Rencontrer Lzzy Halestorm, c’est entrer dans un tourbillon d’énergie brute, de bienveillance et de détermination. Icône féminine du hard rock, voix incandescente et leader d’un groupe formé avec son frère il y a près de trois décennies, elle revient avec nous sur ses débuts, ses influences, ses premières scènes, ses obsessions créatives et ce feu intérieur qui ne s’éteint jamais.
Entre confidences, souvenirs et éclats de rire, Lzzy raconte son histoire comme elle vit sa musique : sans filtre, sans peur, et avec une passion contagieuse. Une discussion lumineuse et sincère, où l’on découvre une artiste qui n’a jamais cessé de croire en la puissance du rock… et en celle des femmes qui le portent.

Lzzy Halestorm by Luna Lemarchand
Caro RockSound : Quand je rencontre un·e artiste pour la première fois – et c’est notre première rencontre, je suis ravie – j’aime proposer une sorte d’interview qui remonte le temps : on parle de tes débuts, de ton enfance, puis on revient au présent et à ce qui t’attend.
Lzzy Halestorm : Oh, fantastique. J’adore l’idée !
Caro RockSound : Quand tu étais enfant, quelle était l’ambiance musicale à la maison ?
Lzzy Halestorm : J’ai grandi avec la musique de mes parents : beaucoup de hard rock et de metal des années 70 et 80. Mon père m’a fait découvrir Alice Cooper, Ronnie James Dio, Black Sabbath, Cinderella… Et ma mère m’a ouvert à Carole King, Heart, les Beatles… Un vrai melting-pot de rock.
J’ai commencé à écrire très tôt, des chansons d’enfant, et j’ai débuté le piano à cinq ans. Vers neuf ou dix ans, mes parents ont quitté la région de Philadelphie pour s’installer dans une cabane en rondins au bord de l’Appalachian Trail — ils sont un peu fous, toujours un nouveau projet.
J’étais encore très timide à l’idée de chanter devant quelqu’un. Alors j’allais dans les bois, je chantais, et j’imaginais que le bruissement des feuilles était mon public. C’est là que j’ai découvert à quel point chanter me faisait du bien… et à quel point je pouvais être bruyante. J’ai dû terroriser quelques écureuils ahaha ! Je me suis dit : ok, ça, c’est à moi. Et quand mon frère et moi avons monté le groupe, j’avais 13 ans. Je voulais juste voir si j’étais capable de le faire.
Caro RockSound : Tu te souviens de la première chanson qui t’a fait tomber amoureuse du rock ?
Lzzy Halestorm : Probablement Panama de Van Halen — c’était “la chanson” de mes parents, ça te donne une idée du genre de famille que j’avais. Ou I’m Eighteen d’Alice Cooper, que j’adorais enfant.
Et puis il y a eu un déclic : ma mère m’a dit “ok, tu aimes tous ces groupes de mecs, mais laisse-moi te montrer que les femmes peuvent faire ça aussi”. Elle m’a offert un CD live de Heart, du Pat Benatar, du Janis Joplin… Écouter Ann Wilson, cette puissance gutturale mais tellement soulful, ou Janis, brute et libre… Ça m’a retournée. Je me suis dit : oh, les filles ont le droit de chanter comme ça. Ça m’a ouvert un monde entier.
Caro RockSound : Je pense à une phrase de Brody Dalle : “Je ne suis pas là pour être jolie, je suis là pour être bruyante.”
Lzzy Halestorm : Exactement.
Caro RockSound : Y a-t-il un album ou un artiste qui a été une vraie révélation rock pour toi ?
Lzzy Halestorm : Oui : Night Songs de Cinderella. Une amie de ma mère m’avait offert une VHS — à l’époque ! — qui regroupait tous leurs clips dans une sorte d’histoire.
Quand Halestorm a commencé à tourner, on voyageait dans le van familial, un vieux van aménagé avec une petite télé bancale. La VHS s’est coincée dedans. Donc à chaque trajet, le film se lançait automatiquement. Je l’ai vu des centaines de fois. Je me disais : je veux ce grain de voix de Tom Keifer, mais je veux aussi jouer comme lui. J’avais envie d’être tout ça à la fois.

