Les Chroniques de Saint-Roustan T01 : Lundi gras

par | 28 Nov 2025 | Livres

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Saint-Roustan. Ce nom pue déjà la tragédie.On l’imagine gravé sur un panneau municipal rouillé, au bord d’une départementale, entre une ussine désaffectée et un rond-point sponsorisé par Intermarché. Bienvenue dans la France de la lose, celle qu’on regarde à travers le pare-brise en se disant : “Bon sang, mais qui habite là ?”.

Et pourtant, ils sont là. Tous. Les maires bedonnants, les adjoints à la culture qui confondent Molière et Sardou, les gendarmes poètes à temps partiel, les retraités agressifs, les commerçants lunaires, les alcooliques sympathiques. Cette France que Pierre-Emmanuel Barré connaît par cœur parce qu’il en est le fils spirituel et le bourreau volontaire.

Les Chroniques de Saint-Roustan T01 : Lundi gras

Les Chroniques de Saint-Roustan T01 : Lundi gras

 

“Lundi Gras”, c’est pas une BD. C’est un massacre social au fusil à pompe. Une chronique d’un pays un peu malade de lui-même, racontée par un type qui aime trop la vérité pour la rendre présentable.  C’est la France des comités de fêtes, des repas de chasseurs, des débats stériles et des illusions tenaces. C’est le pays des “on n’est pas racistes mais”, des “c’était mieux avant” et des “y a plus de respect”. C’est tragique. Et c’est hilarant. On y trouve la “Cave à Bite, deux salles, deux ambiances”, le club-house du Golf de Saint-Roustan : de l’entre-soi, un Lompret à 3 de QI, l’histoire de Nadine, “Sauveuse de Saint-Roustan”, et toute sorte de conneries.  Lundi gras, c’est la messe des perdus, le carnaval des médiocres, le triomphe du grotesque. Et Barré y joue le rôle de prêtre, d’arbitre et de bourreau à la fois.

Saint-Roustan : Disneyland pour sociopathes

Dès la première page, on comprend : ici, la raison est morte dans d’atroces souffrances, probablement lors d’un pot de départ. La mairie est dirigée par une bande de demi-dieux de la connerie qui pensent qu’un arrêté municipal peut remplacer la physique quantique. Les habitants s’entre-déchirent pour des histoires de merguez, de subventions et de “faut pas qu’on dise qu’on fait rien pour les jeunes”. Saint-Roustan, c’est la France dans son état naturel : un zoo sans cage. C’est Simone Veil réincarnée en vache d’apparat pour la foire agricole, c’est Kafka qui fait du stand-up à la buvette du rugby-club. Un cauchemar d’une justesse obscène.

Barré, chirurgien de la stupidité ordinaire

Pierre-Emmanuel Barré, c’est un scalpel qui rit. Il découpe les chairs molles du quotidien français avec la précision d’un légiste sous amphétamines. Il ne juge pas, il charcute. Et le pire, c’est qu’on adore ça.  On se prend des rafales de cynisme  des éclats de lucidité, et ça pique. Parce que Barré connaît son sujet : la bêtise ordinaire, la connerie en col blanc, le provincialisme de comptoir, il les dissèque comme un boucher philosophe. C’est de la satire pure, sans filtre, sans pitié, et avec juste assez de tendresse pour que ça fasse plus mal..

Les Chroniques de Saint-Roustan T01 : Lundi gras

Conclusion : l’art de rire en serrant les dents

Cette BD est une grenade lancée dans la salle des fêtes d’un village français. C’est une satire sociale qui explose à la gueule de tout le monde, sans distinction. Tu sors de là en riant, en grimaçant. Les illustrations de Damien Geffroy et d’Etienne Le Roux magnifient l’absurde. Cette BD de De Philippe Arsen et Pierre-Emmanuel Barré est à lire. C’est drôle, brutal, désespérément lucide. C’est Pierre-Emmanuel Barré qui te crache à la figure en te disant “regarde ce qu’on est devenus”.

Note : 9/10 – Parce que 10, c’est pour Dieu, et à Saint-Roustan, il s’est pendu.

Les Chroniques de Saint-Roustan T01 – Lundi gras De Relom
Illustrations de Damien Geffroy, Etienne Le Roux
De Philippe Arsen, Pierre-Emmanuel Barré
Editions Delcourt