On pensait assister à un show metal mais Sabaton a transformé l’Accor Arena en superproduction grandeur nature. Entre décors titanesques, visions médiévales, théâtre déjanté et déflagrations pyrotechniques, le groupe suédois a livré un show qui dépasse le concert pour flirter avec le cinéma d’action et la légende. Retour sur un spectacle total, démesuré, pensé comme une épopée.

Sabaton, the legendary tour
L’Accor Arena semblait retenir son souffle avant même que la première note ne résonne. Pas ce brouhaha impatient qui précède les concerts ordinaires, mais une tension presque sacrée, lourde comme un ciel d’orage. Lorsque les lumières se sont enfin tamisées, ce n’est pas une première partie qui s’est avancée, mais une procession. The Legendary Orchestra, drapé de costumes médiévaux, silhouettes de velours et de cuir, a pris place dans un halo bleuté sur la scène, un immense château en pierre avec ses créneaux et ses tourelles.
Au centre, Amelia Brightman, au chant, imposait une présence presque royale, tandis que les musiciennes, allures de princesses médiévales sorties d’un manuscrit enluminé, donnaient au tableau une élégance cérémonielle. La vielle à roue de Patty Gurdy vibrait d’un timbre grave, presque mystique, tandis qu’un dragon monumental surplombait la scène. L’ambiance évoquait immédiatement les grandes sagas : un souffle de Game of Thrones, de royaumes perdus, de batailles épiques. Les arrangements symphoniques donnaient aux thèmes de Sabaton une ampleur liturgique, comme si chaque mélodie devenait une invocation.




L’intermède théâtral et l’arrivée des templiers
Lorsque l’orchestre s’est retiré, la pénombre a repris ses droits. Mais au centre de la fosse, la tourelle de la B‑stage s’est soudain illuminée. Une brèche semblait s’ouvrir dans le sol, et de cette brèche ont émergé les héros légendaires : César, Napoléon, Gengis Khan, un templier. Ils se sont avancés dans un jeu de lumière dramatique, échangeant piques et provocations dans un intermède théâtral aussi absurde que brillant. La salle riait, huait, applaudissait, comme si elle assistait à une pièce improvisée au milieu d’un champ de bataille. Le public a entonné la Marseillaise plusieurs fois pour « soutenir » Napoléon, tellement ému et heureux qu’il en oubliait son texte !
Et c’est à la fin de cette joute verbale, alors que César s’apprêtait à lancer une ultime tirade, que la tourelle a tremblé une seconde fois. Dans un souffle de fumée blanche, Sabaton a surgi.
Vêtus de costumes de templiers, armures stylisées, tabards frappés de croix, guitares brandies comme des épées, les cinq musiciens ont émergé comme une armée en marche. En tête, Joakim Brodén, lunettes noires et sourire carnassier. À ses côtés, Chris Rörland et Tommy Johansson, duo d’assaut parfaitement synchronisé. Pär Sundström, pilier du groupe, basse en étendard. Hannes Van Dahl, encore invisible derrière les remparts de la grande scène, prêt à frapper.
Ils ont emprunté la passerelle de métal suspendue au-dessus de la fosse, avançant lentement, presque solennellement. Sous leurs pieds, les fans hurlaient, levaient les bras, touchaient le vide espérant atteindre le groupe qui évoluait au-dessus de leurs têtes.