Lzzy Halestorm by Luna Lemarchand
Caro RockSound : Tu imitais tes rockstars préférées devant le miroir ?
Lzzy Halestorm : Oh oui. Tom Keifer, Pat Benatar… leurs attitudes, leurs mouvements. Je m’habillais comme eux. J’allais dans les friperies pour essayer de reproduire leurs looks vus dans les clips.
Et puis j’ai vu une vidéo de Ronnie James Dio à Donington, fin des années 80. Pas à l’époque, j’étais trop petite, mais plus tard, ado. Je n’arrivais pas à croire qu’une seule personne pouvait commander une foule entière, des milliers de gens avec les cornes levées.
Je regardais aussi beaucoup de live d’Ozzy. Je me disais : je ne sais pas si j’y arriverai un jour, mais je dois essayer. Alors, ado, dans les bars et les clubs, je m’entraînais : je fixais une personne dans le public jusqu’à ce qu’elle détourne le regard, puis je passais à la suivante. J’essayais de comprendre comment devenir quelqu’un de captivant sur scène.
Caro RockSound : As-tu vécu un concert, en tant que fan, qui a été un vrai déclencheur ? Celui où tu t’es dit : “un jour, je serai là-haut”.
Lzzy Halestorm : Ce n’était pas vraiment les grands concerts — on n’avait pas beaucoup d’argent. Le premier “gros” show que j’ai vu, j’avais 17 ans : Tool, sur la tournée Lateralus. Avant ça, j’allais surtout aux concerts locaux. Il y avait une scène metal à Philadelphie. Un groupe s’appelait Spine Belt. Et il y avait un groupe metal mené par une femme, Aslan. Elle m’a bouleversée. Elle était sans peur. Et moi, j’essayais encore de comprendre comment être moi-même. La voir, c’était un pont : si elle peut le faire, je peux le faire. Ça a été un vrai moment décisif pour moi.
J’adorais être tout devant, finir couverte de bleus après le mosh pit, sentir la fumée des bars sur mes vêtements. C’était comme tracer une ligne dans le sable : je ne suis plus juste une fille normale qui vit dans une ferme en Pennsylvanie. Je vais essayer de devenir une rockstar. Je ne savais pas comment, mais c’est devenu ma mission de vie.
Caro RockSound : À quel moment toi et ton frère RJ avez réalisé que cette passion pouvait devenir un vrai groupe ?
Lzzy Halestorm : Je crois que ça a toujours été notre arme secrète. Avant même de trouver le nom Halestorm, on rentrait de l’école — c’était avant les réseaux sociaux — et on se faisait tous les deux pas mal harceler. On n’avait pas beaucoup d’amis.
On rentrait à la maison, on pleurait un bon coup… puis on allait jouer de la musique ensemble. C’était notre refuge. On avait l’impression de reprendre le contrôle de nos émotions en jouant. On répétait dans la maison jusqu’à ce que ce soit trop bruyant, puis on a fini par s’installer dans la grange.
Au début, c’était vraiment pour nous apaiser. Puis on a commencé à écrire ensemble, à composer nos propres chansons. Et un jour, on a joué notre tout premier concert, loin de chez nous, devant des inconnus, dans une fête foraine. On a joué un morceau original, avec un solo de batterie au milieu, et on a fait notre truc.
Je me souviens m’être tournée vers mon petit frère et lui avoir dit : Tu veux refaire ça ? On devrait trouver un autre endroit où jouer. Je crois qu’on peut y arriver. Et le soir, à table avec mes parents, j’avais mille idées : On pourrait faire ça, aller jouer là-bas, demander à ce club, ou même au bowling… Et RJ répondait toujours : Oui. Je te suis jusqu’au bout.
