4/5 ⭐️⭐️⭐️⭐️ – Un gymnase, des corps en mouvement et un groupe hardcore qui semble avoir raté l’inscription au cours de crossfit du mercredi. Avec Please Delete This, Double Life signe un premier album aussi sérieux dans le fond que déroutant dans la forme, et rappelle au passage que le hardcore peut encore surprendre là où on ne l’attend pas.
À l’heure où la plupart des groupes hardcore se contentent encore de filmer trois plans tremblés dans un hangar mal éclairé, le visionnage du clip de Double Life provoque un léger temps de latence ou plusieurs questions s’imposent immédiatement. Mais qui sont ces gus’ qui s’ébrouent dans un gymnase ? A‑t‑on déjà vu des groupes hardcore se donner autant de mal en dehors de leur pratique scénique ? Et si oui, était‑ce au cheval d’arçons, enguirlandés de cerceaux ou endimanchés sur des barres de danses ?
Direction leur Instagram, dans la bio, une unique réponse, sèche et presque provocatrice : « Berlin Hardcore ». Autant dire que c’est court. Mais c’est aussi suffisamment intrigant pour éveiller la curiosité. Pour comprendre, une seule solution : plonger dans leur premier album, Please Delete This.
Et grand bien nous en prend. Car le hardcore de Double Life se révèle profond, sincère et traversé par une multitude d’émotions. Drôle d’époque que 2026, certes, mais force est de reconnaître que le hardcore semble aujourd’hui béni. Partout sur la planète, une jeune garde affamée est prête à en découdre et à redonner au genre ses lettres de noblesse. Les noms de Turnstile, The Armed ou Militarie Gun viennent naturellement à l’esprit, mais ils ne sont que la partie émergée d’une vague pléthorique, passionnante et salutaire.
Double Life s’inscrit pleinement dans ce renouveau, tout en multipliant les angles d’attaque. Le presque sludge de « My Last American Birthday », dynamité par un bridge indie rock inattendu, côtoie la douceur enveloppante et quasi expérimentale de l’interlude « Lost Highway ». Plus loin, le groupe ose même un soupçon de néo metal sur le titre de clôture, « New Heaven New Earth », qui achève de donner à ce premier disque une impression de liberté totale.
Les comparaisons affluent sans jamais enfermer le groupe. On pense parfois à Gallows lorsque leur hardcore se fait sombre et abrasif, à Eyes quand la fureur prend le dessus sur « No Chromium Glitter », ou encore à Sparta lorsque Double Life se montre plus aventureux, flirtant avec des voix claires et aériennes sur le morceau-titre « Please Delete This ».
Ce qui frappe surtout, c’est le vent d’air frais que des groupes comme Double Life insufflent à la scène hardcore actuelle. Portés par l’ouverture de brèches opérée par Turnstile et consorts, ils s’autorisent à élargir le spectre, à casser les carcans, à injecter de nouvelles couleurs sans jamais trahir l’intensité ni l’urgence propres au genre. Une évolution réjouissante, qui rend la scène plus vivante, plus perméable, et surtout plus excitante que jamais.
La musique de Double Life possède un caractère chaotique, mais un chaos toujours orienté vers l’avant. Dans la manière dont les morceaux évoluent, dont les instruments se répondent et se marient, tout concourt à une énergie ascendante. Rien n’est figé : les tensions se transforment, les motifs progressent, et l’ensemble dégage une force nouvelle, presque galvanisante. Un hardcore en mouvement, qui regarde droit devant lui.

Photo : Julinka Studio
Double Life signe une entrée en matière aussi intrigante que convaincante avec un disque qui capte parfaitement l’esprit de son époque, tout en affirmant une identité déjà solide. Berlin Hardcore, peut‑être, mais surtout un groupe à suivre de très près, tant la suite s’annonce, elle aussi, brûlante. En à peine 27 minutes, Please Delete This déploie une matière étonnamment dense. Pas de remplissage, pas de longueurs : chaque morceau semble pensé comme la pièce essentielle d’un ensemble cohérent. Ce format resserré donne au disque une efficacité redoutable et laisse une impression de maîtrise impressionnante pour un premier album. C’est impeccable, prometteur, et cela donne déjà furieusement envie d’entendre la suite.
Please Delete This est sorti le 9 Janvier 2026 sur Thirty Something Records
Genre : Gymnasecore
Tracklist :
01. Supermercato
02. Love Is A Difficult Thing To Watch
03. Neue Deutsche Welle
04. Photobooth
05. Lob Threat
06. My Last American Birthday
07. Godrolling
08. No Chromium Glitter
09. Lost Highway
10. Almost Leather
11. Please Delete This
12. New Heaven New Earth
Instagram : doublelifehc
Label : thirtysomethingrecords.com





