BlackRain, c’est le glam qui refuse de mourir, le hard rock qui se maquille, se crêpe les cheveux, noue ses bandanas bien haut et enfile des jeans trop serrés pour être raisonnables… avant de monter sur scène pour foutre le feu. Depuis deux décennies, les Savoyards perpétuent l’héritage de Mötley Crüe, W.A.S.P. et Guns N’ Roses avec une dévotion quasi religieuse : riffs acérés, refrains bigger than life, clips maison, attitude XXL et une bonne dose d’humour en bandoulière. À l’aube de Orphans of the Light et d’un Trianon qui promet d’être incandescent, Swan et Matthieu reviennent sur leur parcours de pirates du rock, entre excès, fiertés et passion brûlante.

BlackRain au Trianon
Les origines de la passion
Caro (RockSound) : Tu te souviens de ta première claque rock ? Le moment où tu t’es dit que tu ferais de la musique ?
Swan (BlackRain) Je m’en souviens comme si c’était hier. J’étais en CM2, et quelqu’un m’a fait écouter Nevermind de Nirvana. Ça a été comme la foudre. Ça a littéralement façonné toute ma vie. Très vite, je me suis mis à la guitare, et le look est arrivé avec (rires). J’étais le seul gamin de CM2 avec les cheveux longs, un sweat à têtes de mort… et finalement, j’ai pas tellement changé depuis.
Caro (RockSound) : Et quels sont les groupes qui ont façonné l’univers BlackRain ?
Swan (BlackRain) : J’ai découvert Metallica et Guns N’ Roses très tôt. C’étaient mes idoles, presque des dieux. Ma chambre était tapissée de posters de Slash et Axl Rose. Quand on a commencé BlackRain, on était plus heavy/speed metal. Le hard rock n’était plus trop à la mode. Et puis j’ai découvert Mötley Crüe et W.A.S.P. — grosse claque. Là, je me suis dit : “C’est ça qu’on veut faire.” Le style, l’attitude, la classe. On voulait faire rêver les gens comme eux nous avaient fait rêver.
Caro (RockSound) : Les premiers concerts, c’était comment ?
Swan (BlackRain) : Le tout premier, c’était dans le local des Hells Angels à Genève. Ambiance… particulière (rires). Ensuite un club de bikers, puis des dates un peu partout en Haute‑Savoie. Et puis très vite, une tournée au Japon. Un mois là‑bas, avec notre petite expérience de la scène… ça a tout changé. En revenant, on a assumé complètement notre goût pour le hard rock.
Caro (RockSound) : Quel est ton meilleur souvenir de scène de cette époque ?
Swan (BlackRain) : Il y en a tellement. Ouvrir pour Scorpions ou Alice Cooper, c’est unique. Et puis les afters un peu folles… On se prenait un peu pour Mötley Crüe, mais sans l’argent de Mötley Crüe (rires). On a eu du succès assez jeunes, et on a un peu fait n’importe quoi. Mais c’était la vie de rockstars qu’on rêvait de vivre.
Évolution, composition et voix
Caro (RockSound) : Si tu compares vos débuts et aujourd’hui, qu’est‑ce qui a le plus changé dans votre manière de composer ou de chanter ?
Swan (BlackRain) : Ce qui a changé, c’est l’expérience. Au début, on faisait tout ensemble… et ça n’avançait pas. On a dû moderniser notre façon de travailler. Aujourd’hui, chacun a son petit studio — parce qu’on ne peut pas se payer de vrais studios — et on compose comme ça. Ça fonctionne bien, donc on continue. Et puis individuellement, on cherche toujours à progresser. On veut créer, mais surtout créer mieux. Moi, j’ai un vrai besoin de m’améliorer vocalement.
Caro (RockSound) : Tu travailles beaucoup ta voix ?
Swan Je travaille en faisant des morceaux, et j’essaie que ma voix sonne bien dessus. Je pense que j’y suis mieux parvenu sur le nouvel album. J’espère continuer à progresser.
Caro (RockSound) : Il y a eu un moment où vous vous êtes dit : “Là, on a franchi un cap” ?