C’était notre bénédiction : on était là l’un pour l’autre. C’est mon seul frère, donc c’était notre projet commun, mais aussi une mission qui nous détournait de tout le reste. Et puis sur scène, on a compris quelque chose : là-haut, tu es libre. Tu peux être toi-même, sans t’excuser. À l’école, on nous disait comment on devait être, comment on devait s’habiller, pourquoi on écoutait telle musique. Même dans la famille, certains ne comprenaient pas. Mais sur scène, c’était notre sanctuaire.
C’est parti de là. Et ensuite, on est devenus obsédés : Comment on fait pour être en première page du journal ? Quelle est la prochaine étape ? Jusqu’où on peut aller ? Et finalement, on est toujours dans cette même énergie. On se dit : OK, on est en 2025, ça fait 28 ans qu’on fait ça. Quelle est la suite ? 28 ans déjà… Le temps file. Ça me fait me sentir vieille quand je le dis.

Lzzy Halestorm by Luna Lemarchand
Caro RockSound : Tu n’es pas du tout vieille, tu es magnifique ! Il y a quelque chose de très solaire en toi, tu rayonnes d’une force intérieure même quand tu ne chantes pas ! Et quand as-tu senti que Halestorm devenait plus qu’un projet familial ?
Lzzy Halestorm : Oh merci, ça me touche vraiment ! Les compliments entre femmes ont une sincérité qui résonne en moi et me porte.
Honnêtement, tout a changé quand on a rencontré Joe et Josh. Avant ça, on avait du mal à trouver des membres qui restaient. En 1999, on avait un guitariste qui n’est resté que huit mois avant que sa mère ne l’oblige à quitter le groupe. Puis d’autres musiciens sont passés, mais ils trouvaient ça trop dur. Certains disaient qu’ils gagneraient plus d’argent en bossant chez McDo. Pour eux, c’était une question d’argent. Pour nous, c’était une question de mission, de se prouver qu’on pouvait y arriver. J’ai demandé à RJ : On est vraiment fous d’essayer de faire de ça notre vie ? Il m’a répondu sans hésiter : Bien sûr qu’on est fous. Mais qu’est-ce qu’on ferait d’autre ? On continue.
Quelques mois plus tard, on a rencontré Joe. Puis Josh. Et la première fois qu’on a joué tous ensemble, c’était magique. Comme si on se connaissait depuis toujours. On parlait la même langue. Et surtout, tout le monde voulait vraiment faire ça. Ils avaient la même obsession que nous. À partir de là, on s’est dit : OK, qui va nous arrêter maintenant ?
Caro RockSound : Et personne ne vous a arrêtés.
Lzzy Halestorm : Pas encore, en tout cas.

Lzzy backstage à l’Olympia, photographiée par Caro
Le Grammy
Caro RockSound : Gagner le Grammy pour Love Bites a été un moment clé. Comment tu l’as vécu ?
Lzzy Halestorm : C’était complètement surréaliste. On a appris notre nomination pendant un concert à Madison, dans le Wisconsin. On était choqués. On ne pensait pas être un groupe “à Grammy”, même pas sur le radar. J’ai appelé notre manager pour lui demander ce que ça signifiait. Il m’a dit : Vous allez y aller, vous habiller, faire des soirées… et vous pourriez même gagner ce truc. J’ai dit aux gars : Ne vous faites pas d’illusions. On est face à nos idoles, à des artistes beaucoup plus gros que nous. Profitons juste du moment.
On s’est éclatés. Aux soirées, j’avais Katy Perry à côté de moi, John Mayer, Quincy Jones… Je me disais : Qu’est-ce qu’on fait là ? On n’est pas du club des cool kids. Puis vient la cérémonie. Ils ouvrent l’enveloppe et annoncent : Love Bites (So Do I). Ils ont dit le nom de la chanson avant celui du groupe, donc on n’a pas réagi tout de suite. On attendait “Halestorm”. Pendant une seconde, on a cru qu’on avait perdu. Puis on a compris : Ah, mais c’est nous !
C’est la première fois de ma vie où j’ai vraiment perdu mes mots. Si tu regardes la vidéo, tu vois mon frère prêt avec son discours, et moi qui oublie tout ce que je voulais dire.
