Après avoir rappelé, à coups de rééditions, que leurs chefs-d’œuvre OK Computer et Kid A MNESIA n’ont rien perdu de leur superbe, Radiohead continue de remplir ces années sans nouveauté studio en publiant un album live du plus spontané, aux classiques tout de même instantanés, Hail To The Thief.Six mois après sa sortie, cet album mérite toujours qu’on s’y attarde.
Par Samuel
Ces enregistrements ressortis à l’occasion du projet « Hamlet To The Thief » pour la Royal Shakespeare Company, mêlant le classique du dramaturge avec leur album de 2003, ont bluffé Thom Yorke par leur énergie, bien loin des live souvenirs systématiques qui remplissent les bacs après les salles.

Jugeant ces prestations dignes de rentrer dans la discographie officielle, le groupe a alors décidé de donner un successeur à I Might Be Wrong sorti en 2001 déjà. Bien leur en a pris, nous ne sommes pas ici dans l’habituelle compilation live de morceaux du dernier opus et de standards qui passent et trépassent dans les rayons des disquaires mais d’une revisite d’un album en version condensée mais pas trop. Le chanteur ayant publiquement regretté la longueur du LP original, les dispensables « Backdrifts », « A Punch Up at a Wedding » et ses annonciateurs « no no no no… » sont donc de sortie.
Et ça commence fort, car dès « 2+2=5 », encore plus punchy que la version studio, et son « Because » hargneux introduisant le déferlement des guitares, l’auditeur sait qu’il va être difficile d’écouter ce CD en voiture en gardant son permis. Les deux morceaux suivants, plus doux, laissent profiter davantage du superbe mix, laissant le groupe et son public travailler en bonne intelligence.
Les arrangements ne privilégient aucun instrument … ou plutôt tous. Chacun étant, en effet, mis en valeur sans jamais saturer par son omniprésence ou son niveau sonore. L’auditeur peut s’intéresser, tour à tour, à chaque membre du groupe en restant dans l’immersion sonore. Impeccablement mixés et remastérisés, les titres sonnent et rebondissent avec vous comme si vous étiez dans la fosse pas trop près des hauts- parleurs et pas trop loin des brailleurs. Tout le monde est là et bien là à sa place sans déborder ni trop sautiller.
Le sol tremble mais on reste debout et accompagne la musique sans autre intention que d’apprécier le bon moment. Chaque parti-pris est justifié et le rendu est conforme, à la fois, à la prestation et au confort de l’auditeur qui y trouvera bien d’autres intérêts que le spleen de ces très belles années. Les occasions de constater la frénésie créatrice du groupe à cette période ne manquent pas mais la version de « Where I End and You Begin » montre, une nouvelle fois, qu’une bonne prestation live peut transfigurer, voir achever, la version studio. Ou comment un magnifique exercice intellectuel s’épanouit dans sa performance scénique. On peut en dire autant de « Myxomatosis » redynamisant ou complétant l’enregistrement original.

C’est donc un condensé d’énergie où la présence survoltée du public donne lieu à de magnifiques envolées, la couvrant même quand elle est trop présente, comme au début du classique « There There » et sa montée finale tonitruante. Une osmose entre exigence artistique et succès public donnant envie de remonter dans ce bon temps et s’y retrouver, à nouveau, frappé de plein fouet.
Car à la fin de cet enchaînement sans baisse de régime, l’auditeur ne peut qu’être nostalgique de cette période où le groupe alliait succès critique et publique. Véritable tourbillon créatif du rock des années 90 et 2000 et régnant en bonne intelligence dans le débat public sans être interpellé sur des sujets géopolitiques et jugés, comme aujourd’hui, pour leur point de vue trop équilibré pour l’époque. Reste à espérer que leurs évidentes intégrité artistique et honnêteté intellectuelle, généreront un retour de tendance qui engendrera peut-être, via leur musique, un retour de nuance.