Swan (BlackRain) : À chaque album, on a l’impression d’avoir fait un super truc… et on est déjà sur le suivant. Mais oui, il y a une progression très nette à chaque fois. BlackRain, c’est un vieux groupe. On n’est jamais devenu Bon Jovi, mais on a toujours progressé. Et pas seulement musicalement : le public aussi grandit avec nous. C’est une progression lente, mais réelle.
Caro (RockSound) : Il n’y a pas un album qui a été un vrai tournant ?
Swan (BlackRain) : Pour moi, Untamed est vraiment l’album où on devient sérieux. Celui où je me suis dit : “Ok, là, on peut entrer dans la compétition.” Avant, il y avait de bonnes choses, mais on n’était pas compétitifs. Maintenant, je pense qu’on peut prétendre à une vraie place.

BlackRain au Trianon – photo by Caro
L’univers visuel et les clips
Caro (RockSound) : Votre univers est très marqué. Jusqu’à quel point vous vous investissez dans les vidéos et les clips ?
Matthieu (BlackRain) : La vidéo, c’est plutôt moi qui réalise. On s’est lancé un pari : sortir un album de 14 titres et… faire 14 clips. C’est impossible, mais l’idée, c’est d’en faire un maximum. Et en discutant avec les journalistes aujourd’hui, je me rends compte que leurs chansons préférées sont souvent celles qu’on n’a pas encore clippées. Donc on se dit : “Merde, il va falloir les faire aussi.”
L’univers vidéo a toujours été important pour BlackRain. On a grandi en regardant des clips, on en était fous. On a commencé avec des moyens très faibles, au début de YouTube, et petit à petit, on a appris, on s’est entourés, on a monté une équipe. Comme pour la musique, on essaie de s’améliorer à chaque fois. Et je pense que l’évolution qualitative est très nette.
Moments de fierté
Caro (RockSound) : Sur tout ce chemin parcouru, y-a-t-il un moment de fierté particulier qui ressort ?
Swan (BlackRain) : Le Hellfest, déjà. En 2019. Toutes les premières parties aussi : ce sont de grands souvenirs. Jouer avec Scorpions, par exemple.
Et puis la télé. On est arrivés en finale d’Incroyable Talent. Au départ, ils nous avaient pris pour faire les clowns dans la première émission. On nous avait même proposé une reprise d’AC/DC qu’on n’a finalement pas faite. Et puis on s’est retrouvés en finale, bien notés par le public. C’était une vraie fierté.
On vient aussi de recevoir un prix en Angleterre, un prix du conglomérat de festivals Hard Rock Hell. Être primés par les Anglais… c’est impressionnant. Là‑bas, il y a un groupe légendaire par village, et ils te disent : “Bravo les Français.” C’est juste un trophée, mais ça fait quelque chose.
Et puis enregistrer deux albums avec Jack Douglas… Ce mec a connu toute l’histoire du rock. Il a joué de la basse avec Chuck Berry, enregistré John Lennon, découvert Aerosmith… et un jour, il se retrouve devant toi. On a quand même vécu deux‑trois trucs pas mal.
Les fans : du beau, du dur, du fou
Caro (RockSound) : Vous avez reçu des messages de fans qui vous ont marqué ?
Swan (BlackRain) : Oui, beaucoup. Du positif, du négatif… mais aujourd’hui, il y a surtout du positif. Je me souviens d’une maman qui est venue me voir, presque en pleurs, après un concert. Elle m’a dit : “Si mon fils est encore en vie cette année, c’est grâce à vous.” Tu te prends une claque. Ça fait quelque chose.
Et puis il y a les gens qui se marient sur nos chansons ! Des Anglais se sont mariés sur Nobody But You. Un groupe français qui sert de musique de mariage à des Anglais… c’est fou.
Matthieu (BlackRain) : Oui, c’est incroyable.
Swan (BlackRain) : Et puis il y a les commentaires. Tu te souviens surtout des négatifs, malheureusement. Au moment de la télé, ce n’était plus nous que ça touchait : c’était nos familles. Ma mère se rendait malade en lisant les commentaires.
Et puis il y a eu des trucs vraiment flippants. Très tôt, une fille complètement folle m’envoyait des messages du genre : “Je vais te choper, t’attacher dans les bois et te violer.” Elle avait retrouvé mon adresse mail. Là, tu te dis : “Ok, il y a des gens dangereux.”