En coulisses, tout le monde voulait des photos avec le Grammy. Et je me souviens avoir regardé les gars et leur avoir dit : C’est une victoire tellement personnelle. Parce qu’il y a eu des gens qui ont cru en nous, mais aussi énormément qui pensaient qu’on n’irait jamais aussi loin. Alors être là, pour de vrai… On s’est tous pris dans les bras en se disant : OK, on n’est peut-être pas si fous que ça.
Caro RockSound : Est‑ce que ça a été un tournant qui vous a libérés, quelque part ?
Lzzy Halestorm : Oui, je crois.
Caro RockSound : Comme si ce prix validait tout, et que tu pouvais enfin faire exactement ce que tu voulais ?
Lzzy Halestorm : Oui, ça nous a donné une forme de liberté. Une manière de nous dire : OK, on prend les bonnes décisions, on peut suivre ce qui nous excite vraiment, et c’est positif. Et puis, aux yeux du public, ça nous a offert un vrai tremplin. Tout à coup, en arrivant en radio, on nous présentait comme “Grammy Award‑winning”… C’est étrange d’avoir ça sur son CV. Pendant des années, c’était presque une blague entre nous : Quand on gagnera un Grammy… enfin, ça n’arrivera jamais. On se disait que c’était hors de portée, mais qu’on continuerait quoi qu’il arrive.
Alors le fait de l’avoir, pour de vrai… c’est fou. C’est un honneur. Et surtout, ça nous a donné la permission de nous faire confiance.
Évolution musicale
Caro RockSound : Y a‑t‑il un album que tu considères comme la plus grande évolution dans votre son ou votre identité en tant que groupe ?
Lzzy Halestorm : En réalité, c’est l’objectif de chaque album : ne pas se répéter, ne pas s’ennuyer, ne pas devenir trop confortables. Le dernier disque a été un vrai risque. On a tout fait différemment, justement pour sortir de cette zone de confort. Parce que quand tu commences à prédire ce qui va se passer, la magie disparaît.
On doit se mettre dans des situations où on se dit : Je ne sais pas comment ça va tourner. Et c’est là que quelque chose s’allume dans ton cerveau, que tu trouves une nouvelle voie, quelque chose que tu ne pensais même pas pouvoir accomplir.
Le premier album où on a vraiment ressenti ça, c’était Into the Wild Life. Puis on a pris un autre virage avec Vicious. Et maintenant, avec Everest, on a décidé d’écrire dans l’instant, chaque jour, sans s’appuyer sur des idées anciennes. Ça nous a complètement sortis de nos habitudes. C’était chaotique, mais tellement fun, tellement exaltant.
Donc oui, à chaque album, on essaie de voir ce qu’on a encore en nous, plutôt que de répéter ce qui a marché avant.
Caro RockSound : J’ai interviewé Myles Kennedy récemment, et il disait exactement la même chose : ne jamais rester dans sa zone de confort, toujours se réinventer.
Lzzy Halestorm : Oui, c’est comme utiliser l’incertitude — ou la peur — comme une arme. Quand tu te dis : Ça doit marcher. Je ne sais pas comment, mais ça doit marcher, quelque chose se déclenche. Tu te surprends toi‑même : Je ne pensais même pas être capable de ça.
Bien sûr, ce serait plus simple de refaire I Miss the Misery ou Love Bites en version 2.0. Ce serait la voie facile. Mais ce ne serait pas magique. C’est aussi pour ça qu’on change notre setlist chaque soir. Chaque concert a un arrangement différent. Pas de bandes, pas de clic, pas de playback. Rien. On branche, on joue. C’est comme si tous les quatre, on sautait d’une falaise ensemble chaque soir en espérant avoir bien plié nos parachutes.

Lzzy Halestorm – Photo de Luna Lemarchand
Le live, l’adrénaline pure
Caro RockSound : Parfait enchaînement, parce que je voulais justement te parler du live. Qu’est‑ce que la scène t’apporte que l’écriture ou le studio ne peuvent pas t’offrir ?
