Echo Says Echo – Aithaleia

par | 27 Fév 2026 | Chroniques

Temps de lecture : 4 min

Dix ans après ses premiers frémissements, Echo Says Echo revient avec un disque qui regarde aussi bien vers le ciel que vers le feu. Quatuor parisien solidement ancré dans une vision moderne du post-rock, le groupe dévoile Aithaleia, un deuxième album, mais surtout le premier à rejoindre le catalogue exigeant de Voice Of The Unheard Records.

Echo Says Echo - Aithaleia

Echo Says Echo – Aithaleia

Parfois, la musique a besoin de se passer des mots. Non par pudeur ou par défaut, mais parce que certaines émotions refusent la grammaire et préfèrent la trajectoire, l’élan, la combustion lente. Aithaleia s’inscrit dans cette tradition rare où le silence initial compte autant que l’explosion à venir, où chaque note semble chercher moins à dire qu’à révéler.

Dès “The Landing”, Echo Says Echo ouvre un espace. Une envolée stellaire de tremolo picking y dessine une ligne de fuite lumineuse, une technique presque solaire qui fend le ciel du disque et irrigue ensuite “Volta Celeste”, comme un rappel, un écho conscient de sa propre naissance. Ces deux morceaux fonctionnent comme des charnières : non pas de simples transitions, mais de véritables points d’apesanteur qui donnent au disque son véritable envol. Avant eux, “Noisy Cave” aura posé des bases solennelles, presque telluriques, comme si le groupe avait tenu à ancrer profondément ses racines avant de lever les yeux vers autre chose, plus haut, plus loin.

On pense parfois à Explosions In The Sky, à Do Make Say Think — à ce que le post-rock fait de plus beau lorsqu’il conjugue vitesse et patience, éclat et persistance. Il y a dans Aithaleia cette capacité à passer de la lancinance hypnotique de “Stuck In Eternity” à la fièvre brûlante de “Dissensus”, comme si chaque morceau interrogeait une température différente du même feu intérieur. La célérité n’y est jamais gratuite, la répétition jamais figée : tout avance, tout respire, tout se transforme.

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Echo Says Echo propose ici des instants de magie trempés dans le céleste, et nous laisse libres d’y souffler. Comme dans le fameux problème XXX d’Aristote, cette interrogation sur l’équilibre fragile entre mélancolie et génie, la musique semble naître d’une tension permanente entre le poids et l’élévation. On y souffle comme dans un ballon fragile : il gonfle lentement, se détache du sol, s’élève au-dessus du quotidien, puis éclate en mille fragments lumineux dans l’air. Ces éclats retombent doucement, et chacun peut y projeter ses propres images. C’est sans doute là l’une des grandes forces du post-rock de Echo Says Echo lorsqu’il atteint la superbe. C’est offrir des voyages immobiles, des évasions sans carte ni boussole, où l’on traverse des paysages intérieurs sans jamais quitter sa place.

Le titre de l’album n’est pas anodin. Aithaleia évoque les cendres, la suie et le feu — nom donné dans l’Antiquité à l’île d’Elbe pour sa terre volcanique. Une image puissante, presque archaïque, que le groupe infuse au cœur de sa musique. Ces six morceaux contrastés fonctionnent alors comme autant de strates géologiques, superposant les tensions et les relâchements, la pression souterraine et l’éclaircie soudaine. Le patchwork d’influences et de racines musicales s’y déploie avec une vraie intelligence de la dynamique. Phases percutantes et accrocheuses, lourdeurs explosives, mais aussi ces respirations plus anguleuses héritées du math rock, où les rythmes se fragmentent, les motifs se déplient, laissant passer la lumière à travers la complexité. Entre beauté brute et précision chirurgicale, Aithaleia avance par fractures et illuminations, trouvant dans ce jeu d’équilibre une intensité presque physique, aussi désarmante que maîtrisée.

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À mesure que l’album s’achève, Aithaleia ne cherche pas à refermer ce qu’il a ouvert. Il laisse des braises, des résonances, des lignes inachevées qui continuent de vibrer hors du disque. Echo Says Echo ne propose pas une destination, mais un état : celui où le temps ralentit, où les corps s’immobilisent pendant que l’esprit dérive. Une musique qui n’impose rien, mais qui accueille, qui absorbe, qui élève sans emphase. Quand le silence revient enfin, il n’est pas vide — il est chargé de ce qui a été traversé. Et c’est peut-être là, dans cet après-coup invisible, dans ce qu’il nous laisse, dans ce qui résonne après, qu’ Aithaleia trouve sa plus juste résonance.

Aithaleia sort le 27 Février chez Voice Of The Unheard Records

Instagram : echosaysecho
Bandcamp : echosaysecho

Style : Post-rock Tellurique

Tracklist :

1 – Noisy Cave

2 – The Landing

3 – Volta Celeste

4 – HHID

5 – Stuck In Eternity

6 – Dissensus