La première charge
Arrivés sur la grande scène, ils ont lancé “Templars”, ouverture martiale qui prolongeait l’esthétique de leur entrée. Puis, sans laisser retomber la tension, “The Last Stand” a transformé l’arène en champ de bataille imaginaire. Les flammes jaillissaient en colonnes, les stroboscopes crépitaient, et la fosse devenait un océan de bras levés.
Le tableau suivant, “Hordes of Khan”, a ramené Gengis Khan dans la lumière, tandis que “I, Emperor” faisait réapparaître César dans un clin d’œil théâtral parfaitement assumé. “Crossing the Rubicon” a ensuite déferlé comme une charge romaine, riffs croisés de Chris et Tommy, basse martiale de Pär, Joakim en général haranguant ses troupes.
Puis, dans un contraste saisissant, les lumières se sont teintées de bleu royal pour “Carolus Rex”, chanté en suédois, moment de communion absolue entre le groupe et ses fans les plus fidèles. Le show a repris de plus belle avec “The Red Baron”, flamboyant, puis “Stormtroopers”, dont l’intensité martiale a fait vibrer les gradins. “A Tiger Among Dragons” a ensuite déployé ses lignes mélodiques acérées, porté par un Tommy Johansson incandescent.
Puis, les écrans se sont couverts d’images de tranchées enneigées. Sabaton a entamé “Christmas Truce”, et l’Accor Arena s’est figée. Les voix du public se mêlaient à celle de Joakim dans un chœur immense, presque fragile. Les milliers de lumières blanches des téléphones allumés ont éclairé la salle d’un halo de douceur. Un moment suspendu, hors du temps.
Après cette respiration, le groupe a donné une version lumineuse de “Soldier of Heaven”, baignée de lumières glacées.


Sabaton, the legendary tour, Accor Arena
La traversée de la fosse
Mais alors que les dernières notes s’évanouissaient, un silence étrange a envahi l’arène. Une brume épaisse a commencé à ramper depuis les côtés de la fosse. Un halo vert, toxique, chimique, s’est mis à pulser. Et soudain, au fond de la salle, une clameur a traversé la foule. Sabaton réapparaissait… au milieu du public.
Les cinq musiciens avançaient lentement, en formation serrée, vêtus de masques à gaz et de tenues sombres évoquant les soldats empoisonnés du front de l’Est. Joakim ouvrait la marche, un lance-flammes à la main, suivi de Chris et Tommy, silhouettes fantomatiques découpées par les projecteurs verts. Pär avançait comme un revenant, tandis que Hannes martelait un tempo sourd sur une caisse mobile.
Arrivés à la B‑stage, les musiciens se sont positionnés dans un cercle serré. Les masques sont restés en place. Et dans une explosion sonore, Sabaton a lancé “The Attack of the Dead Men”.
La petite scène centrale est devenue un bunker assiégé. Les riffs claquaient comme des tirs de mitraille, la basse résonnait comme un cœur qui refuse de s’arrêter, et Joakim, toujours masqué, hurlait les paroles avec une intensité presque inhumaine. L’Accor Arena s’est transformée en no man’s land spectral. Les masques sont tombés. La salle a rugi.

La dernière salve et le final
De retour sur la grande scène, Sabaton a déclenché “Night Witches”, puis l’incontournable “Primo Victoria”, qui a soulevé la fosse comme une vague. “Steel Commanders” a résonné comme un moteur d’acier, suivi de “The Art of War”, tableau stratégique illuminé de lasers rouges.
Enfin, dans un déluge de confettis dorés et de flammes, “To Hell and Back” a scellé la victoire. Puis “Masters of the World” et “The Last Battle” ont conclu la soirée dans une ferveur totale, comme un dernier salut à l’Histoire, au métal, et à ce public conquis.
Le château de décor s’est éteint lentement, les lumières sont retombées, mais l’énergie est restée suspendue dans l’air, comme un écho de bataille refusant de mourir. Sabaton n’a pas livré un simple concert à Paris : ils ont orchestré une superproduction où chaque détail — décor, costumes, orchestre, théâtre, pyrotechnie — sert la narration. C’est un spectacle total, pensé comme une épopée, où l’Histoire se fait rock et où le public devient troupe et témoin. Pour qui aime le métal qui raconte, qui mise sur la démesure et la mise en scène, cette soirée restera une référence.
🔴 Le legendary Tour de Sabaton s’arrêtera au Festival de Nîmes le 17 juin 2026pour un concert exceptionnel !
Sabaton est sur Instagram @Sabatonofficial
Photos de David Poulain à retrouver sur son site www.davidpoulainphotos.com