Lzzy Halestorm : C’est comme être sur un grand huit, juste avant la première descente. Tu es attachée, tu ne peux plus descendre, et tu sais que ça va partir. C’est l’excitation de l’inconnu. Et puis c’est un moment totalement présent. Dès qu’un instant est passé, il est fini, et tu dois avancer. Tu ne peux pas penser trop loin : tu ne sais pas ce qui va se passer dans trois chansons, ni comment le public va réagir. C’est ça, la magie.
Depuis que je suis enfant, la scène est le seul endroit où personne ne peut me dire quoi faire, quoi dire, comment m’habiller. C’est l’endroit où je peux être moi, dans ma forme la plus vraie. Chaque soir, je me demande : Qui suis‑je aujourd’hui ? Je peux m’habiller différemment, improviser, répondre à quelqu’un qui agite un panneau, réagir à un geste dans la foule… C’est vivant, spontané, addictif.
Pendant le COVID, on avait littéralement des symptômes de manque. On ne savait plus où mettre cette énergie. Il n’y a rien qui remplace ça. Aucun “shoot” comparable. C’est pour ça qu’on tourne autant. On est sur la tournée Never Rest depuis mai, avec seulement quelques jours de pause entre chaque date. On a choisi ce nom avant de comprendre à quel point il serait… prophétique. Et finalement, il nous va très bien.
Caro RockSound : Y a‑t‑il un concert qui reste inoubliable pour toi ?
Lzzy Halestorm : Oh, il y en a tout le temps. Mais le plus récent, c’était cet été, quand on a joué lors de la dernière performance de Black Sabbath, le dernier show d’Ozzy. L’énergie était incroyable, vraiment unique. J’en parlais encore avec les gars : on a joué énormément de concerts, devant des publics très différents, mais celui‑là… c’était comme si toute l’énergie du monde était concentrée au même endroit. On était quatre sur scène, et tout le monde était totalement présent avec nous. Tu sens une camaraderie, une connexion qui dépasse le simple “public/groupe”. Tout le monde est là pour la même raison.
Et puis il y a eu Paris. On jouait dans une salle pas loin d’ici, peu de temps après l’attaque du Bataclan. C’était notre premier retour à Paris. On ne savait pas si les gens viendraient, vu ce qui s’était passé. On s’est complètement trompés : la salle était pleine à craquer. Des pancartes partout : We are not afraid. Le sol vibrait sous nos pieds parce que tout le monde disait : Non. Nous sommes là. Et personne ne nous enlèvera la musique live. On était tous en larmes sur scène. Impossible de retenir l’émotion. On sentait la force des Français, des fans. C’était une nuit inoubliable.

Halestorm à l’Olympia : l’énergie du public
Le moment “on a réussi”
Caro RockSound : Y a‑t‑il eu un moment sur scène où tu t’es dit : “OK, on a réussi” ?
Lzzy Halestorm : Je ne crois pas. Il y a des concerts où je me dis : quelque chose a changé, on a passé un cap. Mais jamais : on a réussi. Je crois qu’on a une règle tacite : ne jamais dire ça à voix haute. Comme si le dire faisait s’éteindre un feu quelque part. C’est presque superstitieux.
Par contre, il y a des moments où je me sens à ma place. Où je me dis : oui, je suis légitime ici. Je me souviens de notre premier concert après le COVID. On n’avait jamais eu autant de temps sans jouer depuis nos débuts. Après le show, j’ai fondu en larmes : c’est là que je dois être, merci. Ce sont des petits moments comme ça.
Et ce n’est pas lié à la taille du concert. Parfois, tu chantes trois lignes et tu as l’impression d’être suspendue dans le temps. Ce n’est pas “j’appartiens à l’industrie”, c’est plus profond : une sorte de voix intérieure qui dit c’est ton endroit, tu fais ce que tu es censée faire.
Et parfois, ça vient d’une conversation avec quelqu’un. Je reçois des lettres magnifiques. Des fans me racontent comment une chanson les a aidés à changer de direction, à sortir d’un moment sombre. Quand tu repenses à toi enfant, cherchant ta place, te sentant seule… tu te dis : il y a une raison à tout ça. Je ne sais pas laquelle exactement, mais elle existe.
