un sacré aplomb pour l’avouer au micro devant tout un Zénith. Le groupe pose d’abord ses nouvelles couleurs avec les titres de Let All That We Imagine Be The Light, le temps de tendre l’atmosphère, et « I Think I’m Paranoid » fait tout exploser. D’un coup, la salle ne fait plus qu’un seul corps et Shirley règne sur la scène, crinière colorée et démarche de souveraine qui n’a peur de personne.

Garbage – Zenith de Paris-Photo by David Poulain
La suite est un manifeste à ciel ouvert. « Right Between the Eyes » dédié à Courtney Love, sœur d’armes trop longtemps écharpée par les médias. « Boys Wanna Fight », charge frontale contre la testostérone guerrière : écrit il y a vingt ans, le morceau colle à 2026 mieux que n’importe quel chewing-gum. Puis « Push It », un « Only Happy When It Rains » repris à pleins poumons, et « Cherry Lips (Go Baby Go!) » en rappel pour quitter la fête en dansant plutôt qu’en pleurant.

Garbage – Zenith de Paris-Photo by David Poulain
On le savait
Alors non, ce n’était pas une soirée nostalgie. La nostalgie regarde par-dessus son épaule ; Skin et Shirley Manson, elles, fixent le monde droit dans les yeux depuis trente ans, et le monde a fini par leur donner raison. Deux femmes, deux colères jumelles avec une même clairvoyance, et des chansons qui n’ont pas vieilli pour une raison simple : elles avaient juste trente ans d’avance sur ce monde en lambeaux. On est ressortis de là le souffle court et le cœur cognant, plus accros que jamais à cette puissante énergie qui souffle tout sur son passage. Tant que ces deux-là balanceront leur rage sur une scène, on sera dans la foule à scander leurs refrains. Rendez-vous pour la prochaine, et les suivantes.

Skunk Anansie-Zenith Paris – photo by David Poulain

Skunk Anansie-Zenith Paris – photo by David Poulain

Skunk Anansie-Zenith Paris – photo by David Poulain

Skunk Anansie-Zenith Paris – photo by David Poulain

Skunk Anansie-Zenith Paris – photo by David Poulain

Skunk Anansie-Zenith Paris – photo by David Poulain

Skunk Anansie-Zenith Paris – photo by David Poulain

Garbage – Zenith Paris – photo by David Poulain

Garbage – Zenith Paris – photo by David Poulain

Garbage – Zenith Paris – photo by David Poulain

Garbage – Zenith Paris – photo by David Poulain

Garbage – Zenith Paris – photo by David Poulain

Garbage – Zenith Paris – photo by David Poulain

Garbage – Zenith Paris – photo by David Poulain