Caro (RockSound) : Vous n’avez jamais été confrontés physiquement à ces personnes ?
Swan (BlackRain) : Non, mais il y a encore des problèmes aujourd’hui. Ça fait un an et demi que quelqu’un nous harcèle. On ne sait pas qui c’est. Je suis obligé d’aller au commissariat toutes les semaines pour déposer des plaintes. Parfois ça m’amuse, parfois ça me gonfle.
Les publics selon les pays
Caro (RockSound) : Vous avez beaucoup tourné. Est‑ce que les publics sont différents d’un pays à l’autre ?
Swan (BlackRain) : Moins aujourd’hui, mais à l’époque, on trouvait que le public suisse était très… calme. On avait l’impression qu’ils détestaient ce qu’on faisait. Et après le concert, on découvrait qu’ils avaient adoré. Les plus fous, pour moi, c’était en République tchèque. Ils étaient complètement déchaînés, vraiment heureux d’être là. J’ai ressenti un vrai bonheur qu’on leur apportait.
Matthieu (BlackRain) : On n’a jamais joué en Amérique du Sud, mais tout le monde dit que le public y est dingue. Il faudrait qu’on y aille.
Caro (RockSound) : Et en France, en 20 ans, est‑ce que le public a changé ?
Swan (BlackRain) : Oui. Avant, la scène métal était très morcelée : le black metal, le death, les thrashers contre les hardos… C’était très cloisonné. Aujourd’hui, tout ça se mélange dans des festivals comme le Hellfest. Les jeunes — les 15‑25 ans — ne se posent plus la question des étiquettes. Ils veulent juste passer un bon moment. Ils peuvent passer du coq à l’âne sans problème. Moi, j’étais très fermé à l’époque. Je pense que ça s’est beaucoup ouvert.
Matthieu Oui, il y a beaucoup moins de confrontation qu’avant.
Mauvais souvenir… et belles envies
Caro (RockSound) : Quel est votre plus gros raté sur scène ?
Swan (BlackRain) : En Suède. On avait fait deux jours de route pour être tête d’affiche du festival Rest in Sleaze. Et on a été coupés au bout de 15 minutes par la police. Un autre groupe — Fatal Smile — ne supportait pas qu’on soit tête d’affiche. Ils ont volontairement dépassé leur horaire, sachant que la police coupe tout à l’heure pile. On est remontés, on a joué trois chansons, et re‑coupure. Très mauvais souvenir.
Caro (RockSound) : Qu’est‑ce qui vous motive encore aujourd’hui ? Qu’est‑ce qui vous pousse à continuer à créer ?
Swan (BlackRain) : L’addiction à la création. Quand Max est parti, on s’est demandé si ce n’était pas le moment d’arrêter. Mais plus j’y pense, plus je me dis : tant qu’il me reste deux ou trois cheveux sur la tête, j’arrête pas. On est encore trop jeunes pour arrêter. Et là, on vient d’avoir deux recrues exceptionnelles. Ce n’est vraiment pas le moment. On fait le Trianon, on fait le Hellfest… il faut continuer.
Caro (RockSound) : On arrive à la fin de cette conversation malheureusement… que souhaitez-vous dire aux lecteurs de Rock Sound avant de se quitter ?
Swan (BlackRain) : Rendez‑vous le 28 février au Trianon pour une grosse soirée de hard rock français dans une salle magnifique. Et la veille sortira notre nouvel album, Orphans of the Light. On espère que tout le monde l’écoutera du début à la fin.
Caro (RockSound) : Je l’ai écouté du début à la fin — et pas en shuffle ! Il est terrible !
Swan (BlackRain) : Exactement. L’album a un vrai chemin. L’ordre n’est pas là par hasard.
Caro (RockSound) : Est-ce qu’on déteste ceux qui écoutent les albums en shuffle ? Absolument !
Matthieu (BlackRain) : Surtout celui-là, on l’a vraiment pensé comme une histoire, allez pas écouter l’épilogue avant le début… sinon vous comprendrez rien ahaha !
Caro (RockSound) : Merci les gars. On se voit au Trianon le 28 février ! Je sortirai mes bandanas pour l’occasion !

BlackRain est sur Instagram : @blackrainofficial