Je suis tellement reconnaissante de pouvoir transmettre quelque chose de beau, d’avoir un impact sur la vie de quelqu’un. Jamais je n’aurais imaginé ça petite. Quand des jeunes femmes me disent : au lieu de faire une bêtise, j’ai écouté ton album, ou tu m’as aidée à traverser mon divorce, ou tu m’as aidée à finir mes études… Tu réalises que la musique est puissante. Ce n’est pas moi qui les sauve : c’est la musique. Elles se sauvent elles‑mêmes. Mais être une petite partie de ce processus, c’est un cadeau immense. Je n’essaie jamais de l’oublier.
Être une femme dans le rock
Caro RockSound : Être une femme dans le rock reste rare. Est‑ce que tu sens que les choses évoluent dans le bon sens ?
Lzzy Halestorm : Absolument. Il y a encore dix ans, j’étais souvent la seule femme d’un festival, la seule sur une affiche, la seule en backstage. Aujourd’hui, on joue des festivals où il y a dix autres femmes. On se connaît toutes, on essaie d’aller voir les concerts des unes et des autres. On a une sorte de petit club, parce qu’on doit se soutenir. J’en parlais avec Amy Lee (Evanescence). Elle me disait qu’à son époque, il n’y avait personne. On la prenait pour la copine de quelqu’un, la fille du merch… jamais pour la chanteuse. Donc oui, ça va dans la bonne direction.
Et je sais que ça a été plus facile pour moi que pour les sœurs de Heart, Pat Benatar ou Joan Jett. Juste en existant, en ne lâchant rien, en restant soi‑même, on rend la route un peu plus facile pour celles qui arrivent après. C’est notre responsabilité.
J’ai eu la chance de rencontrer plusieurs de mes “mères spirituelles” du rock. À chaque fois, je leur dis : merci de ne pas avoir abandonné. Si elles avaient renoncé, j’aurais peut‑être pensé que je devais faire pareil. Elles ont ouvert un chemin. Maintenant, j’essaie de faire la même chose.
Et honnêtement, s’il y a un genre taillé pour les femmes, c’est bien le hard rock et le metal. On est des êtres complexes, et il y a beaucoup de choses contre lesquelles rugir en ce moment. Il faut bien mettre cette rage quelque part, sinon… ça finirait mal. Alors oui : c’est notre moment.

Entre confidences et éclats de rire
Caro RockSound : On arrive à la fin de cette conversation. Quel serait ton mot de la fin ? Peut‑être un message pour une jeune fille qui rêve de rock ?
Lzzy Halestorm : Je lui dirais ce que je dirais à mon moi plus jeune : Ne te compare à personne. Trouve ce qui te fait te sentir vraie, unique, irremplaçable. Et fais‑le. À 110%. Sans regarder en arrière. Sans plan B. Suis ton instinct.
Et ne laisse personne te dire que tu ne peux pas. On m’a tellement dit : ce n’est pas un vrai truc, tu ne devrais pas être comme ça, tu ne devrais pas t’habiller comme ça, pourquoi tu chantes si agressivement ? Si j’avais écouté, je ne serais pas là.
Aujourd’hui, les mêmes personnes disent : tu es incroyable. Donc garde les yeux devant toi. Avance avec ta propre lumière. Il y aura toujours quelqu’un qui te déteste, toujours quelqu’un qui t’adore. Mais au fond, ça n’a aucune importance. La seule question qui compte, chaque jour, c’est : Est‑ce que j’aime ce que je fais ? C’est ça, la vraie quête du bonheur.
Caro RockSound : Merci pour tes paroles. Tu es vraiment inspirante.
Lzzy Halestorm : Merci beaucoup pour ta gentillesse. C’était un vrai plaisir de parler avec toi et de replonger dans tous ces souvenirs.
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Une interview de Caro @Zi.only.Caro
Photos de Luna Lemarchand
Halestorm est sur Instagram @halestormrocks
Leur dernier album Everest est déjà disponible partout !





