Pour leur quatrième Olympia, Biffy Clyro est revenu en duo mais jamais diminué : sans James mais jamais sans âme, le groupe a embrasé la salle avec un show aussi puissant que vulnérable. Une vague d’amitié, de résilience et de lumière a traversé le public, rappelant que chez les Écossais, la fraternité n’est pas un mot mais une force qui soulève tout. Ce 1er février, l’Olympia a chanté d’une seule voix, dans un moment suspendu où l’absence devenait présence et où chaque lumière, chaque note, chaque souffle vibrait d’amour pur. Paris, ce soir-là, était un cœur battant.

Il y a des soirs où l’Olympia semble déjà frémir avant même que les têtes d’affiche n’apparaissent. Ce 1er février, c’est Bartees Strange qui ouvre la voie, seul avec sa guitare, silhouette découpée dans la pénombre. Sa voix, ample et fragile à la fois, glisse sur les premiers accords et enveloppe la salle d’une douceur inattendue. On dirait un murmure qui se transforme peu à peu en marée. Son set, dépouillé, sans artifice, oscille entre intensité brute et délicatesse suspendue.
Chaque note semble chercher un cœur auquel s’accrocher, chaque silence respire comme une confidence. L’Olympia écoute, retient son souffle, se laisse traverser. Et déjà, les yeux brillent — non pas de tristesse, mais de cette émotion pure qui annonce les nuits où tout peut arriver. Bartees Strange n’a pas seulement assuré une première partie : il a ouvert un espace, un écrin, un terrain émotionnel où la lumière, la fraternité et la déflagration rock pourront s’épanouir pleinement. Une promesse silencieuse plane : ce soir, on va aimer fort.

Dans cette atmosphère de confiance et de vulnérabilité assumée, la scène est prête à accueillir Biffy Clyro. Paris et le groupe écossais partagent une histoire écrite à l’encre indélébile. Plus de vingt ans de fidélité, quatre Olympias, et toujours cette même sensation : ici, ils jouent comme chez eux. Le public le sait, le groupe le sait. On se retrouve comme on retrouve des amis de longue date, ceux avec qui le temps ne fait que renforcer les liens. Mais cette date porte une nuance particulière
. James n’est pas là. Il a choisi de se retirer pour se soigner, pour revenir plus fort. Une décision courageuse, respectée, aimée même. Car chez Biffy, l’amitié n’est pas un thème : c’est une profession de foi. Ces trois-là sont des frères de son, de sang, d’encre — tatoués ensemble à chaque album, liés par une histoire qui dépasse la musique. Ce soir, le trio originel est un duo, mais la fraternité est partout : dans les regards, dans les silences, dans les chansons partagées.
Les lumières s’éteignent et le décor se révèle : une structure monumentale à deux niveaux, un escalier central qui fend la scène comme une colonne vertébrale, des enceintes incrustées dans le bois clair, des plateformes où les musiciens additionnels prennent place. À gauche, Naomi McLeod à la basse, solide, précise. À droite, Mike Vennart à la guitare, silhouette familière. Derrière eux, Richard Ingram aux claviers, tissant des nappes lumineuses. Et, comme un souffle orchestral, deux violonistes qui donneront au set une ampleur cinématographique. Puis, tout en haut des marches, Simon apparaît torse nu, tatouages comme des constellations sous les projecteurs. Il ne dit rien. Il sourit. Et l’Olympia explose.
« A Little Love » ouvre le bal. Simon descend les marches comme on descend dans l’arène. Ben, installé sur le premier niveau, verrouille le rythme avec une intensité presque animale. Les lumières frappent en rafales : stroboscopes synchronisés avec la guitare, faisceaux blancs qui découpent les silhouettes, halos doux qui enveloppent les moments suspendus. La scénographie respire avec eux, comme un quatrième membre du groupe. Le set déroule ensuite une dramaturgie précise.
Les titres de Futique prennent une ampleur nouvelle, portés par les violons et les claviers. Les classiques réveillent des souvenirs partagés. Les lumières sculptent chaque montée, chaque rupture, chaque respiration. « Friendshipping » devient un souffle suspendu. « Goodbye » se transforme en étreinte collective. « Black Chandelier », « Wolves of Winter », « Instant History » : chaque morceau est une vague, et l’Olympia se laisse porter. Biffy Clyro parle d’amour, d’amitié, de résilience. Ce ne sont pas des mots : ce sont des vérités vécues. Le temps ne les use pas. Il les renforce. Il les affine. Il les rend plus humains, plus lumineux.
Puis vient « Machines ». Simon s’assoit sur les marches. Ben le rejoint. Deux voix, une guitare, un silence religieux. C’est là que l’absence de James devient présence. On le sent dans l’air, dans les regards, dans la retenue des musiciens. Cette chanson, chantée à deux, devient un hommage involontaire, une déclaration d’amour fraternel. Les yeux brillent partout dans la salle.
Sur « Who’s Got A Match? » , l’Olympia rugit. Sur « Mountains », il chante à l’unisson, si fort que Simon recule d’un pas, surpris, ému, presque submergé. Il tend le micro. La salle répond. Un échange pur, brut, incandescent. C’est dans ces moments-là que l’on comprend pourquoi Biffy Clyro et Paris s’aiment autant. Parce que ce n’est pas un concert : c’est une communion.
Le dernier acte est une tempête : « The Captain », « Living Is A Problem », « Bubbles » qui soulève la salle comme un raz-de-marée. Puis, comme un baume, « Many Of Horror » referme la soirée. Les lumières deviennent caresses. Les voix se mêlent. On respire. On sourit. On sait qu’on vient de vivre quelque chose de rare.
Sans James, Biffy aurait pu jouer en retrait. Ils ont choisi la lumière. Ils ont choisi la générosité. Ils ont choisi l’amour. Ce soir, l’Olympia n’a pas seulement accueilli un concert. Il a accueilli une preuve de fraternité. Une vague d’émotion. Un instant suspendu.


Simon Neil, coeur battant de Biffy Clyro


L’Olympia s’est embrasé

Crédit photo Arthur Loiseau

Un live report avec les mots de Caro @Zi.only.Caro et les photos d’Arthur Loiseau.
Retrouvez l’interview intégrale de Biffy Clyro par Caro par ici !
Biffy Clyro est sur Instagram @biffy_clyro et sera de retour en France cet été à Rock en Seine !





